Blogue

Découvrir la nature avec nos yeux d’expert.e.s

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

Voir 0 articles sur 0
highlight

Catégories

Effacer
328
Vedette du mois
Les bio-indicateurs

En analysant les espèces d’un milieu, on peut en faire le diagnostic. Est-il en santé ou est-ce que ça va mal? Un bio-indicateur, c’est un outil utilisé en écologie pour mesurer l’état d’un écosystème. Qui sont-ils?

Dans le fjord du Saguenay, on s’intéresse à la mye commune (un mollusque bivalve cousin de la moule). Elle a tendance à répondre négativement à la présence de polluants dans l’eau. En analysant ses populations à différents endroits dans la rivière, on peut établir un diagnostic de l’écosystème (de son intégrité biologique, chimique et physique). Est-il en santé ou est-ce que ça va mal? La mye, c’est un bio-indicateur : un outil utilisé en écologie pour mesurer l’état d’un milieu.  

Une mye commune

‍

Un compas de la bio-santé

Les espèces bio-indicatrices (des plantes, des animaux, des champignons et des bactéries) sont sensibles à des perturbations. Les modifications du milieu ont donc un impact sur leur comportement et/ou sur la croissance de leurs populations. En les étudiant (et en étudiant leur niche écologique), on obtient des informations sur les fonctions et les caractéristiques de l’écosystème. Par exemple, une espèce de plante présente dans un milieu pourrait indiquer une forte concentration de métaux lourds dans le sol (comme c’est le cas pour la renouée du Japon, qui pousse généralement dans des sols pauvres et pollués).  

Par leur présence ou par leur absence, les bio-indicateurs permettent de faire le portrait de l’évolution d’un milieu, qu’il soit en santé ou pas. Lorsqu’on compare les populations bio-indicatrices dans des milieux perturbés et non perturbés par l’humain, on fait un diagnostic permettant une meilleure gestion des écosystèmes perturbés – comme on l’a fait avec la mye dans le Saguenay. Les bio-indicateurs permettent ensuite de calculer si les objectifs sont atteints par les actions de conservation. On peut aussi utiliser des bio-indicateurs pour surveiller des milieux et être en mesure de constater s'il y a une augmentation des perturbations.  

 

Des sentinelles  

Lorsqu’on étudie un bio-indicateur, on s’intéresse à la dynamique de sa population. Est-elle en croissance? En décroissance? Stable? Inexistante? On peut alors poser des hypothèses sur la santé de l’écosystème. Disons que dans la zone A du Saguenay, on remarque une baisse de la population de la mye commune, dans la zone B, la population est stable et dans la zone C, la mye est absente. Sachant que la mye meurt en présence de contaminants, on peut commencer à penser que les zones A et C de la rivière nécessitent un grand ménage!  

Pour en apprendre davantage sur les effets des contaminants, on utilise les espèces sentinelles. On note chez ces dernières des changements physiques, moléculaires ou comportementaux au niveau des individus dus à la présence de polluants. (En comparaison, le bio-indicateur donne des informations sur les caractéristiques d’un milieu seulement par sa présence ou son absence.) Une sentinelle n’est pas nécessairement un bio-indicateur, mais l’un n’empêche pas l’autre. Le lichen a la double vocation : il est abondant dans les milieux donc l’air est plus propre et on peut analyser leur physionomie pour comprendre les impacts de certains polluants atmosphériques.  

‍

Les poissons, comme cet achigan à grande bouche, accumulent (par bioaccumulation) des toxines dans leurs tissus.

‍

Qui sont les indicateurs?

Ce n’est pas n’importe qui (ou quoi) qui a toutes les qualifications pour être un bon bio-indicateur. D’abord, il faut toujours se rappeler que l’interprétation des changements d’une population doit être faite de manière réelle. Il ne faut pas tirer des conclusions trop rapides : ce n’est pas parce qu’on voit du lichen quelque part que l’air y est parfaitement pur. Les analyses menées doivent être faites sur différents sites et prendre en compte des tonnes de variables selon les écosystèmes et les bio-indicateurs choisis. La bio-surveillence, bien qu’elle soit aujourd’hui assez répandue, reste une méthode de mesure indirecte.  

Prenons, par exemple, les macroinvertébrés filtreurs qui vivent dans le fond de l’eau.

  • Ils sont généralement présents en grande quantité (donc, en prélever en nature n’a pas véritablement de conséquences sur le milieu).  
  • Leur cycle de vie est assez court, donc il est facile de voir des variations des populations dans le temps (plus que chez des gros mammifères qui vivent très longtemps, comme les éléphants, pour qui il faudrait des années pour étudier les variations entre les générations).  
  • Ils sont sédentaires, donc ils sont un échantillon représentatif au niveau local.  
  • Ils peuvent avoir un impact important sur la santé de l’écosystème, car ils représentent un maillon important de la chaîne alimentaire.  

Ils sont donc d’excellents candidats pour être des bio-indicateurs. Divers polluants aquatiques sont attachés aux particules organiques dont ils se nourrissent. Ces toxines s’accumulent dans leurs tissus par bioaccumulation, limitent leur croissance et appauvrissent leur système immunitaire. En étudiant leurs populations, il est possible de constater rapidement des changements dans l’écosystème et ainsi prévenir des perturbations plus grandes.  

On pourrait faire le même exercice avec le plancton, les algues, des bactéries, etc.  

‍

Les larves d'éphémères, qui vivent au fond des cours d'eau sont grandement utilisées comme bio-indicateur.

‍

De manière plus générale, on utilise les populations d’amphibiens, dont la peau perméable peut absorber les toxines dans l’eau, comme des bio-indicateurs (et des sentinelles) de choix dans les milieux aquatiques. On dit aussi que les vers de terre sont de bons indicateurs d’un sol riche en matière organique. Au Québec, en plus de la mye dans le Saguenay, on surveille entre autres le grand héron pour s’assurer de la bonne qualité des eaux du Saint-Laurent.  

‍

Il n’y a pas de bio-indicateur universel : aucun standard n’existe pour le choix des espèces et la justesse des résultats en biosurveillance est encore sujette à débat. Toutefois, si les analyses sont rigoureuses, laisser la nature nous parler, c’est un moyen fascinant de démontrer et comprendre notre impact sur les écosystèmes.

‍

‍

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Yuriy Kvach, Raw pixel, Dave Huth‍

voir l'article
327
Question du public
Sapin ou épinette, telle est la question

T’es-tu déjà demandé.e si l’arbre qu’on appelle « sapin de Noël » est réellement un sapin et non un conifère semblable comme l’épinette? Sachant qu'une outarde n'est pas une bernache, ça vaut la peine de se poser la question.

C'est quoi la différence entre un sapin et une épinette?

À cette période de l’année plusieurs d’entre nous avons remarqué les arbres décorés qui ont récemment poppé dans les parcs ou les terrains municipaux. Tu as peut-être même décoré ton propre arbre chez toi dans le salon, qu’il soit vrai ou en plastique.  

Le fameux sapin de Noël est un véritable emblème du temps de fêtes, et le Québec est le producteur numéro un de sapins au Canada. En effet, en 2021, les producteurs québécois (situés pour la majorité en Estrie et en Chaudière-Appalaches) ont fourni aux alentours de 2,6 millions d’arbres, dont 1,4 million (environ 55 %) ont été exportés à l’international, principalement aux États-Unis.

T’es-tu déjà demandé.e si l’arbre qu’on appelle « sapin de Noël » est réellement un sapin? Sachant qu'une outarde n'est pas une bernache et qu'un chevreuil n'est pas un cerf, ça vaut quand même la peine de se poser la question : comment confirmer qu’un sapin est bien un sapin et non un conifère semblable comme l’épinette?

‍

‍

La réponse est dans les détails

Le sapin et l’épinette ont plusieurs similarités : ce sont tous deux des conifères pouvant atteindre 25 m de hauteur avec une forme plutôt conique et des aiguilles assez courtes (généralement autour de 2 centimètres). Les deux peuvent être rencontrés régulièrement un peu partout au Québec autant en ville qu’en forêt. Pourtant, en regardant de plus près, il y a quelques trucs tout simples pour différencier le sapin de sa cousine, l’épinette.

Premier test

Prends une aiguille de l’arbre et essaie de la faire rouler entre tes doigts. Si tu es capable de la rouler, il s’agit d’une épinette. En effet, les aiguilles d’épinette sont quadrangulaires, autrement dit elles sont carrées et donc, peuvent rouler. Le sapin, lui, a des aiguilles plates qui ne rouleront pas entre tes doigts.  

À gauche, une aiguille d'épinette rouge, dont on vois la coupe de forme carrée.
À droite, l'aiguille plate du sapin baumier.

‍

Deuxième test

Pointe une branche de l’arbre que tu veux identifier dans la direction de tes yeux (mais fais attention de ne pas te crever l'oeil!). Est-ce que les aiguilles sont attachées à la branche sur un seul plan horizontal, à droite et à gauche? C’est très possible que ce soit un sapin! Le sapin baumier, notre sapin indigène au Québec, possède cette caractéristique et c'est une bonne façon de le reconnaître.

L'épinette rouge à gauche et le sapin baumier à droite.

‍

Voilà! Avec ces deux tests à toute épreuve, tu es prêt.e à aller identifier l’arbre dans ton salon. Ici, les sapins de Noël sont bel et bien des sapins--en fait il y a même quatre variétés de sapins cultivés au Québec*. Tu peux faire les tests lors de ta prochaine balade dehors pour tenter de trouver les épinettes.

Plus sur les cousins, cousines

Ce n’est pas tout ce que je peux dire sur ces arbres majestueux. Pour les curieuses et curieux de nature, voici d’autres informations intéressantes.

Le sapin appartient au genre Abies et nous avons un représentant du groupe qui est indigène au Québec : le sapin baumier (Abies balsamea). Les épinettes, quant à elles, appartiennent au genre Picea, et l’on compte trois espèces sur notre territoire : l’épinette noire (Picea mariana), l’épinette blanche (Picea glauca) et l’épinette rouge (Picea rubens). Par contre, les trois espèces se ressemblent énormément et même les experts peuvent facilement se tromper en essayant de les identifier. Le sapin et les épinettes produisent tous des cônes en guise de fructification. Cependant le sapin porte ses cônes pointés vers le haut, comme posés sur la branche, tandis que l’épinette porte ses cônes pointés vers le bas, pendus sous la branche. Voilà une autre astuce pratique pour faire la différence, à condition d’observer l’arbre à la période de l’année où les cônes sont présents.

Les épinettes ont une importante valeur économique pour l’industrie du bois d’œuvre et de pâte et papier. On peut aussi faire une boisson avec : la fameuse bière d’épinette (avec ou sans alcool). Le bois d’épinette est souvent utilisé pour fabriquer des tables de résonnance de piano, des tuyaux d’orgue, des guitares et des violons à cause de sa bonne sonorité. Et avant l’invention de notre chewing-gum moderne, c’est de la résine d’épinette qu'on mâchait!

Le sapin baumier, quant à lui, ne produit pas un bon bois de construction (il a tendance à se fendre), mais il y a tout de même d’autres usages qu’on peut faire de ce joli conifère. En plus d’être LE sapin de Noël par excellence, il produit de la gomme de sapin (aussi appelée baume, d’où son nom de sapin baumier). La gomme de sapin a longtemps été utilisée par les Premières Nations pour traiter les blessures, brûlures, maux de gorge, et toux à cause de ses propriétés antibactériennes, antifongiques, antiseptiques et antivirales.  

Tu comprendras donc que ces arbres ont une grande valeur, non seulement pour la richesse biologique de notre territoire, mais aussi pour l’usage qu’on en fait. Cependant, ils ne sont pas à l’abri des menaces. En effet, le sapin baumier est particulièrement touché par les ravages de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (une chenille qui, malgré son nom, affectionne particulièrement les aiguilles de sapin). Pour l’épinette, en plus de la tordeuse, il y a les feux de forêt à répétition (phénomène de plus en plus fréquent avec les changements climatiques) qui causent des problèmes. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des feux entrave la recolonisation du territoire car les jeunes arbres ne parviennent pas à atteindre un niveau de maturité suffisant pour résister au prochain feu.

Alors la prochaine fois que tu te promènes dans ton quartier ou dans une forêt, je t’invite à prendre un instant pour apprécier les sapins et épinettes autour de toi (maintenant que tu sais faire la différence)!

NOTE

*La majorité des « sapins de Noël » cultivés au Québec sont des sapins baumiers, mais on peut aussi trouver des sapins Fraser (originaire des États-Unis), des sapins Canaan et des sapins Cook.

‍

‍

Par Sarah, éducatrice-naturaliste spécialiste

Sources images : Pixabay, GUEPE, Keith Kanoti, Maine Forest Service, Superior National Forest

voir l'article
326
Choix du naturaliste
Les poules de la forêt

Une poule sauvage, au milieu de la forêt boréale, grattant le sol pour déterrer de la nourriture : une véritable scène des milieux naturels du Québec. Voici une famille d’oiseaux au look de poulet : les Phasianidés.

Imagine une poule, sauvage, libre comme l’air, au beau milieu de la forêt boréale, en train de gratter le sol pour déterrer de la nourriture. C’est une véritable scène de nos milieux forestiers, et même ailleurs. Les milieux naturels du Québec abritent une famille d’oiseaux au look de poulet, mais 100 % adaptée à la vie sauvage : les Phasianidés*.  

La perdrix grise, une poulette venue d'ailleurs

‍

Leurs pattes sont robustes, parfaites pour courir et sauter. Bien que ces oiseaux ronds et dodus sachent voler, ils sont plus à l’aise au sol (une niche écologique qu’ils partagent avec les grives!). C’est d’ailleurs là qu’ils s’alimentent de bouts de végétaux (complétant leur diète par quelques insectes, selon la saison). C’est aussi au sol, dans de petites dépressions, qu’ils nichent. Les paires se forment après que les mâles aient démontré aux femelles leurs intentions par des parades élaborées ou des démonstrations sonores (comme le fait la gélinotte). La queue en éventail et le plumage de la tête des mâles sont souvent ponctués de plumes irisées et colorées, puis de caroncules** pour en mettre plein la vue. Après la sélection du mâle, la femelle couve ses œufs seule, comme une grande. Les femelles de nos Phasianidés, sont d’ailleurs connues pour être des mères à la dévotion sans pareil.  

La poule numéro 1

La poule sauvage la plus répandue en Amérique du Nord est la gélinotte huppée. C’est une poulette brune de grosseur moyenne à la queue rayée qui se finit par une bande foncée. Comme son nom l’indique, on la distingue par sa huppe. La gélinotte est relativement bruyante, mais pas parce qu’elle glousse sans cesse, au contraire. Généralement silencieuse, en cas d'intrusion sur son territoire, elle tambourine en frappant rapidement ses ailes sur du bois. Cela produit un bruit sourd, rappelant celui d’un moteur. Très impressionnant! (Tellement que ça fonctionne aussi pour attirer les femelles dans d’autres circonstances.)

La gélinotte huppée a plus d’un tour dans son sac pour éviter la prédation. En plus de son plumage camouflage, la femelle qui couve, ou qui a des petits, joue la comédie. Si un prédateur la repère, elle pousse des sifflements et fait semblant d’avoir une aile cassée en s’éloignant du nid. Le prédateur suit alors ce qui semble être une proie facile… Mais au dernier moment, la femelle s’envole et le prédateur est laissé les mains (ou pattes…) vides. Ingénieux!  

 

Les autres poules de la forêt

Le tétras du Canada (mâle), à gauche et celui à queue fine (à droite)

Dans les forêts du Québec, aux latitudes boréales, l’on retrouve d’autres poules amatrices de bourgeons : les tétras. Le tétras du Canada, le plus commun des deux espèces se rencontre dans les milieux coniféreux. Tu pourrais d’ailleurs le croiser sur un sentier montagneux au centre de la province, comme sur le Mont-du-Lac-des-Cygnes. C’est une petite poule sombre avec le bout de la queue rousse. Le mâle a une caroncule rouge au-dessus de l'œil. L’autre tétras, le tétras à queue fine est le seul à avoir… la queue fine et non en éventail. Il se trouve principalement à l’ouest de la province, dans les tourbières et les zones de coupe en régénérescence de l’Abitibi. Fait intéressant sur ce tétras : les mâles se regroupent dans des « arènes » pour leur parade nuptiale. Une méga production pour les femelles, pas loin du Cirque du Soleil!  

‍

Les poules agroforestières

On est chanceux de pouvoir aussi observer des poules sauvages ailleurs que dans les bois. En lisière des forêts et dans les friches, c’est la perdrix grise que tu pourras voir. Attention de ne pas la confondre avec la gélinotte, comme on le fait trop souvent. En vérité, ces deux espèces ne pourraient pas être plus différentes. La perdrix, une espèce introduite (maintenant naturalisée), est une très petite poule grise. En contrepartie pour la petitesse de la perdrix grise (qui fait environ 30 cm), dans les champs et à l’orée des bois, on retrouve les vraiment gros poulets. On a nommé le faisan de Colchide (46-91 cm) et le dindon sauvage (91 à 122 cm). Deux espèces relativement « nouvelles » au Québec, dont les populations se déplacent tranquillement avec les hivers de plus en plus doux. Le faisan est brunâtre, avec une longue queue effilée. Le mâle a un collier blanc et la tête verte avec une caroncule imposante autour de l’œil. Le dindon mâle a le plumage foncé, avec lui aussi une caroncule sur tête. Dans les deux cas, les femelles sont plutôt brunes. Ces gros poulets arpentent les champs cultivés en quête de graines et de petits fruits.  

Un faisan mêle et une dinde femelle

‍

Les poules des neiges

Finalement, la toundra accueille elle aussi des petites poulettes. Le lagopède des saules et le lagopède alpin sont des oiseaux du Nord, adaptés aux rigueurs des régions montagneuses et friands de bourgeons de saules. En été, pour se fondre dans les végétations basses alpine et nordique, le haut du corps est roux tacheté. Pour la saison hivernale, ils sont entièrement blancs (avec une caroncule au sourcil chez les mâles) et le bout de la queue noir, on les distingue par la bande noire sous l’œil du lagopède alpin. En hiver, ce dernier descend plus au sud et partage le territoire du lagopède des saules.  

Le lagopède des saules dans son plumage estival (à gauche) et le lagopède alpin, dans son plumage hivernal (à droite). Mention spéciale aux pattes touffues trop cute pour rester bien au chaud!

‍

Alors, peu importe où tu te trouves au Québec, dans les régions agricoles du sud, à l’orée des boisés de feuillus, dans les denses forêts boréales, sur les hauts plateaux alpins ou dans les plaines de la toundra, y’a certainement une poule sauvage, plus ou moins grosse, plus ou moins brune, qui se tapit dans la végétation pas tellement loin.  

‍

‍

NOTES

* Ce groupe comprend entre autres les dindons, les faisans et les perdrix, mais aussi les cailles, les poulets sauvages et les paons.  

** Les caroncules, chez les oiseaux correspondent aux ornements rouges (en général) que portent les mâles. Les coqs ont une de ces excroissances très visible sur la tête, autour de l’œil et sur la gorge. Pour d’autres espèces, on peut aussi les retrouver au sourcil. Ces bosses un peu étranges, poussées par des fluctuations de testostérone, gonflent lorsque les mâles paradent pour les femelles. Il est à noter que nous, les humains, avons aussi des caroncules, mais elles sont assez différentes. Nous avons, entre autres, une caroncule lacrymale : la petite boule charnue au coin intérieur de l’œil.  

‍

‍

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Nicole Beaulac, Jason Ahrns, USFWS Mountain-Prairie, U.S. Government, U.S. Government, Alaska Region U.S. Fish & Wildlife Service, Gregory "Slobirdr" Smith, Frans Vandewalle

voir l'article
325
Qc-Nature
Solstices et équinoxes

Le solstice est un évènement astronomique qui se produit lorsque les rayons solaires sont perpendiculaires à un tropique. Il en existe deux : le solstice d’été et celui d’hiver.

Tu t’es déjà demandé pourquoi au Québec on se réunit avec une belle gang pour faire le party devant un grand feu de joie le 24 juin? Ce n’est pas seulement la fête nationale! Certain.e.s diront que c’est, comme le nom de cette fête l’indique, une journée où l’on célèbre la naissance de Saint-Jean-Baptiste. Ce n’est pas faux! Pourtant, avant que l’Église catholique et des personnes de pouvoir n’y mettent leur nez, il s’agissait d’une grande fête païenne célébrant le solstice d’été! Pour cette occasion, des feux solsticiaux étaient allumés en culte au soleil.

C’est quoi des feux solsticiaux* tu me diras? Commençons par définir ce qu’est un solstice!

 

C’est quoi un solstice?

Le solstice est un évènement astronomique qui se produit lorsque les rayons solaires sont perpendiculaires à un tropique. Il en existe deux : le solstice d’été et celui d’hiver.

Le solstice d’été se produit autour du 21 juin de chaque année, lorsque les rayons solaires sont perpendiculaires au tropique du Cancer. Concrètement, pour nous sur la terre ferme, cela signifie que l’hémisphère nord reçoit plus de rayonnement solaire que l’hémisphère sud. On vit donc dans l’hémisphère nord de belles longues journées ensoleillées, qui vont se raccourcir jusqu’au 21 décembre, date du solstice d’hiver. À ce moment, les rayons du soleil sont perpendiculaires au tropique du Capricorne et c’est l’hémisphère sud qui a le plus d’ensoleillement.

Les rayons perpendiculaires au tropique du Cancer au solstice d'été

‍

On l’a déjà dit, le solstice d’été est le jour avec le plus de temps d’ensoleillement de l’année et le solstice d’hiver celui avec le moins. Les heures d’ensoleillement vont donc progressivement augmenter du 21 décembre au 21 juin, pour ensuite diminuer du 21 juin au 21 décembre. Seulement, nos saisons ne sont pas seulement l’été et l’hiver. Le printemps et l’automne sont déterminés durant les dates d’équinoxes.

 

C’est quoi un équinoxe?

Ce mot, tu l’as peut-être déjà vu dans notre article sur les marées. Pendant l’augmentation ou la diminution de la période d’ensoleillement entre les deux solstices, il y a deux jours dans l’année où les rayons du Soleil vont être perpendiculaires à l’équateur. À ce moment précis, la durée des jours est égale à la durée des nuits, et ce partout sur la planète! Pas de différence entre l’hémisphère sud et nord. C’est ce que l’on appelle les équinoxes.  

Pour nous dans l’hémisphère nord, l’équinoxe de printemps est en mars, et l’équinoxe d’automne, en septembre. Et cela s’inverse pour l’hémisphère sud bien sûr!

À l'équinoxe, les rayons sont perpendiculaires à l'équateur

‍

‍

Une occasion pour faire la fête!

De tout temps, les évènements astronomiques que sont les solstices et les équinoxes n’ont pas manqué d’être observés par la population. Ces journées particulières influencent notre rythme de vie depuis très longtemps, et ont donné lieu à de nombreuses festivités, car pour marquer un changement de saison, quoi de mieux que de faire la fête?

La date de l’équinoxe de printemps est autour du 21 mars. C’est à partir de cette date qu’on fixe la date de Pâques**! Le 21 mars marque le début de la nouvelle année de plusieurs calendriers tels que le persan, et dans plusieurs pays arabes, c’est le jour de la fête des Mères.

L’équinoxe automnal a pour sa part souvent été relié à des fêtes célébrant les moissons, comme c’est toujours le cas au Royaume-Uni. Dans plusieurs pays d’Asie, il est un jour de fête officielle, célébrant la fête de la mi-automne.

Si, au Québec, le solstice d’été marque la fête nationale, il donne lieu à d’autres fêtes variées à travers le globe, et dans plusieurs pays. En France, cette période marque la fête de la musique. En Égypte antique, il marquait le début de la nouvelle année et à Rome on y célébrait le dieu des orages nocturnes!

Même la fête chrétienne de Noël est liée à un solstice! Avant d’être fixée par l’Église chrétienne comme la célébration de la Nativité, l’époque du solstice d’hiver était une période regroupant de nombreuses fêtes païennes. On y fêtait la fertilité, la maternité, la procréation ou encore l’astronomie, ce qui donnait lieu à de nombreuses festivités de fin d’année.  

Déjà durant l’Empire romain, le 25 décembre était une journée de célébrations, correspondant au lendemain de la fin des saturnales romaines et du jour de la naissance de la divinité solaire Mithra. Les saturnales, célébrées durant la semaine du solstice d’hiver et célébrant le dieu Saturne, étaient marquées par de grands repas, des échanges de cadeaux et par la décoration des maisons notamment avec du houx et du gui. Étrangement familier, non? Le terme « temps des fêtes » utilisé dans le Canada francophone semble donc parfaitement approprié pour référer à la période entourant le solstice d’hiver, toutes époques confondues!

‍

Au solstice d'hiver, les rayons solaires sont perpendiculaires au tropique du Capricorne.

 

NOTES

* Les feux solsticiaux, ce sont les feux qui sont allumés durant le solstice d’été. Au cours de l’histoire et des cultures, la raison d’allumer ces feux a varié entre rendre un culte au soleil, repousser les sorcières ou encore faire un rituel lié à l’agriculture.

** Pâques est une fête mobile qui tombe chaque année un dimanche entre le 22 mars et le 25 avril. La date est déterminée au dimanche suivant la première pleine lune à partir du 21 mars.

‍

‍

Par Julie, chargée des projets

Sources images : GUEPE, GUEPE, Pixabay

voir l'article
324
Ailleurs
À quoi ça sert un volcan?

Par leurs capacités dévastatrices, les volcans peuvent souvent avoir mauvaise presse. Il est vrai que les éruptions volcaniques ont des conséquences graves. Cependant, globalement, leur impact peut être bénéfique.

Par leurs capacités dévastatrices, les volcans peuvent souvent avoir mauvaise presse, en évoquant l’image d’un danger imprévisible et terrifiant. Il est vrai que les éruptions volcaniques ont des conséquences catastrophiques sur le vivant*. Cependant, si l’on observe leur impact à une échelle de temps beaucoup plus large, on réalise le rôle bénéfique qu’ils peuvent jouer pour la biosphère.

Un volcan, c’est avant tout un moyen pour la Terre de faire resurgir à la surface des éléments cachés sous la croûte terrestre, tels que des minéraux et des gaz. La lave s’écoulant des volcans prend sa source du magma, un mélange visqueux de roches fondues.

Une fois à la surface, ces coulées se refroidissent pour former de nouvelles roches et peuvent même transformer celles autour. Les remontées successives peuvent faire grossir le volcan pour en faire une montagne, faire émerger une île des fonds marins et même créer tout un archipel, de nouvelles surfaces terrestres sur lesquelles les organismes vivants peuvent proliférer.

Volcans et biodiversité

Bien qu’à court terme, il y a nécessairement un effet destructeur sur les organismes vivants à proximité de l’éruption, à plus long terme, cela à un effet bénéfique sur la biodiversité, faisant évoluer des espèces qui sont particulièrement bien adaptées à recoloniser la pierre nue, une fois la lave refroidie, ainsi qu’à des conditions plutôt arides.  

Cette diversité d’organismes vivants se retrouve également sous l’eau, autour des volcans sous-marins et de leurs cheminées. Les conditions peuvent y être plutôt extrêmes : température très élevée et composés chimiques habituellement toxiques. On a découvert une espèce de crevettes capable de vivre dans une eau atteignant 450 °C. Une autre espèce de crevettes, surnommée Loihi, a acquis, par sélection naturelle, de petites griffes spécialisées pour la récolte de filaments bactériens afin de s’en nourrir. Ces filaments de bactéries sont particuliers à cet écosystème sous-marin en raison des composés chimiques que l’on y retrouve. Les organismes qui y vivent peuvent également s’alimenter de carcasses d’autres animaux marins morts, car ils n’ont pas la capacité de survivre dans de telles conditions.

Une ou deux crevettes Loihi, croquées sur le vif dans le Pacifique

Utile pour l'humain

L’humain peut aussi bénéficier de la présence des volcans. Les terres des régions avoisinant les volcans peuvent être particulièrement fertiles pour l’agriculture. Ces sols ont profité des tombées passées pour s’enrichir en nutriments favorisant la croissance des plantes. Le même phénomène se passe dans les océans entourant les volcans. Les nutriments tombant dans l’eau favorisent la prolifération du phytoplancton (de petits organismes végétaux).

Le supervolcan Concepción, au Nicarague est en partie entouré de terres cultivées

‍

Les zones volcaniques peuvent également être des lieux d’extraction de minerais, ainsi que les pierres précieuses. Elles sont aussi riches en soufre, que nous extrayons afin de l’utiliser dans de nombreux matériaux (par exemple, dans des décapants, de la pâte à papier, du béton ou des allumettes) et processus industriels (comme la vulcanisation** du caoutchouc). On y retrouve également de la pierre ponce utilisée pour sa propriété abrasive. (Saviez-vous qu’on peut s’en servir pour faire une pâte à dents ou en utiliser pour s’épiler?). D’autres pierres de différentes sortes nous servent à construire des édifices, tout comme à faire de la sculpture. Puis, elles nous sont très utiles grâce à leurs capacités de drainage et de filtration. Les régions volcaniques sont aussi de bonnes candidates pour exploiter l’énergie géothermique (soit l’énergie provenant de la chaleur sous la surface de la terre). ***

‍

Des impacts sur le climat?

Une éruption volcanique entraine généralement un refroidissement à court terme, puisque les cendres vaporisées dans l’air bloquent et renvoient les rayons du soleil dans l’espace. Une éruption peut également être suivie de pluies acides. À plus long terme, les gaz à effet de serre, comme le gaz carbonique, émis par le volcan dans l’atmosphère vont entraîner un réchauffement en retenant davantage la chaleur autour de la planète.

Bien qu’il ne faille pas négliger tous ces points, nous pouvons encore être surpris par le rôle que les volcans peuvent jouer sur le climat terrestre. Par exemple, lors de la dernière grande extinction (celle des dinosaures), l’impact d’une météorite a soulevé énormément de poussière dans les airs, entrainant un refroidissement drastique de la planète (comme après les éruptions volcaniques, mais en plus intense).  

Au même moment, dans l’histoire de la planète, il y a eu une forte activité volcanique. Si au début, les scientifiques convenaient pour dire que cela avait empiré la situation et contribué à l’extinction, de plus récentes recherches nous mène sur la piste opposée. Des simulations informatiques suggèrent que les éruptions volcaniques auraient plutôt permis de réduire l’effet néfaste de la météoriques sur le vivant. Les gaz à effet de serre émis par l’activité volcanique aurait permis de contrer le refroidissement causé par l'impact météoritique. La radiation évolutive**** qui a suivi, multipliant le nombre d’espèces sur Terre (incluant les mammifères), a donc peut-être été possible grâce aux volcans! *****

Le volcan Whakaari ou White Island Volcano, en Nouvelle-Zélande, a crée une île au fil de ses éruptions. C’est un site de nidification pour une large colonie du fou austral, le cousin australien de notre fou de Bassan.  

‍

NOTES

* Nous n’avons qu’à penser aux habitants de Pompéi qui sont morts ensevelis sous une épaisse couche de cendres provenant de l’éruption du mont Vésuve.  

** La vulcanisation est un procédé chimique qui permet de rendre des matériaux, comme le caoutchouc, plus élastique et donc plus résistant.  

*** Pour plus d’exemples et de détails sur les types de pierres, tu peux consulter ce site

**** Quand une évolution vers une grande diversité d’espèces se fait rapidement (une rapide divergence évolutive), à partir d’un ancêtre commun,on parle de radiation évolution.

***** Pour plus de détails, lis l’article de Michael Greshko « Les volcans auraient favorisé le rétablissement des espèces après l’extinction des dinosaures » paru sur le site du National Geographic en juillet 2020.

‍

‍

Par Philippe, coordonnateur des activités - Charlevoix

Sources images : Submarine Ring of Fire 2006 Exploration, NOAA Vents Program, Adam Jones, Krzysztof Belczyński‍

voir l'article
No results found.
Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.
Notre blogue
découvrir
Nos audioguides
découvrir
Nos vidéos
découvrir
Nos fiches éducatives
découvrir
OUTILS
BLOGUE
fermer
Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience de navigation, diffuser des publicités ou des contenus personnalisés et analyser notre trafic. En cliquant sur « Accepter », vous consentez à notre utilisation des cookies. Pour plus d'information, veuillez consulter notre Politique de confidentialité.