L'âge des arbres

15/3/2022
Choix du naturaliste

Est-ce que certains arbres sont immortels? C’est surement une question que tu t’es déjà posée quand tu as entendu parler d’un arbre de 5 000 ans.  5 000 ans!! Tu en as vu passer de l’histoire après tant d’années à tenir debout! C’est pour cela qu’on appelle les arbres des témoins du passé.  

Un pin de Bristlecone, qui peut vivre au-delà de 4 000 ans

Croque-carotte et tronc qui vieillit  

Pour retracer cette histoire, les scientifiques utilisent une technique nommée la dendrochronologie. Alors qu’est-ce que c’est la dendrochronologie? Cette technique permet de compter l’âge des arbres à partir des cernes présents à l’intérieur du tronc qui porte et protège les parties vitales. Je te parle de cernes mais ce ne sont pas ceux du lendemain de veille. 😉 Ceux-ci tu en as surement déjà vu sur des souches d’arbres, peut-être même t’es-tu amusé.e à les compter! Ces cernes, ou cercles concentriques, ce sont les marques des saisons qu’ont vécues les arbres. Après l’automne et l’hiver, durant lesquels l’arbre s’est mis en dormance, l’arrivée du printemps offre de grandes ressources en eau et sels minéraux dans les sols, tandis que le soleil et le dioxyde de carbone viennent caresser les aiguilles ou les toutes nouvelles feuilles. À cette période les arbres vont grossir par une forte production de bois avant de subir un ralentissement estival qui permet de rediriger l’énergie utilisée pour la reproduction. Ça, on y reviendra.  

Alors, pour compter son âge pas besoin de prendre ta hache pour lui faire une petite coupe! Il suffit de prélever une carotte. Je te vois bien imaginer la carotte que tu mets sur ton bonhomme de neige après une belle tempête, mais ce n’est pas celle-là. Une carotte, c’est un échantillon de bois que l’on prélève depuis le centre de l’arbre, là où la graine a éclos, représentant la partie la plus âgée du bois, jusqu'au dernier cerne sous l’écorce. Après le carottage — n’étant pas Bugs Bunny mangeant sa carotte mais le nom de la technique d’échantillonnage — il ne reste plus qu’à compter et observer les cernes pour apprendre de son histoire.  

Sage arbre assis sur son banc analyse le temps passant  

Je te disais tantôt que nos chers amis les arbres étaient des témoins du passé. En effet, en fonction de l’apparence de leurs cernes il est possible de déduire de l’information sur les différentes perturbations climatiques et environnementales qui sont survenues au cours de leur vie. Prenons par exemple un printemps où l’arbre n’a pas beaucoup grandit. Le cerne clair sera de petite taille. Tu le savais peut-être mais, au cas où, sache que le printemps et l’été (soit les périodes de croissance) sont représentés par les cernes clairs tandis que l’automne et l’hiver (soit les périodes de dormance) par ceux foncés. Ainsi, à partir de l’observation de ce cerne clair nous pouvons voir qu’il s’agit d’une période durant laquelle l’arbre a manqué de ressources et a moins grandi. En comparant les cernes d’un arbre avec ceux des autres aux alentours, on peut donc former des hypothèses sur la cause. Cette technique nous permet aussi d’observer l’impact des activités humaines au sein d’une forêt. Par exemple, défricher une forêt va permettre le passage de la lumière qui favorisera la croissance des arbres restants. Les cernes clairs des printemps suivant cette perturbation seront donc plus grands que les années précédentes.  

Au gré des changements, survivre est le plus important  

Si, jusque-là, tu as bien compris, l’âge d’un arbre dépend donc de l’évolution de son environnement. Dépendant des ressources disponibles dans son habitat, il aura plus ou moins de facilité à puiser dans les ressources pour se bâtir une santé de fer. Ainsi, le manque de ressources ou les stress environnementaux (comme les perturbations humaines, changements climatiques, insectes ravageurs, maladies, ….) peuvent raccourcir sa durée de vie maximale.  

Mais, leur durée de vie maximale, c’est quoi? En voilà une bonne question! Est-ce que les arbres les plus gros et les plus grands seront les plus vieux? Eh non! Chez les arbres, il n’y a pas de règles. Toutefois, des durées de vie moyennes ont été déterminées pour certaines essences d’arbres*. Ainsi, le ginko biloba pourrait vivre environ 1000 ans, tandis que le noyer a une durée de vie approximative de 300 ans et le bouleau 100 ans. L’érable à sucre vit dans les 300 ans et, l’érable noir, 200 ans. Enfin, pour nos petits chéris canadiens, l’érable rouge et l’érable argenté ont une longévité moyenne de 80 à 130 ans. Je pourrais te faire une liste de 100 pages, mais t’en aurais vite ras la casquette. Alors, le plus important c’est de comprendre que, malgré l’évaluation approximative de leur durée de vie, l’âge d’un arbre se détermine au cas par cas. En effet, dans une forêt exploitée, les arbres vivent moins de 50 % de leur durée de vie. Et ceux qui vivent en banlieue ont une vie raccourcie, comme celle de l’érable à sucre qui y vivrait seulement 75 années au lieu de 300 au sein d’un écosystème forestier.  

Ainsi, comme nous, les arbres sont constitués de cellules et comme tout être cellulaire ils vieillissent d’année en année. Cependant, grâce à l’étude des cernes des arbres, notamment celle faite sur le ginko biloba, les chercheurs se sont aperçus que les vieux arbres ralentissent leur croissance et mobilisent des gênes présents dans leur organisme pour lutter contre les stress qu’ils subissent dans leur environnement (agressions, déshydratations, maladies, changements climatiques, etc.). Ce mécanisme naturel métabolisant des éléments chimiques dans leur organisme leur permet une meilleure résilience et ce, même sans subir de perturbations. L’hypothèse serait donc que la résistance au stress leur permettrait de vivre encore plus longtemps.

Si on suit cette logique, je te laisse tout de suite aller prendre une grande bouffée d’air frais au pied d’un arbre pour ses belles propriétés! Ça aussi on y reviendra!

Les feuilles du ginkgo sont magnifiques et c'est un spectacle qui dure longtemps, heureusement!

NOTES
* Une essence d’arbre, c’est un jargon qu’on utilise quand on parle d’une espèce, une sous-espèce ou une variété d’arbres.

Par Agathe, éducatrice-naturaliste

Sources images : Piqsels, PxHere, Coralie Mercier

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