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Découvrir la nature avec nos yeux d’experts

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent ... L'équipe d'éducateurs-naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.


Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de nos lecteurs (comme toi) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Choix du naturaliste
Les grives

Tu entends un chant mélodieux. Entre deux branches basses du sous-bois, tu vois un oiseau au manteau brun et à la poitrine blanche tachetée. C’est une grive.

Tu marches dans un sentier, en plein cœur d’une forêt mixte. Ça brasse dans un buisson! De petits sautillements font craquer les feuilles mortes. Des morceaux d’écorce virevoltent. Tu entends un chant mélodieux. Entre deux branches basses du sous-bois, tu vois un oiseau au manteau brun et à la poitrine blanche tachetée. C’est une grive.  

Le manteau brun et la poitrine tachetée de la grive à dos olive.

 

La niche des grives

Au Québec, nous avons la chance de pouvoir observer six espèces de grives*: la grive fauve, celle à joues grises, la solitaire (la seule grive qui passe l’hiver avec nous), celle des bois, celle à dos olive et la grive de Bicknell. Ces oiseaux forestiers au plumage brun sur les parties supérieures et chamois, blanc ou beige sur la poitrine se ressemblent et sont difficiles à différencier. Il est vrai qu’elles ont plutôt une allure générique. (Eh oui… un autre petit oiseau brun.) Par contre, tôt le matin, quand on entend les harmonies du chant métallique d’une grive**, on ne se trompe pas, il n’y en a pas deux comme elle.  

Est-ce que la grive fauve pourrait être plus cute? ♥‿♥

Les grives ne sont pas bien connues, ou, du moins, elles le sont moins que leur cousin le merle d’Amérique. Pourtant, elles ont une place bien importante dans nos forêts, car elles occupent une niche bien à elles : le sol! La plupart des grives se nourrissent d’invertébrés qu’elles trouvent dans la litière forestière et de baies. En farfouillant dans les buissons et dans les feuilles mortes ou en retournant les cailloux, les grives, qui sont omnivores, se régalent d’insectes juteux et de fruits sauvages. Même au moment de nicher, si ce n’est pas sur les branches les plus basses, c’est directement par terre qu’elles construisent leur nid et couvent leurs œufs. Les oiseaux chanteurs ont l’habitude de se cacher dans les plus hautes branches, à l’abri des prédateurs. Ceux qui ont appris à utiliser l’espace du sol pour trouver les ressources essentielles à leur survie ne sont pas si nombreux. Chapeau aux grives!  

La grive solitaire, dans sa niche.

La grive de Bicknell, un cas à part

Bien qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à la grive à joues grises (mis à part une légère différence dans la teinte de leur dos), la grive de Bicknell, la plus petite du Québec***, est bien particulière. D’abord, c’est la seule qu’on trouve essentiellement dans les forêts de conifères. Elle affectionne aussi les zones dénudées avec quelques arbres rabougris. Au Québec (où l’on trouve 30 à 50 % de la population mondiale de cette espèce), elle a donc élu domicile sur les hauts-plateaux des montagnes.  

Cette spécialiste des sommets a aussi des pratiques d’accouplement hors du commun. Une femelle peut s’accoupler avec plusieurs mâles****, qui s’occuperont du nid et des oisillons : un comportement unique chez les grives. L’emplacement de leur gros nid, installé contre le tronc d’une épinette, sera revisité tous les ans par le même groupe.  

On la reconnaît par la tache jaunâtre près de son bec. Comme les autres grives, elle a la poitrine, le menton et les flancs couverts de taches sombres. Son dos est brun et sa queue est marron.

 

Avant la période d’accouplement, la grive de Bicknell se trouve au chaud dans les Antilles. Elle parcourt un trajet d’au-delà de 3000 km pour arriver à son aire de reproduction, dans le sud-est du Canada, où elle retrouve ses hauts-plateaux chéris. Toutefois, l’exploitation forestière, le développement et le déboisement, les activités de loisir en montagne et les perturbations naturelles causent la perte de son habitat de prédilection. La grive de Bicknell est donc devenue une espèce vulnérable et menacée en Amérique du Nord.  

Les régions qu’elle occupe ici, soit quelques zones fragmentées, sont protégées et des actions de conservation ont été mises en place pour aider la grive de Bicknell. Cette grive, trop rare, est une excellente raison de faire attention à nos écosystèmes alpins, fragiles, mais essentiels pour tant d’espèces.  

NOTES

* À noter que nous avons exceptionnellement des visites des grives musicienne, à collier, mauvis et litorne qui s’observent habituellement de l’autre côté de l’Atlantique.  

** Tu peux te gâter et écouter le chant métallique de la grive solitaire ici  et celui de la grive de Bicknell ici.

*** Les grives ont une envergure (soit la longueur de leurs ailes ouvertes) de 32 cm en moyenne. La grive de Bicknell fait 25 cm d’envergure.

**** Jusqu’à quatre mâles par nichée.

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Cephas, Cephas, Rhododendrites, Becky Matsubara

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Question du public
Multiplication végétative ou science-fiction chez les plantes

Est-ce que tes plantes araignées n’arrêtent pas de faire des bébés? Si tu es comme moi, tu as peut-être essayé de les offrir à tous tes amis. Mais t’es-tu déjà demandé.e pourquoi les plantes font ça?

Es-tu du genre à avoir des plantes chez toi? Moi, je me retrouve souvent à en avoir et à ne plus savoir quoi en faire. Mes plantes araignées n’arrêtent pas de faire des bébés, mon aloès se multiplie à n’en plus finir, et j’ai récemment dû diviser ma sansevière en plusieurs pots. Quand mes plantes font des bébés comme ça, je me sens mal de les jeter, mais au bout d’un moment, je n’ai plus de place où les mettre... Si tu es comme moi, tu as peut-être essayé d’offrir des plantes à tous tes amis, voisins et même aux passants dans la rue. Mais t’es-tu déjà demandé.e pourquoi les plantes font ça?

C’est un phénomène qui s’appelle la multiplication végétative, et c’est une forme de reproduction asexuée très commune chez les plantes, aussi bien en nature que dans nos pots et jardins. Les jeunes plantes ainsi formées sont génétiquement identiques à leur plante mère. On dit alors que ce sont des clones. Comme les plantes ne peuvent pas se déplacer pour aller rencontrer des partenaires pour se reproduire, la capacité de produire des bébés toutes seules est très intéressante.

Les stolons de ma plante araignée

Le secret de la multiplication végétative

La multiplication végétative chez les plantes est possible grâce à leur capacité de croissance indéfinie, c’est-à-dire que les plantes continuent de grandir tout au long de leur vie. C’est grâce à une zone de division cellulaire appelée méristème, présente au bout des tiges et racines des plantes, que celles-ci peuvent pousser continuellement. Les cellules du méristème sont indifférenciées. En d’autres mots ce sont des cellules souches qui n’ont pas encore de rôle défini et qui ont le potentiel de devenir n’importe quelle partie de la plante selon ses besoins. Ce n’est qu’après s’être multipliées par division cellulaire (un processus par lequel une cellule mère se divise en deux cellules filles) qu’une cellule du méristème se différencie pour acquérir sa forme et fonction finales. Elle devient alors une cellule de racine ou de tige, de feuille ou de fleur, etc. Ainsi une nouvelle plante entière peut se régénérer à partir d’un morceau de tige brisée grâce au méristème qui produira toutes les cellules nécessaires pour refaire un nouveau système racinaire et de nouvelles structures aériennes.  

Contrairement aux plantes, nous avons une croissance déterminée, et nous arrêtons de grandir une fois qu’on a atteint notre taille adulte. On ne peut pas non plus spontanément générer des clones à partir de morceaux d’ongles ou de cheveux coupés (quoique c’est un concept de science-fiction assez intéressant!).  

Les mécanismes de multiplication

Il existe, chez les plantes, différents mécanismes de multiplication végétative impliquant différentes parties de la plante. Par exemple, le marcottage et le bouturage sont deux systèmes où de nouvelles plantes sont générées à partir de fragments des parties aériennes de la plante mère. Dans le cas du marcottage, des tiges spécialisées appelées stolons poussent et une nouvelle plante se développe au bout de celui-ci avant de s’enraciner et se séparer de la plante mère (pense aux bébés plantes araignées ou au fraisier). Par contre, dans le cas du bouturage le fragment est séparé de la plante mère avant de se développer en nouvelle plante (pense au pothos qui peut former une nouvelle plante à partir de fragments de tige).

Des drageons de peupliers

La multiplication végétative peut aussi se produire au niveau du système racinaire. On parle alors de drageons, rhizomes ou tubercules. Le peuplier est un bon exemple de plante qui se multiplie par drageons, ou stolons souterrains*. En effet, quand tu vois une zone de peupliers dans une forêt, il s’agit bien souvent de clones avec plusieurs troncs issus d’un même système racinaire. Il y aurait même une forêt de peupliers dans l’Utah composée de plus de 47 000 tiges d’arbres identiques! La patate peut se multiplier à partir de fragments de son tubercule**, du moment que le fragment contient un « œil » (un bourgeon végétatif). Et ma sansevière, elle, se multiplie à partir de son rhizome***.

Avantages et désavantages

La multiplication végétative pourrait sembler la stratégie idéale de reproduction pour les plantes. En effet, elle ne dépend pas de la présence de facteurs imprévisibles comme le vent ou les animaux pour la pollinisation et dispersion des graines. En plus, le fait de se multiplier à partir de fragments de la plante mère mature permet de sauter l’étape précaire et fragile de la germination. Cependant, la reproduction par clones a ses inconvénients aussi. Dans un environnement avec des conditions instables ou des risques de changements soudains comme l’arrivée de maladies ou insectes brouteurs, une population de plantes génétiquement identiques sera moins résistante qu’une population de plantes diversifiées génétiquement par la reproduction sexuée. Les deux stratégies ont donc leur valeur dans le monde végétal. Mais, dans l’environnement stable de ma maison, mes plantes s’en donnent à cœur joie avec leur multiplication végétative!

NOTES

* Un drageon, c’est une nouvelle pousse produite à partir de racines d’une plante mère (mais séparée de la tige de cette dernière). Un stolon, c’est une tige rampante au niveau du sol et qui produit des racines à différents endroits sur sa longueur pour créer de nouvelles plantes. Un drageon, c’est donc un stolon souterrain.

** Organe souterrain stockant des réserves nutritives

*** Tige souterraine horizontale stockant des réserves nutritives

Par Sarah, éducatrice-naturaliste spécialiste

Sources images : Madaise, Lamiot, Donna Marijne

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Question du public
La rhizosphère déracinée

C’est en décortiquant le mot rhizo-sphère que l’on découvre qu’il s’agit du « domaine des racines », la partie du sol qui est habitée par les jambes de plantes et les milliers de microorganismes qui s’associent à elles.

Quand on parle de la racine d’un mot, on fait référence à la partie centrale dudit mot qui peut la situe dans une famille de mots ou dans un champ lexical, comme la racine d’une plante qui l’ancre dans le sol. Sur celle-ci s’ajoutent suffixes et préfixes, ou plutôt les fleurs et les feuilles qui rendent le mot-plante unique dans son écosystème!

Des plantes, avec des racines, dans un champ (lexical...)

C’est donc en décortiquant le mot rhizo-sphère que l’on découvre qu’il s’agit du « domaine des racines », la partie du sol qui est habitée par les jambes de plantes et les milliers de microorganismes qui s’associent à elles. C’est la zone de contact entre les racines et le sol et un lieu d’échange extrêmement actif. Pour découvrir les mystères de la rhizosphère, plongeons sous le gazon pour y mettre du clair!

La zone en jaune représente la rhizosphère.

Ses habitants

Parmi les plus grands personnages de la scène sous-terraine, on retrouve quelques-uns des plus petits organismes terrestres. Les nématodes (ou vers ronds) sont des invertébrés de quelques millimètres de long qui à eux seuls représentent 80 % de la biodiversité sur Terre (en nombre d’individus). Certains se nourrissent de racines de plantes, on les nomme parasites phytophages. D’autres sont appelés nématodes bénéfiques, car ils se nourrissent des organismes néfastes pour le développement des plantes.

Un nématode

 

En regardant de plus près, on peut apercevoir des filaments de 1 mm s’accrochant aux racines et s’étendant à des kilomètres de distance. Ça, c’est le mycélium! Ça mange quoi en hiver? Le mycélium des Fungi (dont certains forment des champignons pour se reproduire) se nourrit en excrétant des enzymes. Essentiellement, il digère toutes sortes de molécules organiques à l’extérieur de son corps pour ensuite absorber les molécules plus simples. Les filaments, appelés hyphes, ont l’épaisseur d’une cellule et sont des experts en recherche de nutriments rares et d’eau dans le sol. Ils permettent de transporter ces denrées convoitées vers différentes parties du mycélium ou même de les échanger avec les plantes contre du sucre.

Si on s’approche encore plus, sous le microscope, on voit des milliers de bactéries qu’on peut diviser en quatre groupes selon leur fonction. Les décomposeurs séparent la matière organique dans le sol en molécules plus faciles à utiliser pour les autres membres de la communauté. Les bactéries mutualistes sont en relation co-dépendante avec les plantes (pas de jugement ici), elles peuvent les aider entre autres à absorber de l’azote. Les pathogènes sont des bactéries néfastes pour le développement des plantes, comme des parasites ou des maladies. Enfin, les lithotrophes trouvent leur énergie dans des molécules autres que le carbone. Elles peuvent donc désintégrer des polluants. Pratique! Ensemble, les bactéries sont essentielles au recyclage des molécules organiques.  

 

C’est tout?

La vie sous terre est si immense, et minuscule à la fois, qu’on ne pourra jamais la comprendre entièrement. Comme l’océan, avec ses planctons microscopiques et ses tranchées d’obscurité infinie, il faut accepter que toute explication de l’écosystème sous-terrain sera incomplète, biaisée par notre point de vue d’animal sur-terrain. La prochaine fois que tu es en nature, prends le temps de rêver à toute cette magie sous tes pieds. Et penses-y, dans chaque feuille morte, il y a la naissance de la prochaine. C’est en découvrant nos racines qu’on voit enfin le cycle de la vie! 😉

Par Sofia, éducatrice-naturaliste

Sources images : Pixabay, GUEPE, K-State Research and Extension, Pixnio

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310
Vedette du mois
Le monotrope uniflore ou le pirate fantôme

Dans les tapis d’aiguilles, cette plante complètement blanche agit comme un champignon parasite. C’est une rareté et un merveilleux exemple d’évolution. C’est le monotrope uniflore.

C’est un p’tit fantôme qui hante les sous-bois humides des forêts matures de conifères. Dans les tapis d’aiguilles, c’est une plante qui agit comme un champignon parasite. C’est une rareté qui est un merveilleux exemple d’évolution. C’est le monotrope uniflore.  

 

Cette plante bien de chez nous ne ressemble en rien aux autres herbacées forestières. Du haut de ses 20 cm de moyenne, le monotrope est blanc translucide, ce qui lui donne des airs de fantôme (la ghost plant), avec des flocons noirâtres sur les feuilles (elles-mêmes ne ressemblent pas à des feuilles, mais plutôt à des écailles). Certains individus prennent une teinte rosée lorsqu’ils sont encore jeunes. Un fantôme rose…! Chaque tige porte une unique fleur (uniflore… t’as catch), elle aussi blanche translucide. Elle a une forme de clochette, pendant vers le sol. Cette courbature ajoute un je-ne-sais-quoi à son look glauque. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, plus la fleur devient mature, plus elle se redresse sur la tige. Elle laisse ensuite place à un fruit bizarroïde rond. Cette capsule étrange sèche, se fend et libère les graines.  

 

Pourquoi blanche?

Le monotrope uniflore ne contient pas de chlorophylle. La chlorophylle, c’est ce qui donne la couleur verte aux plantes et c’est un des rouages dans la mécanique de la photosynthèse. Donc, sans chlorophylle, notre monotrope n’obtient pas d’énergie par la lumière du soleil. Nope. À la place, il a trouvé un moyen bien efficace : parasiter. Il est le third wheel le plus prolifique de l’histoire des parasites. Le monotrope s’ingère dans une relation déjà existante entre un champignon mycorhizien et son hôte, un conifère. Dans cette relation de mutualisme, les sucres sont produits par l’arbre et transmis au champignon, qui lui, donne des sels minéraux en retour. Classique mutualisme. C’est alors que notre parasite se faufile entre les deux pour voler les sucres produits par l’arbre. Avoue que c’est de la piraterie de haut niveau!  

 

Rareté du fantôme

Cette ingénierie criminelle est étonnante (et évite de dépenser plein d’énergie pour acquérir du carbone, comme les autres plantes). C’est pour cette même raison qu’on la rencontre rarement puisqu’elle fait face à plusieurs contraintes. Il faut non seulement trouver une relation parfaite de mutualisme à squatter, mais il faut aussi un habitat, des conditions météo et des pollinisateurs spécialisés. Les bourdons sont un des seuls insectes à assurer la pollinisation de nos fantômes : leurs intenses vibrations secouent le pollen de la fleur et permettent la pollinisation.  

Parce qu’il n’a littéralement pas besoin de soleil pour pousser, on trouve le monotrope dans les endroits sombres, dénudés des autres plantes photosynthétiques. C’est un solitaire, mais pour de bonnes raisons. Personne ne veut avoir un p’tit voleur dans son entourage!

 

Cette plante aux allures lugubres pousse des Maritimes jusqu’aux Rocheuses, jusqu’au sud des États-Unis. Bien que cette aire de répartition puisse faire des jaloux, ce n’est pas une plante qu’on rencontre souvent. Alors, si tu fais une randonnée en été, ouvre les yeux entre deux racines de conifère, tu pourrais voir la fleur fantôme!

Par Anne Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Will Brown, Fritz Flohr Reynolds

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309
Question du public
Œuf brouillés, lipides expliqués

Les lipides sont une des classes de macromolécules! On en retrouve partout en nature, mais on va se servir de l’œuf comme exemple pour te parler un peu plus des trois principales classes.

Les lipides sont une des classes de macromolécules! On en retrouve partout en nature, mais on va se servir de l’œuf comme exemple pour te parler un peu plus de ses trois principales sortes.  

Les triglycérides : une réserve d’énergie

Les embryons qui se développent séparément de leur mère, comme c’est le cas pour les œufs, ont besoin de réserves de nutriments leur permettant de survivre seuls. Chez l’œuf, c’est le jaune qui joue ce rôle et il contient des lipides comme source d’énergie.

On a déjà dit que les glucides étaient une réserve d’énergie. Alors, c’est quoi la différence? Les lipides donnent plus d’énergie par gramme que les glucides. On parle de 9 calories* par gramme de lipides comparé à 4 calories par gramme de glucides. C’est plus que le double! Les lipides sont également plus légers et plus compactes. Ils sont donc beaucoup plus pratiques à inclure dans un œuf ou une graine, qui ont normalement une petite taille. C’est pareil dans le corps humain : la majorité de nos réserves d’énergie sont sous forme de lipides. Nos réserves de glucides sont d’ailleurs limitées à environ 500 g ou moins, soit environ 2000 kcal. C’est assez pour environ 2 h d’exercice intense. Contrairement à ça, nos réserves de lipides sont presque illimitées! C’est ainsi que, lorsque nos réservoirs de glucides sont remplis au maximum, le reste des glucides qu’on consomme (et même des protéines qu’on mange en excès) sont convertis en lipides. Ce sont les triglycérides, qu’on appelle souvent des gras, qui jouent ce rôle. Les triglycérides jouent également d’autres rôles! Ils servent d’isolant thermique lorsqu’ils sont stockés dans des tissus adipeux, comme le lard des mammifères marins (mais on y reviendra au lard). Ils protègent nos organes des chocs lors de nos activités quotidiennes et ils transportent les vitamines solubles dans le gras. Ainsi, les lipides, dont les triglycérides, ont plusieurs fonctions, mais d’autres classes de lipides font plus encore!

Un mammifère marin protégé par ses lipides

Les phospholipides : une histoire d’incompatibilité

Comment l’huile et le vinaigre peuvent-ils se mélanger pour faire une vinaigrette? Grâce aux phospholipides, bien sûr! On t’explique : le vinaigre, comme l’eau, est une substance polaire, c’est-à-dire que ses molécules ont une charge positive à un bout et une charge négative à l’autre. On dit également qu’elle est hydrophile, parce que cette charge lui permet de se mélanger à l’eau. L’huile, elle, n’est pas polaire. Elle ne se mélange donc pas très bien à l’eau : on dit qu’elle est hydrophobe. Pour les réunir, il faut faire appel à un émulsifiant, comme les phospholipides. Ces derniers ont une tête polaire (hydrophile) et une queue non polaire (hydrophobe)*****. Un bon exemple de phospholipides, c’est la lécithine qui se trouve dans les jaunes d’œuf.

Les phospholipides ont un rôle beaucoup plus important en nature que de t’aider à faire ta vinaigrette. Ils jouent un rôle crucial dans les cellules! Ce sont les phospholipides qui constituent la membrane cellulaire, cette couche qui tient le contenu des cellules ensemble! Elles sont formées de deux couches de phospholipides, avec les têtes polaires vers l’extérieur et les queues non polaires vers l’intérieur.  

Les stéroïdes : bien plus gentils qu’on ne le pense

D’autres molécules organiques qui sont également considérées comme des lipides, mais qui ont une structure un peu différente des autres, sont les stéroïdes (mais on ne parle pas des stéroïdes anabolisants interdits dans des compétitions sportives 😉). Ils incluent les hormones sexuelles, comme les estrogènes, les androgènes et la progestérone, ainsi que l’hormone impliquée dans le stress, le cortisol et la vitamine D.  

On y retrouve aussi le cholestérol (comme dans les jaunes d’œuf). On t’épargnera les détails du cholestérol, mais sache que tu en produis naturellement et qu’il a une réputation bien plus mauvaise qu’il ne le mérite. Parmi ses nombreux rôles, il aide à stabiliser la membrane cellulaire et contribue à la communication entre les cellules. Il est aussi utilisé pour fabriquer la bile qui t’aide à digérer ta nourriture. Il ne faut juste pas que tu en consomme plus qu’il le faut, vu que ton corps fabrique déjà tout ce dont il a besoin.  

Les trois classes de lipides sont donc essentielles pour plusieurs raisons! Elles fournissent de l’énergie à long terme, aident à réguler la température corporelle, à protéger tes organes, à mélanger des substances incompatibles, à fabriquer la membrane cellulaire et à bien plus! La prochaine fois que tu te fais une omelette, prends donc un instant pour te rappeler des triglycérides, des phospholipides et des stéroïdes qui se trouvent dans ton assiette!

NOTES

* La calorie, c’est une unité de mesure de l’énergie qui est contenue dans les aliments.

** Ils ont une structure un peu différente des autres macromolécules : il s’agit d’une molécule de glycérol (le dérivé d’un glucide) attachée à trois molécules d’acides gras. Selon la structure des acides gras qui composent les triglycérides, ces derniers peuvent se comporter différemment à la température ambiante. On n’entrera pas trop dans les détails***, mais on peut classer les acides gras en deux groupes : saturés ou insaturés. Les acides gras saturés ont une forme plus linéaire, leur permettant de former un solide plus facilement que les acides gras insaturés. C’est comme si tu empilais des briques (les molécules) pour faire un mur (le solide). Les briques ont des côtés bien linéaires, permettant de les empiler plus facilement. Ensuite, essaie d’empiler des étoiles****. Plus difficile, non? Si on revient aux acides gras saturés, c’est donc leur forme qui les distingue, leur permettant de rester solides à une température plus élevée que les acides gras insaturés. Les acides gras des animaux sont surtout saturés, alors que ceux des plantes sont surtout insaturés. C’est ça qui explique que le beurre, un gras animal, soit solide à température pièce, et que l’huile, un gras végétal, soit liquide à température pièce.  

*** Si tu veux un peu plus de détails, tu es au bon endroit! Quand on dit « saturés », on parle de la saturation en atomes d’hydrogène. On t’explique : les acides gras ont un squelette d’atomes de carbone et chaque atome de carbone peut former quatre liaisons chimiques avec d’autres atomes. Les atomes au milieu de la chaine sont chacun liés à deux autres atomes de carbone (un de chaque côté). Souvent, les deux autres liaisons possibles sont formées avec des atomes d’hydrogène. Quand des atomes d’hydrogène remplissent toutes les positions possibles, on dit donc que ce sont des acides gras saturés. Des fois, une liaison double se forme entre deux atomes de carbone, éliminant la possibilité qu’un atome d’hydrogène se joigne à la molécule. C’est donc un acide gras insaturé.

**** Bon, les acides gras insaturés ne sont pas en forme d’étoiles, mais ça peut quand même te donner une idée.

***** La tête polaire des phospholipides est formée d’un groupe d’atomes incluant un phosphore et trois oxygènes, puis la queue non polaire est formée de deux acides gras. Le tout est lié ensemble par une molécule de glycérol.

Par Émilie, communicatrice scientifique

Sources images : Pixabay

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