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Découvrir la nature avec nos yeux d’experts

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent ... L'équipe d'éducateurs-naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.


Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de nos lecteurs (comme toi) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Vedette du mois
Le faucon pèlerin : loin d’une poule mouillée

Connais-tu l’animal le plus rapide au monde? Celui qui peut atteindre une vitesse de 320 km/h? On te présente le faucon pèlerin, cet oiseau qui – on te le dit – est loin d’une poule mouillée!

Connais-tu l’animal le plus rapide au monde? Celui qui peut atteindre une vitesse de 320 km/h? On te présente le faucon pèlerin, cet oiseau qui – on te le dit – est loin d’une poule mouillée!  

Le faucon pèlerin se retrouve presque partout à travers le monde et compte 22 sous-espèces. Les trois qui sont présentes au Canada sont les Falco peregrinus pealei, anatum et tundrius. La sous-espèce pealei se retrouve plus à l’ouest, en Colombie-Britannique, alors que le Falco peregrinus tundrius est présent – l’on s’en doute – au nord dans les toundras. C’est surtout le Falco peregrinus anatum que l’on peut observer au Québec, incluant dans les hauts plateaux de Charlevoix.

Alors, pourquoi dit-on qu’il n’est pas peureux?

Tout d’abord, il naît acrophile*! En effet, cet amateur de sensations fortes niche sur le bord de falaises escarpées. Quel endroit pour venir au monde, pas vrai? Ce n’est donc pas étonnant que, lorsqu’il décide d’élire domicile en ville, il se mette « confo » en hauteur, sur les corniches de bâtiments, sur le bord de gratte-ciels et sur d’autres constructions élevées.

Est-il douillet? Mais, pas du tout! Contrairement à d’autres oiseaux, il ne tapisse pas son nid d’herbes, de branches, de plumes ou d’autres matériaux. Il se limite habituellement à gratter un peu le sable, le gravier ou la terre où il se trouve afin de créer une petite dépression et pond ses œufs à cet endroit.

Puis, si ce n’était pas assez pour te convaincre, il est aussi accro à l’adrénaline! C’est un excellent chasseur qui plonge à toute vitesse vers ses proies! C’est d’ailleurs lors de ses plongeons (aussi appelés descentes en piqué) qu’il atteint les vitesses qui le rendent digne du titre de l’oiseau le plus rapide. Ce n’est pas pour rien qu’il se sert de cette fameuse technique : bien qu’il s’attaque parfois aux petits mammifères, ses proies sont souvent des oiseaux en vol et les attraper requiert une adresse redoutable!  

Le héros et le vilain

Mais, tout Superman a une kryptonite! Dans l’histoire du faucon pèlerin, l’exemple tristement célèbre qui a eu de graves conséquences sur ses populations fut le DDT et d’autres pesticides répandus entre 1940 et 1970. On t’en a déjà parlé, mais il est une des nombreuses espèces ayant subi ses effets indirects, par bioaccumulation. La présence de DDT dans son système a eu des répercussions sur la survie de sa progéniture. Une chance que des règlementations ont éventuellement été mises en place pour le protéger, ce qui a permis un certain rétablissement de ses populations. Il y a au moins eu un côté positif : c’est un bon exemple pour démontrer comment les actions ciblées, appuyées par la recherche scientifique, peuvent avoir un impact concret sur la conservation de certaines espèces!

Donc, la prochaine fois que tu te promènes en ville et que tu aperçois un objet rapide comme l’éclair qui file dans le ciel, tu sauras que la réponse à la question « C’est un oiseau? C’est un avion? »** est peut-être réellement un oiseau! Pour être encore plus sûr.e dans ton identification, télécharge notre fiche terrain!

NOTES

* Qui aime les hauteurs

** Pour ceux qui ne la reconnaissent pas, c’est une référence à Superman. (« C’est un oiseau? C’est un avion? Non, c’est Superman!)

Par Émilie, communicatrice scientifique

Sources images : Gregory "Slobirdr" Smith, Brian McCauley, Paul Balfe

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Choix du naturaliste
Le grand héron, une sentinelle

Tu sais peut-être ce que c’est qu’une espèce sentinelle? Ce sont des espèces qui permettent d’indiquer l’état de santé d’un milieu naturel. Voici l’histoire du grand héron, une espèce sentinelle d’ici.

Tu sais peut-être ce que c’est qu’une espèce sentinelle? Ce sont des espèces d’animaux, de végétaux, de bactéries, ou encore de champignons, qui permettent d’indiquer l’état de santé d’un milieu naturel. Voici l’histoire du grand héron, une espèce sentinelle d’ici.

Ce grand oiseau piscivore (qui mange des poissons) accumule des contaminants : les poissons qu’il dévore ont eux aussi emmagasiné des contaminants au préalable. La chaîne alimentaire, ça te dit de quoi? Eh bien, c’est exactement le même chemin qu’empruntent certains éléments retrouvés dans l’environnement.

Les petits poissons, en bas de la chaîne alimentaire, ingèrent de manière directe les contaminants dans l’eau ou dans l’air. Ces poissons se feront probablement manger à leur tour par d’autres poissons un peu plus gros. Le héron mangera ces derniers, et les composés organiques toxiques vont à leur tour entrer dans son organisme par poisson interposé. Ainsi, les contaminants vont s’accumuler de manière indirecte. On parlera alors de bio-amplification, comme quoi les quantités de contaminants ingérés, vont s’accumuler et seront de plus en plus importantes.

Le rôle du héron

Cet oiseau est présent dans plusieurs écosystèmes aquatiques. On le trouve dans les lacs, les rivières, les marais, les fleuves et même en mer et aux abords des océans. En effet, il est pratiquement partout, sauf trop dans le nord où l’eau est gelée la moitié de l’année. Au Québec, on ne le trouve pas dépassé la Gaspésie. Donc, si tu regardes sa distribution à l’échelle de notre province, par exemple, il y a beaucoup de potentiel d’habitats. C’est également une espèce fragile et facilement perturbée par les changements dans son environnement, incluant les contaminants, surtout qu’il ne vit que sur d’assez petits territoires. On peut ainsi le voir comme un outil pour comparer facilement la présence de contaminants dans plusieurs milieux de vie en même temps. C’est tout de même une incroyable banque d’information qu’il nous donne, si l’on y pense bien.

Pour décoder ces informations, il faut trouver des indices pour savoir si le grand héron est en santé ou non. Il s’agit d’observer son comportement de reproduction, sa croissance, et sa capacité à se défendre contre des parasites ou des infections. Il faudra alors chercher des traces de contaminants dans ses tissus, son sang, ses plumes, ou bien dans ses œufs. Puis, en observant le grand héron sur de longues périodes (de manière chronique), nous pouvons ainsi connaître l’évolution des contaminants, à savoir s’ils augmentent ou s’ils diminuent dans la chaîne alimentaire et dans l’environnement. Plusieurs autres espèces sentinelles existent; souvent, ce sont les espèces en haut de la chaîne alimentaire. Puis, les espèces sentinelles peuvent également parfois être bio-indicatrices.

À l’étude

Certains contaminants peuvent rester très longtemps dans les différents types d’écosystèmes et bien sûr, dans l’organisme des animaux. C'est notamment le cas des DDT et des BPC* qui se retrouvent malheureusement dans les tissus du grand héron. Ainsi, si nous sommes capables d’identifier les oiseaux affectés par ces produits chimiques, nous serons en mesure d’enquêter sur les causes de la contamination dans un milieu de vie très précis. C’est toujours intéressant ensuite d’aller chercher d’autres informations dans les populations de hérons voisines afin de valider l’étendue de la contamination, ou encore, de vérifier que l’écosystème se porte mieux.  

Afin de trouver des solutions durables au maintien de la santé des écosystèmes, plusieurs méthodes sont utilisées pour décontaminer l’environnement, mais je te laisse découvrir les solutions à travers notre blogue et tes autres recherches!

Savais-tu que...

Le grand héron adulte peut avaler près de 180 poissons par jour lorsqu’il est en période de nourrissage de ses héronneaux. Et si la pêche n’est pas bonne, pas de problème, il pourra capturer de petits amphibiens et même des petits mammifères. Il recrachera ensuite une boulette de régurgitation - oui oui, comme beaucoup d’oiseaux d’ailleurs, comme les hiboux; pas que les rapaces!

NOTE

* Les DDT et les BPC sont des polluants organiques persistants (POP) - c’est-à-dire que ces produits chimiques prennent beaucoup de temps à se détériorer dans la nature et s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Ils sont fabriqués par l’humain, et donc pas présents à l’état naturel. Ils sont entre autres utilisés comme pesticides.  

Par François-Vivier, éducateur-naturaliste

Sources images : Pexel, Pixnio, Andrea Westmoreland

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Qc-Nature
Les combustibles fossiles : une histoire de longue date

Le pétrole, le gaz naturel et le charbon sont des combustibles fossiles. Combustibles, parce qu’ils peuvent être brulés. Fossiles, parce qu’ils sont la trace d’organismes ayant vécu sur Terre il y a très longtemps.

Le pétrole, le gaz naturel et le charbon sont des combustibles fossiles. Combustibles, parce qu’ils peuvent être brulés. Fossiles, parce qu’ils sont la trace d’organismes ayant vécu sur Terre il y a très longtemps.

Ce qui leur permet de bruler aussi bien est leur composition en carbone (C). Sur Terre, le carbone est beaucoup plus abondant dans les organismes vivants. Les sucres, les gras, les protéines et même l’ADN sont des molécules du vivant qui comptent beaucoup d’atomes de carbone dans leur structure. La masse d’un corps humain est constituée d’environ 18,5 % de carbone. Dans l’ensemble du vivant (soit la biosphère), c’est plus autour de 20 % de la biomasse sur Terre. (La biomasse, c'est la masse formée par tous les organismes vivants.) En comparaison, dans la roche de la croûte terrestre, le carbone compte pour moins de 1 % de la masse.** L’air que nous respirons, quant à lui, est composé de seulement 0,04 % de gaz carbonique (principal gaz avec du carbone dans l’atmosphère). Les organismes vivants concentrent donc le carbone de la planète. Une fois mort, le carbone pourra servir de source pour former les combustibles fossiles.

D’ailleurs, saviez-vous que certains composés du pétrole brut sont des formes dérivées de molécules que l’on retrouve juste dans les organismes vivants comme la chlorophylle et le cholestérol?****

Formation du pétrole et du gaz naturel

C’est principalement les organismes aquatiques morts qui fournissent la matière organique qui devient des combustibles fossiles. Mais pourquoi? C’est parce qu’ils s’accumulent dans les sédiments des fonds marins, où les conditions sont propices pour la transformation qui doit avoir lieu.  

Suintement de pétrole dans la Simi Valley, en Californie

Dans des conditions aérobiques, donc en présence d’oxygène, les organismes vivants qui s’en nourrissent peuvent la décomposer en totalité. Mais, ce sont les organismes décomposeurs qui vivent sans oxygène qui nous fourniront les ingrédients dont nous avons besoin. Enfouie dans les sédiments du fond marin (et à l’abri de l’oxygène), la matière organique sera exposée à des microorganismes qui chercheront surtout à prendre l’azote (N) et l’oxygène (O) des molécules organiques laissant derrière eux le carbone (C) et l’hydrogène (H), soit la base des hydrocarbures!

Par le cycle naturel des roches, les sédiments s’enfouissent et entraînent ces résidus de matière organique de plus en plus profondément sous terre. Cela finit par les emprisonner dans la roche sédimentaire. Plus la roche descend dans la croûte terrestre, plus elle sera soumise à une pression et une température élevée.***** Les résidus organiques piégés, riches en carbone et en hydrogène, vont progressivement se transformer. Selon la profondeur (qui n’est pas encore suffisante pour métamorphoser la roche), cela donnera des composés différents.

  • En atteignant plus de 2 km de profondeur, la température et la pression permettent de créer du pétrole. On peut y retrouver différents types de pétroles. Les molécules qui les composent sont plutôt grosses. En plus du pétrole, il y a aussi un peu de gaz naturel qui se forme.
  • Rendu à plus de 3 km de profondeur, du pétrole peut encore se former. Toutefois, il y a beaucoup plus de gaz naturel. Plus les résidus organiques descendent, plus ils sont transformés en composés de petite taille. Le gaz naturel est composé de molécules simples et plus petites que le pétrole. L’un des principaux gaz naturels est le méthane (CH4).
  • Passé 4 km de profondeur, il ne se crée que du gaz naturel. La température et la pression sont trop élevées pour former du pétrole.
Tiré de Connaissance des énergies

Cela se passe très, très, très lentement. Il faut se souvenir que le processus décrit, qui mène à la création de pétrole, prend entre 20 et 350 millions d’années. Puisque ce processus dépend du cycle des roches, il n’est pas étonnant que le temps écoulé soit à l’échelle géologique de la Terre, plutôt qu’à l’échelle d’une vie animale.

Formation du charbon (dit de terre, pas de bois)

Pour avoir du charbon, il faut aussi que de la matière organique morte se retrouve dans un endroit pauvre en oxygène, puis que les résidus de sa décomposition soient soumis à une pression et une température plus élevées. Le charbon se retrouve dans de la roche sédimentaire. À vrai dire, le charbon lui-même est roche sédimentaire, mais combustible en raison de sa forte concentration en carbone (C). Il prend plus de 300 millions d’années à se former et son origine est uniquement de source végétale, comme des débris de plantes.

Le charbon provient principalement de la période géologique du Carbonifère******. À cette période, la végétation était abondante et de grande taille. Il y avait aussi beaucoup de tourbières. Lorsque les plantes mouraient, beaucoup d’entre elles se retrouvaient immergées dans l’eau des tourbières (et d’autres milieux humides). Cette matière organique s’accumulait ainsi avec les sédiments dans un milieu avec peu d’oxygène.

Toutefois, un autre élément de l’histoire du vivant devait être réuni pour rendre le tout possible. L’absence de microorganismes capables de dégrader la lignine, une molécule présente que dans les plantes (comme la cellulose). La lignine a émergé dans l’évolution du règne végétal, car elle offrait l’avantage aux plantes d’être plus rigides, ce qui est plutôt pratique pour les très grands végétaux de cette période (ainsi que pour les arbres actuels). La présence de la lignine a rendu la décomposition des végétaux beaucoup plus difficile, laissant davantage de résidus organiques prêts à être transformés en charbon. La formation de charbon a arrêté à la fin du Carbonifère, en même temps que l’apparition de champignons capables de digérer la lignine!

Mine de charbon en Norvège

En brulant les combustibles fossiles, l’humain libère du carbone sous forme de gaz carbonique dans l’atmosphère, du carbone qui était bien tranquillement enfoui sous terre depuis des centaines de millions d’années. En utilisant ce type d’énergie, l’humain perturbe le climat de la planète en ajoutant des GES supplémentaires dans l’atmosphère. De plus, l’humain choisit une ressource qui prend énormément de temps à se former. Par conséquent, ses quantités sont limitées. On parle d’énergie non renouvelable à l’échelle humaine.

NOTES

* « Les combustibles fossiles représentent actuellement 80 % de la demande énergétique primaire dans le monde et le système énergétique est la source d’environ deux tiers des émissions mondiales de CO2. », Le rôle des combustibles fossiles dans un système énergétique | Nations Unies

** Environ 75 % de la masse de la croute terrestre est composé de seulement 2 éléments atomiques : l’oxygène (O) à 47 % et le silicium (Si) à 28 %.

*** « Il y a 4,3 milliards d’années, le CO2 constituait 25 % de l’air, alors que l’oxygène n’était présent qu’à l’état de traces. », Tout sur le carbone| Université Laval

**** Preuves de l’origine organique des pétroles | Encyclopædia Universalis

***** La température à des profondeurs de 2 à 3 km dans le sol atteint entre 60 °C et 120 °C. Sous 3 km, c’est donc plus que 120 °C. Passé 4 km, c’est plus de 150 °C. Formation du pétrole | Connaissance des énergies

****** Le mot Carbonifère fait justement référence au carbone provenant de cette période qui remonte à entre –360 et –300 millions d’années (approximativement). C’est aussi à cette période que l’on retrouvait des invertébrés et des amphibiens de très grande taille.

Par Philippe, coordonnateur des activités dans Charlevoix

Sources images : Brancwp, Connaissance des énergies, Daniel Foster

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329
Choix du naturaliste
Les plantes qui décontaminent : la phytoremédiation

Les végétaux se nourrissent et accumulent des nutriments, et plusieurs absorbent aussi des contaminants. C’est cette propriété qui est exploitée lors de la phytoremédiation, une stratégie naturelle pour décontaminer.

As-tu déjà entendu parler de la phytoremédiation? Héé oui, les plantes en absorbent, tu te rappelles? Si non, on va te rafraîchir la mémoire! Tous les végétaux se nourrissent et accumulent des nutriments pour composer leurs parties, mais plusieurs absorbent aussi des contaminants. C’est cette propriété qui est exploitée lors de la phytoremédiation, une stratégie naturelle que l’on peut employer pour décontaminer notre environnement.

Plus d’une façon de décontaminer le sol

Un saule qui « phytoremédie »

Il existe plusieurs types de phytoremédiation basés sur la capacité qu’ont certaines plantes à disposer des éléments contaminants présents dans leur environnement. Par exemple, la phytoextraction exploite les plantes qui ont tendance à concentrer les polluants dans leurs tissus, que ce soit dans les racines ou dans leurs parties aériennes telles que le tronc et les branches ou les feuilles. C’est d’ailleurs la stratégie la plus utilisée pour capturer les polluants des sols contaminés par les activités humaines. Par exemple, les saules et les peupliers sont des végétaux utilisés dans la décontamination d’anciens sites industriels. Pour compléter la décontamination des sols, les végétaux sont retirés, puis traités de différentes manières : soit par combustion, compostage, ou par biométhanisation*.  

La phytodégradation est une stratégie complémentaire à la phytoextraction. Elle consiste à faire usage des plantes ayant la propriété de dégrader les contaminants organiques du sol afin de les rendre moins nuisibles grâce à un métabolisme contenant des enzymes spéciales. Ainsi, les saules pleureurs sont couramment utilisés pour nettoyer les sols contaminés aux hydrocarbures. Elle est parfois aidée par la rhizosphère et ses composantes, dont les bactéries du sol ou les champignons mycorhiziens tu t’en souviens? (On parle alors de rhizodégradation). La plante de tabac est également utilisée afin de dégrader les composés organiques polluants, mais elle a aussi la particularité de volatiliser dans l’air les éléments dégradés. C’est ce qu’on nomme la phytovolatilisation.  

Un peuplier qui « phytoextracte »

Enfin, la phytostabilisation quant à elle, empêche les contaminants de se déplacer en étant lessivés par l’eau ou encore volatilisés par le vent. Tu comprends alors qu’on utilise cette méthode lorsqu’il est question d’immobiliser de manière naturelle les contaminants des sites industriels. Ce sont notamment les racines des plantes qui agissent à cette fin. Toutes sortes de plantes ayant différentes profondeurs de racines sont utilisées à cet effet, et sont choisies selon les besoins**.  Par exemple, l’aménagement de bandes riveraines est largement pratiqué afin d’empêcher les engrais et les pesticides de se rendre au cours d'eau à proximité de terres agricoles, de coupes forestières ou encore de terrains privés près des lacs. D’ailleurs, le saule est encore une fois vainqueur, car c’est dans les premiers végétaux à être plantés en bordure de cours d’eau.

Une bande riveraine de saule qui « photostabilise »

Vive le vert!

Ainsi, les plantes sont non seulement importantes pour promouvoir la biodiversité, mais elles nous aident, nous aussi. Elles nous permettent de vivre dans un environnement plus sain en le décontaminant et sont sans doute la clé qui nous permettra de remédier à d’autres problèmes environnementaux, en plus de nous offrir une panoplie d’autres services! N’hésite donc surtout pas à mettre plus de vert dans ta vie!  

NOTES

* La biométhanisation est un processus de récupération du méthane à partir de composte. Mais nous y reviendrons bientôt.  

** On pourrait alors parler de diversité fonctionnelle, lorsqu’on utiliser les différentes profondeurs de racines pour arriver aux objectifs souhaités, comme en permaculture, par exemple.  

Par François-Vivier, éducateur-naturaliste

Sources images : Pixabay, Pixabay, Pixabay,

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328
Vedette du mois
Les bio-indicateurs

En analysant les espèces d’un milieu, on peut en faire le diagnostic. Est-il en santé ou est-ce que ça va mal? Un bio-indicateur, c’est un outil utilisé en écologie pour mesurer l’état d’un écosystème. Qui sont-ils?

Dans le fjord du Saguenay, on s’intéresse à la mye commune (un mollusque bivalve cousin de la moule). Elle a tendance à répondre négativement à la présence de polluants dans l’eau. En analysant ses populations à différents endroits dans la rivière, on peut établir un diagnostic de l’écosystème (de son intégrité biologique, chimique et physique). Est-il en santé ou est-ce que ça va mal? La mye, c’est un bio-indicateur : un outil utilisé en écologie pour mesurer l’état d’un milieu.  

Une mye commune

Un compas de la bio-santé

Les espèces bio-indicatrices (des plantes, des animaux, des champignons et des bactéries) sont sensibles à des perturbations. Les modifications du milieu ont donc un impact sur leur comportement et/ou sur la croissance de leurs populations. En les étudiant (et en étudiant leur niche écologique), on obtient des informations sur les fonctions et les caractéristiques de l’écosystème. Par exemple, une espèce de plante présente dans un milieu pourrait indiquer une forte concentration de métaux lourds dans le sol (comme c’est le cas pour la renouée du Japon, qui pousse généralement dans des sols pauvres et pollués).  

Par leur présence ou par leur absence, les bio-indicateurs permettent de faire le portrait de l’évolution d’un milieu, qu’il soit en santé ou pas. Lorsqu’on compare les populations bio-indicatrices dans des milieux perturbés et non perturbés par l’humain, on fait un diagnostic permettant une meilleure gestion des écosystèmes perturbés comme on l’a fait avec la mye dans le Saguenay. Les bio-indicateurs permettent ensuite de calculer si les objectifs sont atteints par les actions de conservation. On peut aussi utiliser des bio-indicateurs pour surveiller des milieux et être en mesure de constater s'il y a une augmentation des perturbations.  

 

Des sentinelles  

Lorsqu’on étudie un bio-indicateur, on s’intéresse à la dynamique de sa population. Est-elle en croissance? En décroissance? Stable? Inexistante? On peut alors poser des hypothèses sur la santé de l’écosystème. Disons que dans la zone A du Saguenay, on remarque une baisse de la population de la mye commune, dans la zone B, la population est stable et dans la zone C, la mye est absente. Sachant que la mye meurt en présence de contaminants, on peut commencer à penser que les zones A et C de la rivière nécessitent un grand ménage!  

Pour en apprendre davantage sur les effets des contaminants, on utilise les espèces sentinelles. On note chez ces dernières des changements physiques, moléculaires ou comportementaux au niveau des individus dus à la présence de polluants. (En comparaison, le bio-indicateur donne des informations sur les caractéristiques d’un milieu seulement par sa présence ou son absence.) Une sentinelle n’est pas nécessairement un bio-indicateur, mais l’un n’empêche pas l’autre. Le lichen a la double vocation : il est abondant dans les milieux donc l’air est plus propre et on peut analyser leur physionomie pour comprendre les impacts de certains polluants atmosphériques.  

Les poissons, comme cet achigan à grande bouche, accumulent (par bioaccumulation) des toxines dans leurs tissus.

Qui sont les indicateurs?

Ce n’est pas n’importe qui (ou quoi) qui a toutes les qualifications pour être un bon bio-indicateur. D’abord, il faut toujours se rappeler que l’interprétation des changements d’une population doit être faite de manière réelle. Il ne faut pas tirer des conclusions trop rapides : ce n’est pas parce qu’on voit du lichen quelque part que l’air y est parfaitement pur. Les analyses menées doivent être faites sur différents sites et prendre en compte des tonnes de variables selon les écosystèmes et les bio-indicateurs choisis. La bio-surveillence, bien qu’elle soit aujourd’hui assez rependue, reste une méthode de mesure indirecte.  

Prenons, par exemple, les macroinvertébrés filtreurs qui vivent dans le fond de l’eau.

  • Ils sont généralement présents en grande quantité (donc, en prélever en nature n’a pas véritablement de conséquences sur le milieu).  
  • Leur cycle de vie est assez court, donc il est facile de voir des variations des populations dans le temps (plus que chez des gros mammifères qui vivent très longtemps, comme les éléphants. Il faudrait attention des années pour étudier les variations entre les générations).  
  • Ils sont sédentaires, donc ils sont un échantillon représentatif au niveau local.  
  • Ils peuvent avoir un impact important sur la santé de l’écosystème, car ils représentent un maillon important de la chaîne alimentaire.  

Ils sont donc d’excellents candidats pour être des bio-indicateurs. Divers polluants aquatiques sont attachés aux particules organiques dont ils se nourrissent. Ces toxines s’accumulent dans leur tissu par bioaccumulation, limitent leur croissance et appauvrissent leur système immunitaire. En étudiant leurs populations, il est possible de constater rapidement des changements dans l’écosystème et ainsi prévenir des perturbations plus grandes.  

On pourrait faire le même exercice avec le plancton, les algues, des bactéries, etc.  

Les larves d'éphémères, qui vivent au fond des cours d'eau sont grandement utilisées comme bio-indicateur.

De manière plus générale, on utilise les populations d’amphibiens, dont la peau perméable peut absorber les toxines dans l’eau, comme des bio-indicateurs (et des sentinelles) de choix dans les milieux aquatiques. On dit aussi que les vers de terre sont de bons indicateurs d’un sol riche en matière organique. Au Québec, en plus de la mye dans le Saguenay, on surveille entre autres le grand héron pour s’assurer de la bonne qualité des eaux du Saint-Laurent.  

Il n’y a pas de bio-indicateur universel : aucun standard n’existe pour le choix des espèces et la justesse des résultats en biosurveillance est encore sujette à débat. Toutefois, si les analyses sont rigoureuses, laisser la nature nous parler, c’est un moyen fascinant de démontrer et comprendre notre impact sur les écosystèmes.

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Yuriy Kvach, Raw pixel, Dave Huth

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