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Découvrir la nature avec nos yeux d’experts

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Choix du naturaliste
Les espèces exotiques envahissantes, d’imposants étrangers

Une moule à rayures dans un lac du Québec, ça n’a pas l’air bien méchant, tu me diras. Pourtant, ça peut causer de très gros problèmes d’équilibre dans le lac et tuer plusieurs autres espèces qui y vivent. On se parle des EEE.

Tortue à oreilles rouges, agrile du frêne, moule zébrée, berce du Caucase, nerprun… À priori, il ne semble pas y avoir de liens entre ces végétaux et animaux divers. Pourtant, ils ont bien un dénominateur commun, mais lequel? On te donne quelques indices : lors de tes vacances au chalet, tu as peut-être vu un de ces noms sur un panneau installé à l’entrée d’un lac. Ou encore sur un autre panneau expliquant la nécessité de travaux dans un parc-nature de l’île de Montréal. Non? Tu ne l’as toujours pas? Allez, comme on est sympas, on te donne la réponse : toutes ces espèces sont des espèces exotiques envahissantes (de leur petit nom EEE)! Un bien grand terme, que l’on voit de plus en plus apparaître un peu partout ces dernières années, à cause des actions incessantes de lutte contre ces envahisseurs.  

Une petite moule à rayures dans un lac du Québec, ça n’a pas l’air bien méchant, tu me diras. Pourtant, ça peut causer de très gros problèmes d’équilibre dans le lac et tuer plusieurs autres espèces qui y vivent. Et les actions de lutte sont très couteuses et complexes. Selon l’état de l’invasion, dans certains cas, on peut presque dire bye-bye à notre beau lac et sa biodiversité florissante.

 

Une espèce exotique, qu’est-ce que c’est?

Quand une espèce évolue dans le milieu dont elle est originaire — par exemple, un caribou dans le nord du Québec —, on dit que cette espèce est indigène. Elle vient de cet habitat, y évolue depuis longtemps et est en équilibre dans l’écosystème. Autrement dit, on y trouve toutes les ressources et les espèces qu’elle a l’habitude de côtoyer (et qui ont évolué avec elle), dont ses prédateurs, ses compétiteurs et ses proies.

Lorsqu’une espèce est déplacée dans un habitat dont elle n’est pas originaire, on qualifie alors cette espèce d’exotique. En général, le déplacement est causé par un vecteur d’introduction. Il en existe plusieurs! Ce peut être, par exemple, le transport de marchandises, la pêche ou encore l’aquariophilie.  

Imaginons que tu as dans ta cour un bel étang dans lequel il y a des carpes koïs. Pendant un temps, tu adores les regarder nager à leur guise (ça te donne l’impression de voyager au Japon* dès que tu es dans ta cour), puis après un moment tu remarques qu’elles sont trop grosses pour ton petit étang. Tu te dis alors qu’il est temps de leur trouver un habitat adapté à leur taille, et justement il y a une belle rivière dans le parc à côté de chez toi. Quoi de mieux pour tes belles carpes, hein? Tu les relâches donc dans la rivière, apaisé.e par la pensée que tu leur as offert un avenir meilleur. Eh bien, ces chères carpes ne sont plus dans leur habitat naturel. Elles sont maintenant des espèces exotiques, qui vont évoluer dans un milieu pour lequel elles ne sont peut-être pas adaptées. Ici, le vecteur d’introduction, c’est donc l’animalerie dans laquelle tu as acheté tes carpes, puis toi quand tu les as mises dans la rivière. S’en vient la grosse question : est-ce qu’elles vont devenir envahissantes?

Exotique et envahissant

Une espèce exotique n’est pas forcément envahissante dans son milieu. Par exemple, la plupart des plantes que tu mets sur ton balcon l’été pour le rendre plus beau ne sont pas indigènes du Québec. Cependant, comme elles ne sont pas résistantes au gel, qu’elles ne se dispersent pas beaucoup, ou tout simplement parce qu’elles sont limitées à l’espace de ton balcon, elles ne coloniseront pas la ruelle derrière chez toi, et ne deviendront donc pas envahissantes.

On qualifie une espèce d’envahissante quand elle évolue et se multiplie très vite dans un milieu (par exemple parce qu’elle n’y a pas de prédateurs), au détriment des autres espèces présentes, et qu’elle cause des problématiques environnementales. Une espèce envahissante n’est pas obligatoirement exotique, mais elle l’est souvent. Ainsi, de nombreuses espèces végétales exotiques, qui ont été placées dans nos jardins parce qu’elles sont jolies, sont devenues envahissantes et causent des problèmes dans les milieux où on les trouve. C’est le cas de la renouée du Japon ou de encore de la bardane (tu sais, les graines accrochées à tes vêtements dont tu n’arrives pas à te débarrasser à l’automne!).

Si on reprend l’exemple précédent, tes belles carpes koïs, si elles survivent à l’hiver, ont un gros potentiel de devenir envahissantes. Elles grossiront rapidement, mangeront les ressources d’autres espèces (sans parler des espèces qu’elles prédateront) et leurs excréments pourraient déséquilibrer la qualité de l’eau de la rivière. Cet exemple reflète malheureusement la réalité, car plusieurs carpes exotiques échappées de réservoirs de pêche ou d’aquaculture sont devenues envahissantes dans le sud du Québec, comme la carpe commune.

Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais tu croises des espèces exotiques envahissantes tous les jours, surtout en été! Tortues à oreilles rouges dans les cours d’eau, phragmites le long des routes, vers de terre** dans le sol... La liste est longue! En ville, on peut trouver plusieurs EEE dans les carrés d’arbres, les jardins, les parcs ou même les craques de trottoir, mais aussi en l’air. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les étourneaux sont bel et bien une espèce envahissante! Cet oiseau indigène de l’Europe a été introduit dans Central Park par un New-Yorkais passionné de Shakespeare (qui a mentionné cette espèce d’oiseau dans une œuvre). Bien qu’il nous paraisse naturel d’en voir partout aujourd’hui, depuis son arrivée dans les années 1890, il cause des dégâts dans l’environnement en compétitionnant avec d’autres espèces aviaires, qui sont désormais moins présentes (comme le merle bleu, l’hirondelle noire ou encore certains pics).

 

Une lutte sans merci  

L’étourneau sansonnet, malgré son impact sur d’autres espèces d’oiseaux, est loin de gagner la palme de l’EEE ayant le plus d’incidence sur le milieu. D’autres espèces exotiques envahissantes sont beaucoup plus problématiques et il est alors complexe de les éliminer. Le myriophylle à épis, une plante aquatique qu’on voit très souvent dans les lacs et rivières du Québec, est une des bêtes noires de la lutte contre les EEE par les organismes environnementaux. Très dure à arracher, cette plante aquatique se développe très rapidement et obstrue en quelques années les cours d’eau qu’elle envahit. Dans chaque milieu, grand ou petit, il faut alors dépenser des sommes importantes d’argent pour l’arracher, poser des bâches sur les racines pour l’étouffer, et sensibiliser les plaisanciers et les plaisancières à nettoyer leurs embarcations. Pour compliquer le tout, on peut la confondre avec d’autres espèces de myriophylles, dont six sont indigènes!

Aujourd’hui, la lutte contre les EEE prend une place importante dans les luttes environnementales, entre autres parce qu’elle est liée aux changements climatiques. Bien que l'espèce humaine soit un vecteur important des EEE actuelles, le réchauffement des températures entraîne (ou entraînera) des migrations d’espèces dans de nouveaux milieux plus favorables. Les scientifiques prévoient donc que les espèces exotiques envahissantes soient beaucoup plus nombreuses à l’avenir. Leur lutte ne risque donc pas de s’arrêter dans un futur proche.

Tout n’est cependant pas perdu! En plus des actions de lutte présentes un peu partout au Québec, les outils de sensibilisation de la population se sont multipliés, et la science participative permet aujourd’hui à n’importe qui d’aider à la cause. Il est ainsi possible de signaler la présence d’une espèce exotique envahissante, que ce soit autour de chez nous ou en balade, notamment grâce à l’outil Sentinelle développé par le gouvernement du Québec. Un geste de plus pour s’occuper de notre environnement!

 

NOTES

* Fun fact : la carpe koï n’est pas originaire du Japon! Elle y a été introduite lors d’invasions chinoises. On peut donc dire que c’est une espèce exotique au Japon. Elle est également sur la liste des EEE présentes au Québec, avec deux autres espèces de carpes.

** Les vers de terre ne sont pas indigènes en Amérique du Nord... Ils sont arrivés avec les colons européens, dans leurs semences et leurs pots!

Par Julie, chargée de projet

Sources images : Andres Musta, Quang Nguyen Vinh, André Chivinski, Bas Kers (NL),

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Question du public
Les mollusques ou les coquillages

Partir une collection de coquillages après une courte marche sur une plage ou écouter la mer à travers ceux-ci, tout le monde fait ça. Cependant, qui s’est déjà intéressé.e aux organismes qui les ont créés et occupés?

Comment ça grandit un escargot? 

Qui n’a jamais voulu partir une collection de coquillages après une courte marche sur une plage? Pas moi! Cette fascination à observer les coquillages, voire même à écouter la mer à travers ceux-ci, nous a tous déjà traversé.e.s au moins une fois. Cependant, qui s’est déjà intéressé.e aux organismes qui les ont créés et occupés?  

Une coquille de bivalve qui attend de faire partie d'une collection...

Les coquillages... ou bien les maisons des mollusques

Les mollusques tirent leur nom du latin mollis, « mou », car ils sont des invertébrés au corps mou. Parmi les mollusques, on retrouve les gastéropodes (les escargots et les limaces), les céphalopodes (les calamars, pieuvres et nautiles) et les bivalves (toutes les moules, myes et huîtres). Bien que généralement ils ont une taille maximale de moins de 5 cm, on en retrouve de toutes les grandeurs! La coquille des tridacnes géants vivant dans les récifs coralliens indopacifiques peut mesurer jusqu’à 1,5 m de longueur. C’est énorme! Les calmars géants, eux, peuvent mesurer jusqu’à 18 mètres et peser jusqu’à 1 000 livres. Dix-huit mètres, ça, c’est un peu plus court que les fameux autobus accordéon de la STM. Imagine-toi nager à côté d’un animal aussi grand!  

On peut retrouver les mollusques dans une grande variété d’habitats, que ce soit dans les écosystèmes marins, d’eau douce, ou même directement sur la terre ferme. Pour les mollusques terrestres, comme certaines espèces d’escargots et de limaces, ceux-ci sont limités par leurs besoins d’humidité et de calcium, qu’ils peuvent trouver dans le sol. Il est facile de s’imaginer les escargots, les pieuvres et les calamars se déplacer, mais quand on pense aux huîtres et aux moules, on peut rester un peu confus.e... mais on y reviendra. Il faut d’abord savoir que le corps des mollusques se divise en deux parties : la partie tête-pied, et la partie viscérale. Dans la première partie, on retrouve le pied, qui permet le déplacement de l’animal et loge les organes sensoriels et la bouche. Oui, tout au même endroit! Le pied sert non seulement au déplacement, mais il sert aussi à s’attacher à un substrat, comme une grosse roche. Les mollusques sécrètent un mucus qui les aide à rester bien accrochés (comme d’la colle). Ce dernier sert aussi aux plus petits mollusques, qui, eux, glissent dessus pour se transporter (comme une crazy carpet sur une butte de neige). La partie viscérale, elle, contient tous les autres organes. Cependant, les branchies, ou le poumon pour les espèces terrestres, se trouvent dans une petite poche formée par deux replis de peau, appelée la cavité palléale. Le manteau, lui, sert à protéger le corps mou de l’animal en sécrétant la coquille. C’est comme porter un gros manteau d’hiver pour se protéger du monde extérieur, mais ton manteau sécrète une substance qui est dure comme un bouclier! Ce bouclier-là, c’est la coquille!  

Hein? Sécréter une coquille?  

La coquille des mollusques a habituellement trois couches : le périostracum, la couche prismatique et la nacre. Le périostracum est la couche la plus externe et elle protège les autres couches calcaires de l’érosion. La couche primée, qui est la couche du milieu, est constituée de petits cristaux de carbonate de calcium. Finalement, la nacre, qui est la couche interne, est, elle aussi, composée de carbonate de calcium. Lorsque l’animal vieillit, la croissance de la coquille se fait aux marges de celle-ci, ce qui fait les stries que l’on peut observer.  

Vois-tu les stries de la twist?

Les coquilles ne se valent pas toutes...  

Chez les gastéropodes à coquille comme les escargots, la coquille est presque toujours en un seul morceau et forme une twist. Ce processus de twist-là, qu’on appelle la torsion ontogénique, se déroule pendant le développement de l’escargot, et c’est important de savoir que les mouvements de la coquille sont indépendants des mouvements des organes internes. Alors non, lorsque les twists se forment, les organes internent ne se twistent pas! Chez la plupart des gastéropodes, en vieillissant, la nouvelle twist sécrétée par le manteau se forme à côté de la twist la plus récente, et non en dessous. La coquille du gastéropode est shiftée vers le haut, sinon, avec toutes les twists d’un même côté, il serait trop lourd de ce côté-là. Imagine avoir un haltère de 20 livres sur ton épaule droite en tout temps! Chez les autres gastéropodes, par contre, la coquille croît sur le même plan. On dit alors qu’elle est planispiralée.  

Au contraire des gastéropodes, les bivalves ont deux coquilles attachées ensemble par des ligaments et des muscles. La partie qui retient les deux coquilles s’appelle l’umbo et c’est la partie la plus vieille de la coquille! Même si la coquille sert surtout de protection, chez certaines espèces de bivalves, on peut y trouver des dents microscopiques pour râper du bois, ou même des petites valves épineuses pour creuser dans les roches. Quand même surprenant!

Des moules bien protégées

Pour les prédateurs actifs que sont les céphalopodes, le pied est quand même différent des autres mollusques dont on a parlé : il devient un cercle de bras ou de tentacules. De plus, certaines espèces de céphalopodes arrivent même à se propulser en éjectant de l’eau à partir de leur cavité palléale! Quant à la coquille, les pieuvres n’en ont pas. Les calamars, eux, ont une coquille interne, appelée plume, qui est entourée par le manteau. Finalement, la coquille des nautiles ne ressemble en rien à celle des gastéropodes. Alors que la coquille de ces derniers ne forme qu’une seule chambre contenant tous les organes, les nautiles, eux, ont plusieurs petites chambres. Ces petites chambres sont remplies de gaz, qui permet à l’animal de nager tout en portant sa lourde coquille! De ce fait, puisque la coquille du nautile est séparée en plusieurs petites chambres, les organes de l’animal n’occupent que la dernière.  

Un nautile

Des larves... chez les mollusques ?  

Bien que la plupart des mollusques soient dioïques, ce qui veut dire qu’ils portent soit les gamètes mâles, soit femelles, certains gastéropodes sont hermaphrodites (comme certains vers). Même si ces derniers ont les organes reproducteurs femelles et mâles, ils ont quand même besoin d’un partenaire pour faire des bébés! Ensuite, une majorité des mollusques aquatiques n’ont pas une, mais deux phases larvaires avant de devenir adultes! On peut déjà observer un début de pied, coquille et manteau lors de la dernière phase. C’est quand même bizarre de se dire que certains des coquillages qu’on ramasse pendant une petite balade sur la plage étaient autrefois de toutes petites larves, non?  

Chez les céphalopodes, par contre, c’est un peu différent. Suite à l’éclosion des œufs, les bébés sont de toutes petites versions de l’adulte. Les petites larves, prédatrices, font partie du plancton, ce qui veut dire qu’elles se déplacent au gré des courants d’eau. Chez la pieuvre, les mères sont très dévouées à protéger leur dizaine de milliers de bébés et vont mourir de faim et d’épuisement suite à l’éclosion.

Larves microscopiques d'huître

Des espèces pourtant bien appréciées...  

Plusieurs espèces de mollusques sont incroyablement fascinantes, que ce soit pour leur taille énorme comme le calamar géant, ou pour leurs couleurs resplendissantes. On les apprécie également pour leur habileté de bioluminescence, mais surtout pour leur fonction d’espèce bio-indicatrice. Finalement, on apprécie également les bivalves pour leur capacité à fabriquer des perles, qui sont très prisées pour les bijoux. Les perles qui sont produites par certains mollusques sont en fait des produits du système de défense de ceux-ci. En effet, lorsqu’un objet étranger se loge entre la coquille et le manteau, ce dernier va sécréter plusieurs couches de nacre autour de l’objet. C’est comme ça qu’on obtient des perles!

Enfin, on pourrait dire que ces animaux souvent méconnus sont pas mal complexes pour de simples coquillages qu’on collectionne en se promenant sur la plage. •ᴗ•

Par Jessica, éducatrice-naturaliste

Sources images : Marko Milivojevic, GUEPE, PickPic, PxHere, Kai Squires, Virginia Sea Grant

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Choix du naturaliste
Notre partenaire de danse céleste : la Lune

La Lune, cette belle compagne de nos nuits, est la partenaire de danse de la Terre. Elle regorge de subtilités et de mystères et influence notre planète. Voyons comment!

La Lune, cette belle compagne de nos nuits, regorge de subtilités et de mystères. Tu sais probablement déjà que la Lune dicte les mouvements des marées par son effet gravitationnel, ou que certains animaux arriment leurs activités à ceux de la Lune, mais savais-tu qu’elle stabilise aussi l’axe de rotation de la Terre? Ou que les experts pensent que son processus de formation est pratiquement unique dans le système solaire? Lis plus bas pour en savoir plus sur notre partenaire de danse céleste.

Premiers pas

Pour commencer, voici quelques faits de base sur notre Lune. Seul satellite naturel de notre planète, la Lune tourne autour de la Terre à une distance d’environ 384 400 km (soit 30 fois le diamètre de la terre!). Son orbite n’est pas parfaitement circulaire, en fait elle forme plutôt une ellipse, ce qui fait varier légèrement sa distance entre 356 700 km au périgée (le point le plus proche) et 406 300 km à l’apogée (le point le plus loin). Ça lui prend 27,3 jours pour compléter une orbite et elle le fait en nous présentant toujours la même face. Elle a un diamètre d’environ 3 476 km, soit équivalent à la largeur de l’Australie, ce qui la classe au cinquième rang des satellites* du système solaire. Par contre, elle est de loin le plus gros satellite comparativement à sa planète, avec un diamètre équivalent à 27 % de celui de la Terre! À titre comparatif, Triton ne fait que 5,5 % de la taille de Neptune, Titan fait 4,4 % de la taille de Saturne, et Ganymède fait 3,8 % de la taille de Jupiter. Mais qu’est-ce qui pourrait bien expliquer cette bizarrerie? Et quels sont les effets d’avoir un satellite si énorme?

Une valse à origine explosive

Avant les missions du programme Apollo dans les années 1960 et 1970, il existait trois principales hypothèses pour expliquer le processus de formation de la Lune :

  • L’hypothèse de capture proposait que la Lune était un objet en transit dans le système solaire comme un astéroïde, qui serait passé près de la Terre et aurait été capturé par son effet gravitationnel.  
  • L’hypothèse d’accrétion proposait que la Terre et la Lune auraient été formées en même temps à partir de poussières et de gaz lors de la naissance du système solaire.
  • L’hypothèse de fission proposait que la jeune Terre tournait tellement vite sur elle-même qu’elle aurait éjecté une partie de sa croûte qui serait devenue la Lune.

Les données et les échantillons recueillis par les missions Apollo ont toutefois éclairci bien des choses sur l’origine de notre Lune, et l’hypothèse acceptée de nos jours est celle de l’impact géant. Cette hypothèse soutient que la Lune aurait été formée suite à la collision d’un objet ou d'une protoplanète de la taille de Mars, communément appelé Théia, avec la jeune Terre il y a environ 4,4 milliards d’années. Ce choc violent aurait pulvérisé et mélangé une bonne partie de la matière des deux protoplanètes, et une fraction de celle-ci aurait été éjectée en orbite autour de la Terre pour se fusionner en un seul objet : la lune. Cette hypothèse est corroborée par le fait que les roches lunaires rapatriées par les missions Apollo ont une signature chimique pratiquement identique à celle des roches terrestres. De plus, ces roches recèlent les traces d’un passé où la lune était couverte d’un océan de magma en fusion, phénomène probable après une collision intense générant l’énergie nécessaire pour faire fondre la croûte lunaire.

Pas de deux en harmonie

Si les origines de formation de la Lune sont violentes, sa présence aux côtés de la Terre est toutefois très fortuite et harmonieuse. Parmi nos voisins immédiats, les planètes telluriques, la lune est une anomalie totale. Mercure et Vénus n’ont juste pas de satellites, et les deux lunes de Mars sont toutes riquiqui—des astéroïdes qui passaient par là et que la planète rouge a capturés au passage.  

De par sa taille énorme comparée à la planète, la Lune exerce une influence considérable sur les processus géophysiques et biologiques terrestres. Premièrement, elle a un effet stabilisateur sur l’axe de rotation de la Terre, maintenant son inclinaison autour de 23,4 degrés. C’est cette inclinaison qui mène aux saisons telles que nous les connaissons! Sans la lune, l’inclinaison de l’axe de rotation terrestre risquerait de swinger d’extrême en extrême au fil des millénaires, tantôt verticale, tantôt horizontale, menant à des variations climatiques extrêmes qui rendraient la vie difficile sur Terre. Deuxièmement, il y a plein d’animaux qui timent leurs activités avec la Lune. Par exemple, les coraux de la grande barrière se reproduisent tous en même temps suite à une pleine lune entre octobre et décembre chaque année. Et le bousier s’oriente grâce au patron de polarisation spécifique à la lumière de la lune pour marcher en ligne droite avec son trésor**. Des bousiers placés sous lumière artificielle non polarisée ne font que tourner en rond!

Un bousier qui syntonise la lune sur le dessus de son trésor....

Fin de la danse?

Le système Terre-Lune est complexe et fascinant, avec les deux partenaires qui s’influencent l’une l’autre d’une multitude de façons. Certaines de ces influences sont imposantes et facilement observables, comme les marées et les activités des animaux. D’autres sont plus subtiles et peuvent facilement être prises pour acquis, comme l’inclinaison terrestre et la présence constante de la Lune dans le ciel. Eh oui, le gros bombshell de la journée est que la Lune s’éloigne de la Terre tranquillement pas vite à raison de 3,8 cm par année. Peut-être disparaîtra-t-elle carrément du ciel un jour?! C’est parce que la Lune, en tirant sur la Terre, ne fait pas juste monter les marées, mais ralentit carrément la rotation de la planète! Toute cette énergie de rotation perdue doit nécessairement aller quelque part pour maintenir l’équilibre du système, et c’est ce qui pousse la Lune de plus en plus loin... ☹  

À l’échelle de l’histoire humaine, ce ralentissement de la rotation de la Terre ne représente pas un changement significatif dans la durée du jour. (Ne t’inquiète pas, on ne va pas te dire qu’il y a tout d’un coup 25 heures dans une journée, quoique dormir une heure de plus, ça ne serait pas mal quand même.) Toutefois, à l’échelle de l’histoire géologique de la Terre, ça fait une sacrée différence. Un jour sur la jeune Terre d’il y a 4,5 milliards d’années durait juste une dizaine d’heures, de quoi s’en donner le vertige tellement elle tournait vite!  

Mais rassure-toi, la Lune n’est pas si pressée de faire ses valises, et elle va continuer à danser avec la Terre comme elle l’a toujours fait jusqu’à ce que le soleil devienne une géante rouge et vienne s’interposer avec ses deux pieds gauches dans 5 milliards d’années.

Notes

* Les cinq plus gros satellites du système solaire en ordre de grandeur sont : Ganymède (un satellite de Jupiter), Titan (un satellite de Saturne), Callisto (un satellite de Jupiter), Io (un autre satellite de Jupiter) et la Lune (le satellite de la Terre).

** Les bousiers sont des coléoptères coprophages, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de matières fécales. Plusieurs espèces vont rouler des portions de bouse en boule et la pousser jusqu’à leur terrier pour s’en délecter tranquillement à l’abri des prédateurs et voisins opportunistes qui voudraient leur voler leur précieux fardeau!

Par Sarah, éducatrice-naturaliste

Sources images : Stefan Schweihofer-Pixabay, Alan Schmierer, Kimmo Kulovesi

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Aventures d'un.e naturaliste
Le polatouche, l'écureuil planant

On les appelle communément des écureuils volants. Au Québec, nous en avons deux espèces : le petit et le grand polatouche. En voici plus sur ces discrets et mystérieux mammifères.

« C’était le milieu de février. Le soleil se reflétait sur la neige fraîchement tombée la veille et le bleu du ciel brillait au travers des branches des arbres. On s’est arrêtés quelques instants pour faire une pause, resserrer les ganses de nos raquettes et boire une gorgée d’eau. Un d’entre nous s’appuie sur un vieil arbre creux pour enlever un bout de glace de sur ses crampons. Le chicot tenant à peine debout s’est incliné sous sa main et un bruit venant du tronc s’est fait entendre. Aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer ce qui allait en sortir… »

Vidéo exclusif du polatouche en question.

On les appelle communément des écureuils volants. Au Québec, nous en avons deux espèces : le petit et le grand polatouche. Ce dernier se cache dans les forêts mixtes et de conifères tandis qu’on trouve le petit dans les forêts de feuillus, sur une zone restreinte du sud de la province. D’ailleurs, il est susceptible d'être désigné espèce menacée ou vulnérable au Québec parce que son habitat est constamment modifié ou détruit par les activités humaines.  

Les deux polatouches se ressemblent au premier coup d’œil (avec ses 30 cm de longueur moyenne, le grand est à peine plus grand que le petit, qui fait environ 23 cm de long)*. Toutefois, le ventre est gris chez le grand polatouche et blanc chez le petit, ce qui permet à un expert de les distinguer sous la lumière du jour**, et leurs queues n’ont pas non plus la même forme. Ils font partie de la même famille que le très répandu écureuil gris. Tous les trois sont arboricoles et ont une alimentation principalement herbivore (quoique les polatouches mangent aussi des insectes et des œufs). Par contre, à la différence des autres écureuils, nos polatouches possèdent un patagium…

Un petit polatouche trop mignon

« À nous quatre, nous n’avions pas loin de 65 ans d’expérience en plein air et en sciences naturelles (à mentionner que parmi nous se trouvait un spécialiste du piégeage au pays) et aucun d’entre nous n’avait jamais vu un polatouche en chair et en os, encore moins en plein jour et encore moins en plein vol. »

 

On les appelle volants, parce que les polatouches ont une membrane entre leurs bras et leurs jambes qui leur permet de planer entre les arbres. C’est ça leur patagium***. Il leur suffit de se propulser en sautant, d’étirer leurs membres déployant ainsi leur patagium et l’air fait le reste. C’est tout un spectacle de voltige!

Les polatouches, bien qu'actifs toute l’année, sont des animaux extrêmement rares à observer. D’abord, ils sont nocturnes. Leurs grands yeux leur permettent de se déplacer sous la protection de la nuit et ainsi d’éviter les chats et les hiboux, qui sont leurs principaux prédateurs. Ensuite, les polatouches sont discrets et très peu vocaux (contrairement aux autres écureuils…). Il est donc assez difficile, voire impossible, de les repérer quand ils se cachent dans leur nid dans les cavités des arbres.  

« Je raconte cette observation comme une des plus incroyables de ma vie, et je vais sans doute continuer de le faire pour très longtemps. C’était une chance unique, un moment magique, que de voir cet animal mystérieux et rare. Qui l’aurait cru! Pour moi, c’était comme trouver un trèfle à quatre feuilles, voir éclore la fleur d’un arum titan, déterrer un fossile d’ankylosaure****… »

Un grand polatouche et son festin. (C'est un ornithologue amateur qui a découvert la fluorescence** des polatouches alors qu'au petit matin un se nourrissait dans une mangeoire et qu'il l'a observé à l'aide d'une lampe UV.)

NOTES

* C’est environ la grosseur d’un écureuil roux.  

** On a récemment découvert que, comme les ornithorynques et les opossums, les polatouches sont des mammifères fluorescents. (Ce trait est un bon exemple d’évolution convergente, car ces trois espèces ne sont aucunement apparentées.) La fluorescence est l’apparition de couleurs fluo sous des rayons ultraviolets, alors que sous une lumière naturelle, les couleurs semblent normales. Ce sont des molécules spécialisées qui absorbent l’énergie lumineuse pour la restituer sous forme de lumière fluorescente. On trouve ces molécules entre autres dans les poils, les écailles ou les plumes des animaux. Chez le polatouche, c’est son ventre et sa queue qui apparaissent roses sous les rayons ultraviolets. Les raisons de ce phénomène ne sont pas encore expliquées, mais selon Julia Morarin, diplômée d’une maîtrise en archéobiologie à l’Université de Montpellier, « il y a certains chercheurs qui expliquent que la fluorescence serait un moyen de communication ou un moyen de se reconnaître entre individus d'une même espèce. »

*** C’est aussi comme ça qu’on appelle la membrane qui forme les ailes des chauves-souris, le seul mammifère qui peut véritablement voler. Les polatouches devraient plutôt être appelés des écureuils planants, puisque leur « vol » est passif.  

**** À bien y penser, je changerais peut-être d’avis après avoir trouvé un fossile d’ankylosaure

Par Anne-Frédérique, chargée de conception

Sources images : Paysages, Stephen Durrenberger, Naoki Takebayashi

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Choix du naturaliste
Prédation, mutualisme et compétition : un triangle alimentaire (et non amoureux!)

Comment un insecte peut-il être la source alimentaire de deux autres espèces, mais d’une façon complètement opposée? Eh bien, en produisant la nourriture d’une espèce pour éviter d’être la proie de la seconde espèce!

Comment un insecte peut-il être la source alimentaire de deux autres espèces, mais d’une façon complètement opposée? Eh bien, en produisant la nourriture d’une espèce pour éviter d’être la proie de la seconde! On t’explique.

Ce triangle alimentaire (et non amoureux) se retrouve entre les pucerons, les fourmis et les coccinelles.

Les coccinelles peuvent être de féroces prédatrices, autant les adultes que les larves. Elles sont bien utiles à l’humain pour contrôler la présence de pucerons sur les plantes de jardin.

Les pucerons n’ont pas développé de poison, d’armure ou d’autres moyens de défense pour se protéger de ce prédateur. Ils ont plutôt opté pour des gardes du corps, les fourmis. Mais pourquoi les fourmis protègeraient-elles ces minuscules insectes? Parce que les pucerons les récompensent en les nourrissant avec le miellat qu’ils sécrètent. (Cette vidéo te montre la récolte du miellat de pucerons par les fourmis du genre Formica.)

Une boisson convoitée

Qu’est-ce que le miellat? C’est une substance sucrée excrétée par les pucerons (mais aussi par les cochenilles) et dont raffolent les fourmis*. Plus précisément, il s’agit de leur déjection. On parle bien de ce qui sort du leur système digestif (pas par la bouche, par l’autre extrémité!). Le puceron se nourrit de la sève des plantes. Une fois que son système digestif en a extrait les éléments nutritifs dont il a besoin, ce qui reste est principalement composé d’eau et de sucre. C’est ça le miellat!

Fourmis fermières

Puisque les pucerons produisent un aliment recherché par les fourmis, ces dernières leur offrent une certaine protection. Les fourmis vont même parfois aller jusqu’à transporter les pucerons (qui se déplacent très peu) sur une autre partie de la plante plus riche en sève ou dans leur propre nid** pour les mettre à l’abri. Leur interaction ressemble alors plus à un éleveur qui dirige et protège son troupeau. Même que, pour certaines espèces, les fourmis doivent stimuler la production de miellat en frottant leur antenne sur l’abdomen des pucerons, un peu à l’image d’un fermier qui trait une vache pour son lait.

Les pucerons et les fourmis ne dépendent toutefois pas les uns des autres***. Les pucerons peuvent vivre sans la présence de fourmis et les fourmis peuvent trouver d’autres sources de nourriture que le miellat. Il arrive même que des fourmis mangent des pucerons. De plus, les fourmis essaient de protéger les pucerons (leur troupeau) de leurs prédateurs comme la coccinelle, mais elles n’y arrivent pas toujours. La coccinelle peut résister aux attaques des fourmis pendant un certain temps****, ce qui lui donne le temps de dévorer des pucerons avant d’être chassée. Les fourmis sont aussi parfois désarmées devant certains types de guêpes solitaires (prédatrices ou parasitoïdes).

Dans ce trio complexe, on retrouve donc plusieurs interactions interspécifiques. C’est-à-dire, des interactions entre des espèces différentes. Il y a la prédation par l’action de la coccinelle (prédatrice) sur le puceron (proie). Il y a aussi le mutualisme, où le puceron et la fourmi se procurent mutuellement un service sans en dépendre. Finalement, on retrouve la compétition entre la coccinelle et la fourmi, puisqu'elles s’affrontent afin d’avoir accès à une même ressource alimentaire.  

Ceci n’est qu’une infime partie des relations présentes dans le milieu naturel et qui relient les espèces entre elles, puisque nous n’avons même pas inclus la plante hôte, ni les autres insectes mentionnés.

 

NOTES

* D’autres insectes, comme les abeilles, peuvent aussi récolter le miellat.

** Certains pucerons se nourrissent au niveau des racines des plantes et se retrouvent donc directement dans le nid des fournis en compagnies des leurs larves et de leurs nymphes. (Youtube: Pucerons de racine et fourmis du genre Tetramorium)

*** S’il n’y a pas de fourmis pour manger le miellat, les pucerons ne doivent pas le sécréter trop prêt d’eux. Cette substance sucrée devient une source nutritive pour les champignons qui peuvent alors se propager sur la plante hôte des pucerons.  

**** Les élytres des coccinelles sont suffisamment solides pour offrir une protection contre les fourmis. De plus, les coccinelles peuvent sécréter un liquide qui répulse ses attaquants.

Par Philippe, coordonnateur des activités - Charlevoix

Sources images : Pxhere, Pixabay, Friedrich Böhringer, Pikist

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