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Découvrir la nature avec nos yeux d’experts

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Aventures d'un.e naturaliste
Le polatouche, l'écureuil planant

On les appelle communément des écureuils volants. Au Québec, nous en avons deux espèces : le petit et le grand polatouche. En voici plus sur ces discrets et mystérieux mammifères.

« C’était le milieu de février. Le soleil se reflétait sur la neige fraîchement tombée la veille et le bleu du ciel brillait au travers des branches des arbres. On s’est arrêtés quelques instants pour faire une pause, resserrer les ganses de nos raquettes et boire une gorgée d’eau. Un d’entre nous s’appuie sur un vieil arbre creux pour enlever un bout de glace de sur ses crampons. Le chicot tenant à peine debout s’est incliné sous sa main et un bruit venant du tronc s’est fait entendre. Aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer ce qui allait en sortir… »

Vidéo exclusif du polatouche en question.

On les appelle communément des écureuils volants. Au Québec, nous en avons deux espèces : le petit et le grand polatouche. Ce dernier se cache dans les forêts mixtes et de conifères tandis qu’on trouve le petit dans les forêts de feuillus, sur une zone restreinte du sud de la province. D’ailleurs, il est susceptible d'être désigné espèce menacée ou vulnérable au Québec parce que son habitat est constamment modifié ou détruit par les activités humaines.  

Les deux polatouches se ressemblent au premier coup d’œil (avec ses 30 cm de longueur moyenne, le grand est à peine plus grand que le petit, qui fait environ 23 cm de long)*. Toutefois, le ventre est gris chez le grand polatouche et blanc chez le petit, ce qui permet à un expert de les distinguer sous la lumière du jour**, et leurs queues n’ont pas non plus la même forme. Ils font partie de la même famille que le très répandu écureuil gris. Tous les trois sont arboricoles et ont une alimentation principalement herbivore (quoique les polatouches mangent aussi des insectes et des œufs). Par contre, à la différence des autres écureuils, nos polatouches possèdent un patagium…

Un petit polatouche trop mignon

« À nous quatre, nous n’avions pas loin de 65 ans d’expérience en plein air et en sciences naturelles (à mentionner que parmi nous se trouvait un spécialiste du piégeage au pays) et aucun d’entre nous n’avait jamais vu un polatouche en chair et en os, encore moins en plein jour et encore moins en plein vol. »

 

On les appelle volants, parce que les polatouches ont une membrane entre leurs bras et leurs jambes qui leur permet de planer entre les arbres. C’est ça leur patagium***. Il leur suffit de se propulser en sautant, d’étirer leurs membres déployant ainsi leur patagium et l’air fait le reste. C’est tout un spectacle de voltige!

Les polatouches, bien qu'actifs toute l’année, sont des animaux extrêmement rares à observer. D’abord, ils sont nocturnes. Leurs grands yeux leur permettent de se déplacer sous la protection de la nuit et ainsi d’éviter les chats et les hiboux, qui sont leurs principaux prédateurs. Ensuite, les polatouches sont discrets et très peu vocaux (contrairement aux autres écureuils…). Il est donc assez difficile, voire impossible, de les repérer quand ils se cachent dans leur nid dans les cavités des arbres.  

« Je raconte cette observation comme une des plus incroyables de ma vie, et je vais sans doute continuer de le faire pour très longtemps. C’était une chance unique, un moment magique, que de voir cet animal mystérieux et rare. Qui l’aurait cru! Pour moi, c’était comme trouver un trèfle à quatre feuilles, voir éclore la fleur d’un arum titan, déterrer un fossile d’ankylosaure****… »

Un grand polatouche et son festin. (C'est un ornithologue amateur qui a découvert la fluorescence** des polatouches alors qu'au petit matin un se nourrissait dans une mangeoire et qu'il l'a observé à l'aide d'une lampe UV.)

NOTES

* C’est environ la grosseur d’un écureuil roux.  

** On a récemment découvert que, comme les ornithorynques et les opossums, les polatouches sont des mammifères fluorescents. (Ce trait est un bon exemple d’évolution convergente, car ces trois espèces ne sont aucunement apparentées.) La fluorescence est l’apparition de couleurs fluo sous des rayons ultraviolets, alors que sous une lumière naturelle, les couleurs semblent normales. Ce sont des molécules spécialisées qui absorbent l’énergie lumineuse pour la restituer sous forme de lumière fluorescente. On trouve ces molécules entre autres dans les poils, les écailles ou les plumes des animaux. Chez le polatouche, c’est son ventre et sa queue qui apparaissent roses sous les rayons ultraviolets. Les raisons de ce phénomène ne sont pas encore expliquées, mais selon Julia Morarin, diplômée d’une maîtrise en archéobiologie à l’Université de Montpellier, « il y a certains chercheurs qui expliquent que la fluorescence serait un moyen de communication ou un moyen de se reconnaître entre individus d'une même espèce. »

*** C’est aussi comme ça qu’on appelle la membrane qui forme les ailes des chauves-souris, le seul mammifère qui peut véritablement voler. Les polatouches devraient plutôt être appelés des écureuils planants, puisque leur « vol » est passif.  

**** À bien y penser, je changerais peut-être d’avis après avoir trouvé un fossile d’ankylosaure

Par Anne-Frédérique, chargée de conception

Sources images : Paysages, Stephen Durrenberger, Naoki Takebayashi

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Choix du naturaliste
Prédation, mutualisme et compétition : un triangle alimentaire (et non amoureux!)

Comment un insecte peut-il être la source alimentaire de deux autres espèces, mais d’une façon complètement opposée? Eh bien, en produisant la nourriture d’une espèce pour éviter d’être la proie de la seconde espèce!

Comment un insecte peut-il être la source alimentaire de deux autres espèces, mais d’une façon complètement opposée? Eh bien, en produisant la nourriture d’une espèce pour éviter d’être la proie de la seconde! On t’explique.

Ce triangle alimentaire (et non amoureux) se retrouve entre les pucerons, les fourmis et les coccinelles.

Les coccinelles peuvent être de féroces prédatrices, autant les adultes que les larves. Elles sont bien utiles à l’humain pour contrôler la présence de pucerons sur les plantes de jardin.

Les pucerons n’ont pas développé de poison, d’armure ou d’autres moyens de défense pour se protéger de ce prédateur. Ils ont plutôt opté pour des gardes du corps, les fourmis. Mais pourquoi les fourmis protègeraient-elles ces minuscules insectes? Parce que les pucerons les récompensent en les nourrissant avec le miellat qu’ils sécrètent. (Cette vidéo te montre la récolte du miellat de pucerons par les fourmis du genre Formica.)

Une boisson convoitée

Qu’est-ce que le miellat? C’est une substance sucrée excrétée par les pucerons (mais aussi par les cochenilles) et dont raffolent les fourmis*. Plus précisément, il s’agit de leur déjection. On parle bien de ce qui sort du leur système digestif (pas par la bouche, par l’autre extrémité!). Le puceron se nourrit de la sève des plantes. Une fois que son système digestif en a extrait les éléments nutritifs dont il a besoin, ce qui reste est principalement composé d’eau et de sucre. C’est ça le miellat!

Fourmis fermières

Puisque les pucerons produisent un aliment recherché par les fourmis, ces dernières leur offrent une certaine protection. Les fourmis vont même parfois aller jusqu’à transporter les pucerons (qui se déplacent très peu) sur une autre partie de la plante plus riche en sève ou dans leur propre nid** pour les mettre à l’abri. Leur interaction ressemble alors plus à un éleveur qui dirige et protège son troupeau. Même que, pour certaines espèces, les fourmis doivent stimuler la production de miellat en frottant leur antenne sur l’abdomen des pucerons, un peu à l’image d’un fermier qui trait une vache pour son lait.

Les pucerons et les fourmis ne dépendent toutefois pas les uns des autres***. Les pucerons peuvent vivre sans la présence de fourmis et les fourmis peuvent trouver d’autres sources de nourriture que le miellat. Il arrive même que des fourmis mangent des pucerons. De plus, les fourmis essaient de protéger les pucerons (leur troupeau) de leurs prédateurs comme la coccinelle, mais elles n’y arrivent pas toujours. La coccinelle peut résister aux attaques des fourmis pendant un certain temps****, ce qui lui donne le temps de dévorer des pucerons avant d’être chassée. Les fourmis sont aussi parfois désarmées devant certains types de guêpes solitaires (prédatrices ou parasitoïdes).

Dans ce trio complexe, on retrouve donc plusieurs interactions interspécifiques. C’est-à-dire, des interactions entre des espèces différentes. Il y a la prédation par l’action de la coccinelle (prédatrice) sur le puceron (proie). Il y a aussi le mutualisme, où le puceron et la fourmi se procurent mutuellement un service sans en dépendre. Finalement, on retrouve la compétition entre la coccinelle et la fourmi, puisqu'elles s’affrontent afin d’avoir accès à une même ressource alimentaire.  

Ceci n’est qu’une infime partie des relations présentes dans le milieu naturel et qui relient les espèces entre elles, puisque nous n’avons même pas inclus la plante hôte, ni les autres insectes mentionnés.

 

NOTES

* D’autres insectes, comme les abeilles, peuvent aussi récolter le miellat.

** Certains pucerons se nourrissent au niveau des racines des plantes et se retrouvent donc directement dans le nid des fournis en compagnies des leurs larves et de leurs nymphes. (Youtube: Pucerons de racine et fourmis du genre Tetramorium)

*** S’il n’y a pas de fourmis pour manger le miellat, les pucerons ne doivent pas le sécréter trop prêt d’eux. Cette substance sucrée devient une source nutritive pour les champignons qui peuvent alors se propager sur la plante hôte des pucerons.  

**** Les élytres des coccinelles sont suffisamment solides pour offrir une protection contre les fourmis. De plus, les coccinelles peuvent sécréter un liquide qui répulse ses attaquants.

Par Philippe, coordonnateur des activités - Charlevoix

Sources images : Pxhere, Pixabay, Friedrich Böhringer, Pikist

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Question du public
Les mammifères qui pondent des œufs

Le savais-tu? Certains mammifères pondent des œufs. Ils ne sont pas nombreux, mais tout à fait réels et, surtout, fascinants! Tu veux en savoir plus? C’est ici qu’on t’en parle!

Le savais-tu? Certains mammifères pondent des œufs. Ils ne sont pas nombreux, mais tout à fait réels et, surtout, fascinants! Tu veux en savoir plus? C’est ici qu’on t’en parle!

Spotlight sur les monotrèmes

Il existe aujourd’hui exactement cinq espèces de mammifères qui pondent des œufs, dont l’ornithorynque et quatre espèces d’échidnés (ces petits mammifères au museau allongé couverts de piquants). Ils forment le groupe des monotrèmes, qui se distingue des autres grands groupes de mammifères, soit les marsupiaux (comme les kangourous et les koalas) et les placentaux (comme les chiens, les chats et nous!). Si tu veux en observer en nature, c’est en Australie ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée qu’il faudra que tu te rendes, bien qu’il en aurait peut-être existé en Amérique du Sud, il y a environ 60 millions d’années.

Un échidné de Bruijn, en Papouasie occidentale

Ce n’est qu’une question d’évolution

Mais pourquoi pondent-ils des œufs? Comment est-ce possible? Il faut d’abord se rappeler que les marsupiaux et les placentaux ont, eux aussi, un ancêtre qui pondait des œufs. Ainsi, c’est fort probable que l'ancêtre commun des monotrèmes et des autres mammifères possédait cette caractéristique. Puis, lorsqu’ils ont divergé* au cours de l’évolution, les monotrèmes ont conservé ce trait ancestral, alors que les autres mammifères ont accumulé des changements génétiques qui leur ont permis de donner naissance autrement.

Cependant, ne fais pas l’erreur de penser que les ornithorynques et les échidnés sont des créatures primitives. Ils ont continué à évoluer en même temps que les autres espèces et ont probablement accumulé leur juste part de changements génétiques. Ce n’est que la chance, de pair avec les pressions environnementales, qui leur ont permis de conserver ce trait plutôt qu’un autre.

Juste un ornithorynque qui patauge dans l'eau

… Et d’adaptation

Il reste que les mammifères qui pondent des œufs, il n’y en a plus beaucoup. Comment se fait-il? Après tout, il y aurait eu un moment au cours de l’histoire où ils étaient plus nombreux... Jusqu’au moment où les marsupiaux arrivent en Australie depuis l’Amérique du Sud**. Forts compétiteurs, ces derniers auraient probablement pris le dessus sur la plupart des monotrèmes. Le fait de donner naissance à des petits plus développés et de pouvoir les transporter dans une poche, les protégeant ainsi de prédateurs, d’intempéries et d’autres facteurs environnementaux aurait été un grand avantage compétitif. Mais, si certains monotrèmes ont survécu, c’est qu’eux aussi avaient un tour dans leur sac. Selon le biologiste Mathew Phillips de l’université nationale australienne, si les monotrèmes sont encore en vie aujourd’hui, c’est peut-être parce que l’ancêtre commun des ornithorynques et des échidnés*** était semi-aquatique (comme l’ornithorynque l’est aujourd’hui). Cela lui aurait permis d'exploiter une niche écologique inaccessible aux marsupiaux et ainsi de survivre. En effet, la poche dans laquelle les marsupiaux transportent leur progéniture après sa naissance serait une contrainte importante à la vie aquatique.

L'échidné à nez court ou échidné d'Australie gagne tous les prix de mignonnerie. ♥‿♥

C’est donc une vraie chance que des créatures aussi uniques soient encore en vie aujourd’hui! Elles sont des pièces de casse-tête importantes pour mieux comprendre l’évolution des gênes responsables de la transition entre l'œuf et le placenta. Et, n’oublions pas qu’elles nourrissent notre imagination collective... Et sont sensationnelles avec un fédora!

NOTES

* L’hypothèse qui est actuellement favorisée par la communauté scientifique est que les monotrèmes ont divergé des autres mammifères avant que ces derniers ne divergent entre eux pour former les groupes des marsupiaux et des placentaux. Par contre, une autre hypothèse existante serait que les placentaux ont divergé des autres mammifères d’abord et que les marsupiaux ont divergé des monotrèmes par la suite. Dans tous les cas, les monotrèmes auraient conservé un trait ancestral.

** Les marsupiaux auraient évolué dans les Amériques et auraient traversés en Australie, alors que les continents étaient configurés différemment.

*** Ce n’est pas tout à fait clair à quel moment les échidnés ont divergé des ornithorynques, mais certaines études génétiques suggèrent qu’ils ont divergé assez récemment et que leur ancêtre commun aurait été aquatique. D’autres pensent qu’ils auraient divergé plus tôt. Peut-être que de futures recherches élucideront la question!

Par Émilie, communicatrice scientifique

Sources images : Dan Boyland, Tony Morris, JK Melville

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Vedette du mois
Le cannibalisme, un captivant film d’horreur

La nature peut donner des frissons. Parfois, ce sont les comportements des animaux, comme le cannibalisme, qui inspirent des cauchemars. Mais, dans le monde animal, c’est moins effrayant que ça en a l’air!

Une fois de temps en temps, la nature nous donne des frissons. Combien d’entre nous avons une phobie des araignées ou des requins? Peut-être un petit dégoût face aux crapauds et aux salamandres*? Parfois, ce sont les comportements de ces animaux, comme le cannibalisme, qui inspirent des cauchemars. Mais, ça vaut quand même la peine de l’explorer plus en profondeur. Dans le monde animal, c’est moins effrayant que ça en a l’air!  

Massacre à la salamandres à longs doigts

On te présente d’abord le cas des salamandres qui se dévorent alors qu’ils sont encore des têtards. C’est parfois le cas des salamandres à longs doigts de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Pour ce faire, leurs têtards développeraient même de plus grandes têtes et dents.  

La salamandre à longs doigts adulte

Leur motif? Selon les chercheurs, ce serait dû à des conditions difficiles, soit à un manque de ressources ou d’eau. C’est ce qui déclencherait le développement de traits favorisant la prédation. On appelle ça de la plasticité phénotypique, mais on y reviendra. Ça leur permettrait de manger de plus grandes proies, incluant leurs congénères, afin de subsister et d’atteindre le stade adulte (qui peut survivre hors de l’eau) plus rapidement en cas de sécheresse. Ce serait également des conditions difficiles qui pousseraient les hamsters à dévorer leur progéniture.

 

Destination Crapaud Ultime

En voilà un autre amphibien, le crapaud buffle, qui pratique le cannibalisme à l’état de têtard. Mais leur motif ne serait pas exactement le même. Il serait surtout question d’éliminer la compétition. Et, chez les crapauds buffle, il n’en manque pas! C’est une espèce exotique envahissante en Australie dont le nombre d’individus dépasse présentement les 200 millions. À l’état de têtard, ils auraient un appétit insatiable pour les œufs et les jeunes têtards de leur propre espèce**. Puis, les individus d’Australie réagiraient davantage que les individus provenant de leur lieu d’origine, l’Amérique du Sud et centrale, soutenant l’hypothèse que ce phénomène évolue (en temps réel!) dû à la surpopulation de cette espèce, afin de contrôler le nombre de compétiteurs. Le cannibalisme chez la salamandre tigrée du centre-sud du Canada aurait une raison similaire.

 

Le silence des requins

Les requins taureaux ne sont peut-être pas les monstres dignes des films de suspense comme Les Dents de la mer ou Mégalodon, mais ils sont toutefois de redoutables prédateurs qui développent leur instinct avant même de venir au monde. Chez cette espèce, les femelles ont deux utérus et plusieurs embryons se développent dans chacun. Pourtant, il n’y a que deux juvéniles, un par utérus, qui naissent à tout coup… C’est parce que les requineaux se dévorent à l’intérieur de l’utérus jusqu’à ce qu’il n’y ait qu’un seul vainqueur par utérus. Ouch! En voilà une façon d’éliminer la compétition!

Instincts de prédateur

Tu veux connaître un autre animal qui acquiert ses pulsions prédatrices d’une façon qui donne la chair de poule? Ne cherche pas plus loin que l’araignée Amaurobius ferox. Chez cette espèce, la femelle nourrit ses petits d’œufs nutritifs jusqu’à leur première mue. À ce moment-là, elle fait l’ultime sacrifice en devenant la première proie de ses bébés. Eh oui, elle fait vibrer sa toile d’araignée et se presse sur ses bébés pour réveiller leurs instincts.  

 

La nuit des mantes vivantes

On t’a déjà parlé du cannibalisme sexuel où la femelle mante religieuse mange le mâle pendant ou après l’accouplement. Ça contribuerait à fournir de l’énergie nécessaire à la femelle et améliorerait ainsi le succès reproducteur du mâle. Mais se laisser manger n’est pas la seule stratégie employée par les mâles pour favoriser leur reproduction. Parfois, les mâles qui tuent des petits d'autres pères, cannibalisme inclus ou non. Les chercheurs pensent que ce pourrait être dans le but de rendre la mère disponible à l’accouplement plus rapidement, afin qu’elle puisse se reproduire avec lui.

Ce ne sont que quelques-uns des exemples de cannibalisme qui existent chez les animaux. En réalité, il y en a bien plus, mais les motifs semblent souvent être reliés aux stress, à la compétition et au succès de reproduction. La nature peut sembler parfois effrayante, mais c'est de loi, le film d'horreur le plus passionnant qui soit!

NOTES

* T’as le droit de te sentir comme ça, mais on t’assure qu’en réalité, ils sont très cutes, pas du tout dégoutants!

** En fait, selon les chercheurs, l’appétit des têtards se ferait stimuler par la toxine qui est présente chez les œufs du crapaud buffle ainsi que chez l’adulte.

Par Émilie, communicatrice scientifique

Sources images : John P Clare, Santiago Ron, Dan Dzurisin

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Ailleurs
L'ornithorynque : un vrai spécial

Il existe un animal tellement étrange que lors de sa découverte, à la fin du 18e siècle, les scientifiques ont cru que c’était une blague*. On te présente un des (nombreux) trésors nationaux australiens : l’ornithorynque.

Assemblons ceci : pattes palmées comme la loutre avec griffes de mouffette, queue de castor, bec de canard, corps de rat musqué, abajoues de tamia, nid rempli d’œufs et venin. On obtient? Un animal tellement étrange que lors de sa découverte, à la fin du 18e siècle, les scientifiques ont cru que c’était une blague*. On te présente un des (nombreux) trésors nationaux australiens : l’ornithorynque.  

 

Un vrai spécial

Croqué sur le vif à l'Aquarium de Sidney (dans la nature, c'est assez rare de voir un ornithorynque, c'est un animal extrêmement discret)

Ce look inusité fait de l’ornithorynque une puissance de l’adaptation évolutive. D’abord, ce mammifère semi-aquatique n’a rien à envier à nos castors. Son pelage brun** emprisonne l’air entre ses poils pour le tenir au chaud. Sa large queue plate, une réserve de graisse, lui sert de gouvernail lorsqu’il nage. Ses pattes sont munies de longues griffes (c’est un fouisseur) et de membranes de peau. La palmure sur ses pattes avant dépasse même ses griffes pour une meilleure propulsion dans l’eau.*** En plus, l’ornithorynque possède ce fameux bec corné. C’est en fait un organe sensoriel, qui remonte jusque sur son front et qui est recouvert de récepteurs qui permettraient de détecter ses proies dans l’eau. Ses yeux et ses oreilles sont situés juste au-dessus, dans des cavités qui se referment lorsqu’il nage, le rendant momentanément aveugle et sourd, d’où l’importance de ce museau extraordinaire.  

 

Normal, mais pas normal

Endémique de l’Australie, on le retrouve uniquement sur la côte est du pays et sur l’île de Tasmanie. Ses habitats de prédilection sont les milieux humides et les petits cours d'eau, souvent plus frais que chauds. Ce chasseur nocturne creuse un terrier dans la berge**** où il se repose pendant la journée, à l’abri du lourd soleil australien.  

Après l’accouplement, qui a lieu dans l’eau, la femelle construit un nouveau terrier, plus sécuritaire, où elle installera des feuilles, des branches et des herbes pour y pondre ses œufs. Oui, oui, tu as bien lu. L’ornithorynque n’est pas seulement unique d’apparence, il est aussi un des seuls mammifères qui pondent des œufs. C’est la femelle seule qui couve et élève les petits. Elle produit du lait, mais pas par des mamelons, comme les autres mammifères (ça serait trop simple), mais bien directement par les pores de sa peau. Les bébés ornithorynques lèchent donc le pelage de leur mère, perlé de lait, pour se nourrir.  

À l’âge adulte, les ornithorynques sont de prolifiques chasseurs. Ils passent en moyenne 12 heures par jour dans l’eau à se remplir les abajoues de petits crustacés, de vers et d’insectes aquatiques au fond de l’eau qu’ils vont ensuite manger sur la rive. Ils ramassent par le fait même de la boue et des roches. Comme ils n’ont pas de dents, ils se servent de ces sédiments pour broyer leur nourriture, un peu comme les oiseaux. Miam, une bonne bouchée de bouette! 😊

À l’extérieur de l’eau, ils sont vulnérables. Ils doivent rester attentifs aux varans, aux serpents, aux rakalis (ou rats d’eau australiens) et aux rapaces. Les ornithorynques mâles sont munis d’un aiguillon venimeux*****, situé sur leur cheville. On ne se sait toujours pas si cet appendice lui sert pour se défendre, car la glande à venin est active seulement en période de reproduction. Alors, vaut mieux qu'il reste dans son terrier pour être à l’abri.  

Observé en Tasmanie, dans un petit ruisseau

 

Des problèmes, tout le monde en a

L’ornithorynque a longtemps été chassé pour sa fourrure. Aujourd’hui cette pratique est interdite, mais les pressions restent importantes sur cet animal. L’introduction du renard en Australie, pour contrôler les populations de lapins aurait eu un impact sur les ornithorynques. En plus, l’assèchement des milieux humides pour le développement urbain, l’agriculture et l’industrie forestière, puis la construction de barrages ont contribué à la diminution et la dégradation de son habitat, sans compter la pollution et la mauvaise qualité de l’eau. D’ailleurs, ça n’aide pas que l’aire de répartition de l’ornithorynque concorde parfaitement avec les régions les plus habitées de l’Australie. S’ajoutent à la liste des menaces pour notre petit spécial les violentes tempêtes tropicales qui modifient les berges par érosion et les sécheresses à répétition aggravées par les changements climatiques.

Selon certaines études, les zones d’habitat typique de l’ornithorynque ont diminué de 22 % dans les 30 dernières années. Malgré cette alarmante constatation, l’ornithorynque n’est pas encore listé comme une espèce menacée en Australie, mais bien comme « quasi menacée » (ici, on dirait qu’il est susceptible d’être vulnérable ou menacé). Pourtant, la valeur de l’ornithorynque est sans contredit : emblème non officiel du pays, animal iconique dans le monde et élément central des traditions autochtones. Et on ne parle pas ici de sa valeur écologique, son unicité évolutive et de son rôle dans le maintien des écosystèmes aquatiques, comme prédateur et fouisseur. Heureusement, de nombreux programmes de conservation sont en place et certains territoires, dont l’Australie-Occidentale et Victoria, l’ont enfin déclaré comme espèce menacée. Espérons que les autres leur emboiteront le pas dans un futur proche.  

NOTES

* C’est une vraie histoire. Parce que son apparence était si étonnante, les naturalistes de l’époque croyaient qu’un farceur avait posté le bec d’un canard attaché au corps d’une loutre en Australie pour jouer un tour. Ce n’est qu’après des examens laborieux du premier spécimen trouvé que le zoologiste anglais George Shaw a conclu que c’était là un véritable quadrupède, aussi bizarre soit-il! Pour assouvir ta curiosité, voici le premier dessin qu’il en a fait.

** Apparemment, lorsque le poil de l’ornithorynque est sous une lumière ultra-violette, il absorbe les UV au lieu de les réfléchir et devient fluorescent. Cette bioluminescence pourrait faciliter son camouflage contre la prédation nocturne.  

*** C’est un des seuls animaux à nager en utilisant presque uniquement ses pattes avant dans un mouvement d’alternance. Gauche, droite, gauche, droite... Ses pattes arrière restent le long de son corps pour le stabiliser dans l’eau.  

**** Les ornithorynques sont territoriaux. Un mâle, spécialement pendant la période de reproduction, pourrait protéger une section de berge qu’il partagerait avec quelques femelles.  

***** Le venin des ornithorynques n’est pas mortel pour les humains, mais il est ô combien douloureux de se faire piquer par ces créatures. Il peut provoquer une paralysie temporaire des jambes. À ce jour, on ne connaît pas d’antidote. On attend que ça passe. On dit que leur venin pourrait être mortel pour un petit animal.  

Par Anne Frédérique, chargée de conception

Sources images : Pascal Vuylsteker, gifer, Klaus, gifer

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