Les grives

28/9/2022
Choix du naturaliste

Tu marches dans un sentier, en plein cœur d’une forêt mixte. Ça brasse dans un buisson! De petits sautillements font craquer les feuilles mortes. Des morceaux d’écorce virevoltent. Tu entends un chant mélodieux. Entre deux branches basses du sous-bois, tu vois un oiseau au manteau brun et à la poitrine blanche tachetée. C’est une grive.  

Le manteau brun et la poitrine tachetée de la grive à dos olive.

 

La niche des grives

Au Québec, nous avons la chance de pouvoir observer six espèces de grives*: la grive fauve, celle à joues grises, la solitaire (la seule grive qui passe l’hiver avec nous), celle des bois, celle à dos olive et la grive de Bicknell. Ces oiseaux forestiers au plumage brun sur les parties supérieures et chamois, blanc ou beige sur la poitrine se ressemblent et sont difficiles à différencier. Il est vrai qu’elles ont plutôt une allure générique. (Eh oui… un autre petit oiseau brun.) Par contre, tôt le matin, quand on entend les harmonies du chant métallique d’une grive**, on ne se trompe pas, il n’y en a pas deux comme elle.  

Est-ce que la grive fauve pourrait être plus cute? ♥‿♥

Les grives ne sont pas bien connues, ou, du moins, elles le sont moins que leur cousin le merle d’Amérique. Pourtant, elles ont une place bien importante dans nos forêts, car elles occupent une niche bien à elles : le sol! La plupart des grives se nourrissent d’invertébrés qu’elles trouvent dans la litière forestière et de baies. En farfouillant dans les buissons et dans les feuilles mortes ou en retournant les cailloux, les grives, qui sont omnivores, se régalent d’insectes juteux et de fruits sauvages. Même au moment de nicher, si ce n’est pas sur les branches les plus basses, c’est directement par terre qu’elles construisent leur nid et couvent leurs œufs. Les oiseaux chanteurs ont l’habitude de se cacher dans les plus hautes branches, à l’abri des prédateurs. Ceux qui ont appris à utiliser l’espace du sol pour trouver les ressources essentielles à leur survie ne sont pas si nombreux. Chapeau aux grives!  

La grive solitaire, dans sa niche.

La grive de Bicknell, un cas à part

Bien qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à la grive à joues grises (mis à part une légère différence dans la teinte de leur dos), la grive de Bicknell, la plus petite du Québec***, est bien particulière. D’abord, c’est la seule qu’on trouve essentiellement dans les forêts de conifères. Elle affectionne aussi les zones dénudées avec quelques arbres rabougris. Au Québec (où l’on trouve 30 à 50 % de la population mondiale de cette espèce), elle a donc élu domicile sur les hauts-plateaux des montagnes.  

Cette spécialiste des sommets a aussi des pratiques d’accouplement hors du commun. Une femelle peut s’accoupler avec plusieurs mâles****, qui s’occuperont du nid et des oisillons : un comportement unique chez les grives. L’emplacement de leur gros nid, installé contre le tronc d’une épinette, sera revisité tous les ans par le même groupe.  

On la reconnaît par la tache jaunâtre près de son bec. Comme les autres grives, elle a la poitrine, le menton et les flancs couverts de taches sombres. Son dos est brun et sa queue est marron.

 

Avant la période d’accouplement, la grive de Bicknell se trouve au chaud dans les Antilles. Elle parcourt un trajet d’au-delà de 3000 km pour arriver à son aire de reproduction, dans le sud-est du Canada, où elle retrouve ses hauts-plateaux chéris. Toutefois, l’exploitation forestière, le développement et le déboisement, les activités de loisir en montagne et les perturbations naturelles causent la perte de son habitat de prédilection. La grive de Bicknell est donc devenue une espèce vulnérable et menacée en Amérique du Nord.  

Les régions qu’elle occupe ici, soit quelques zones fragmentées, sont protégées et des actions de conservation ont été mises en place pour aider la grive de Bicknell. Cette grive, trop rare, est une excellente raison de faire attention à nos écosystèmes alpins, fragiles, mais essentiels pour tant d’espèces.  

NOTES

* À noter que nous avons exceptionnellement des visites des grives musicienne, à collier, mauvis et litorne qui s’observent habituellement de l’autre côté de l’Atlantique.  

** Tu peux te gâter et écouter le chant métallique de la grive solitaire ici  et celui de la grive de Bicknell ici.

*** Les grives ont une envergure (soit la longueur de leurs ailes ouvertes) de 32 cm en moyenne. La grive de Bicknell fait 25 cm d’envergure.

**** Jusqu’à quatre mâles par nichée.

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Cephas, Cephas, Rhododendrites, Becky Matsubara

Notre blogue
découvrir
Nos audioguides
découvrir
Nos vidéos
découvrir
Nos fiches éducatives
découvrir
OUTILS
BLOGUE
fermer