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Découvrir la nature avec nos yeux d’expert.e.s

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Qc-Nature
Niches écologiques : la colocation

Pour partager le même habitat, chaque espèce doit occuper une niche écologique différente, c’est-à-dire utiliser différemment les ressources du milieu. C’est un peu comme de la colocation entre des espèces d'un milieu.

Pour partager le même habitat, chaque espèce doit occuper une niche écologique différente, c’est-à-dire utiliser différemment les ressources du milieu. Deux espèces ne peuvent pas vivre dans le même milieu, manger la même nourriture, se cacher au même endroit et faire tout ça au même moment de la journée et de l’année. La compétition entre les deux espèces serait juste trop grande pour permettre la survie des deux.

Avant d’aller plus loin, il est important de ne pas confondre la niche d’une espèce et le territoire. La délimitation d’un territoire se fait entre les individus d’une même espèce, afin que chaque individu, ou groupe, ait assez d’espace pour trouver ce dont il a besoin. Alors qu’une espèce occupe une niche par rapport aux autres espèces qui cohabitent avec elle dans le même espace.

Sans se piler sur les pieds

À travers le temps et l’évolution, chaque espèce a trouvé sa niche. C’est-à-dire que l’espèce a fini par développer des préférences de lieux et de moments pour s’abriter, se nourrir et se déplacer, afin de réduire la compétition avec les autres espèces présentes dans le même habitat. Ainsi, un plus grand nombre d’espèces peut vivre ensemble sans se piler sur les pieds.

C’est un peu comme de la colocation entre des espèces différentes dans la nature. Elles partagent le même appartement, soit le même habitat, et pour que la colocation se passe bien, les colocataires doivent utiliser la salle de bain chacun à leur tour et s’entendre sur le partage de la nourriture. De plus, si tout le monde a exactement le même horaire de la journée, l’utilisation de pièces communes finit par être difficile. Flashback au contrat de colocation de la série The Big Bang Theory. Bon, ce n’est peut-être pas nécessaire d’être aussi intense que de Sheldon Cooper et de régimenter l’usage de la salle de bain…

Distribution et compromis

Dans la nature, il y a une quantité limitée de ressources (nourriture, abri, lumière, eau, etc.) et les espèces présentes peuvent compétitionner pour se les approprier. Le concept de niche écologique peut donc également être vu comme un moyen trouvé par la nature pour optimiser la distribution de ces ressources afin de permettre aux plus grand nombre d’espèces d’y vivre et donc favoriser la biodiversité.

Et comme en colocation, il faut parfois faire des compromis. En nature, la niche écologique qu’une espèce pourrait occuper si les espèces compétitrices étaient absentes du milieu, sa niche fondamentale, n’équivaut pas nécessairement à celle qu’elle occupe en présence de toutes les autres. En réalité, il se peut qu’elle soit limitée à une plus petite niche, sa niche réelle, qui est observée en milieu naturel.  

Où et quand s’installer

Du tussilage qui profite du soleil entre les branches

Puisque la lumière est essentielle aux plantes et que, l’été, les grands arbres de la forêt font de l’ombre au sol, certaines plantes (principalement celles que l’on appelle les fleurs printanières) vont émerger du sol tôt au printemps (juste après la fonte de la neige) afin de profiter des rayons du soleil qui se rendent jusqu’à elles en l’absence du feuillage des arbres. Les plantes au sol vont généralement garder leurs feuilles tout l’été dans le but d’accumuler suffisamment d’énergie afin de sortir tôt l’année suivante. Certaines produisent même une fleur avant les autres et avant leur propre feuillage (comme le tussilage). Ainsi, différentes plantes réussissent à coexister au même endroit parce qu’elles se développent et fleurissent à différents moments.

La grande majorité des oiseaux doivent construire un nid pour y pondre leurs œufs. Différentes espèces d’oiseaux se sont donc trouvé des endroits différents pour en construire : certaines le font directement au sol, d’autres, dans les arbustes, à la cime des arbres ou encore dans des troncs d‘arbres. Les oiseaux peuvent ainsi se partager l’espace tout en nidifiant à la même période.

Quoi et comment manger

Un pic flamboyant qui mange des bibittes au sol

Les insectivores (les animaux qui raffolent des bibittes) chassent chacun à un endroit et à un moment différent. Les hirondelles et les chauves-souris attraperont les insectes dans le ciel en plein vol, mais le premier le fera le jour et le deuxième, la nuit. Le grand pic cherchera les insectes dans le tronc d’un arbre en creusant des trous, alors que le pic flamboyant les cherchera sur le sol. N’oublions pas les taupes, qui attrapera les insectes directement sous terre.

Même les carnivores peuvent partager leur habitat et parfois même leurs proies. Certains seront des prédateurs qui chasseront un animal pour s’en nourrir, alors que d’autres seront plutôt des charognards qui se nourriront de la carcasse des animaux morts qu’ils trouveront, telle qu’une proie abandonnée par un prédateur ou animal mort d’une autre raison.

Au final, pour bien cerner la niche écologique d’une espèce (animale, végétale, etc.), il faut observer l’habitat où elle vit et déterminer sa place dans celui-ci. On peut se demander : « À quel moment de la journée est-elle active? À quel moment de l’année y est-elle présente? De quoi ce nourrit-elle? Où trouve-t-elle sa nourriture? Quelle place occupe-t-elle dans la chaîne alimentaire? Où s’installe-t-elle? Comment se met-elle à l’abri? » À l’aide de toutes ces questions il est possible de trouver des différences entre des espèces qui peuvent, au premier abord, sembler faire la même chose.

Par Philippe, éducateur-naturaliste senior

Sources images : Rodney Campbell, PxHere

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Ailleurs
Le golfe du Saint-Laurent : un incontournable

Situé à 1780 km de la source du fleuve, le golfe du Saint-Laurent débute officiellement à Pointe-des-Monts, où l’estuaire se termine. On appelle cet incontournable une mer intérieure, qui fait environ 240 000 km2.

DOSSIER : FLEUVE SAINT-LAURENT

Situé à 1780 km de la source du fleuve, le golfe du Saint-Laurent débute officiellement à Pointe-des-Monts, où l’estuaire se termine. Il est bordé par la Gaspésie, la Côte-Nord et les provinces des maritimes. C’est aussi ici qu’on trouve les populaires Îles-de-la-Madeleine et d’Anticosti. Le golfe s’ouvre sur l’océan Atlantique par le détroit de Cabot (entre Terre-Neuve et le cap Breton) et le détroit de Belle Isle (pas loin de Blanc-Sablon). On appelle cet incontournable (on ne peut littéralement pas le contourner…), une mer intérieure (qui fait environ 240 000 km2, soit juste un peu plus petit que le Royaume-Unis). Sa position, son fond et ses eaux, salées, en font un bassin de biodiversité unique au monde. C’est en quelque sorte, la porte d’entrée de la province, du pays, et c’est, on va se le dire, une porte spectaculaire.

Le fond

C’est quand on se penche sur le fond du golfe (en prenant un grand souffle) qu’on comprend comment ce gros échangeur d’eau fonctionne. D’abord, il faut savoir que les eaux douces proviennent des Grands Lacs. Elles s’écoulent le long de la côte de la Gaspésie, suivant le courant qui passe par les hauts-fonds des Îles-de-la-Madeleine. En contrepartie, de l’eau entre dans le golfe par les détroits. L’eau douce reste en surface, tandis que les eaux froides océaniques arrivent par le fond. Et pas n’importe quel fond! Elles sont guidées par le Chenal laurentien. C’est une immense dépression de 1500 km entre l’océan et l’estuaire (une grosse craque de 300 m de profondeur…). Ce chenal, c’est la personnalité du golfe : salty, mais doux à la fois, brut, puissant, mais ô combien profond. Il influence les courants et dicte les voies maritimes.

Un habitué du golfe : le traversier qui quotidiennement traverse le détroit de Cabot entre la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve. Deux trajets, de 7 ou 16 h, sont possibles pour les voyageurs. Ce n’est pas un petit détroit.

Des ressources à exploiter

Le golfe du Saint-Laurent est une voie de transport maritime incontournable. Il est aussi une source de pêche importante au Canada. Au Québec, bien avant l’arrivée des Européens, les Mi’kmaqs et les ancêtres des Inuits (qui ont laissé des traces dans le sud du Labrador) auraient profité de l’abondance de poissons dans le golfe. C’était le même scénario sur les côtes des Maritimes. Les Scandinaves, les Basques et les Bretons y pêchaient le poisson (bien avant que Christophe Colomb décide qu’il ait découvert l’Amérique…). La chasse à la baleine, le développement des ports et de la voie maritime du Saint-Laurent ont, au cours des derniers siècles, a transformé le golfe en joyau économique. Malheureusement, la pollution, la destruction des habitats (entre autres à cause des techniques de pêche), la surexploitation des espèces (comme la morue franche) et la modification des berges menacent le maintien des écosystèmes maritimes du fleuve, sur lesquels de nombreux Canadiens dépendent.  

Biodiversité

Juste 4 ou 5 fous de Bassan...

Les pressions de l’essor économique imposent de nombreux défis sur le golfe et affectent grandement sa biodiversité. Mais le golfe, c’est un combattant et il grouille de vie. Le mélange des températures des eaux salée et douce dans cette zone semi-fermée (et principalement peu profonde) crée un environnement très productif qui favorise une diversité d’organismes. Phytoplancton, zooplancton, invertébrés aquatiques, poisons en tous genres, oiseaux marins jusqu’au plus gros mammifère marin de la planète (lire ici la baleine bleue); tous profitent du bassin principal, mais aussi des autres milieux créés par le golfe. Les marais côtiers, les falaises, les rives rocheuses, les zones de balancement des marées et les fonds marins accueillent des centaines d’espèces (animales et végétales).  

Savais-tu qu’on trouve dans le golfe des tortues luth, notre seule tortue marine? Il y a aussi des requins en abondance. As-tu déjà entendu parlé de papillons, de soleil et de poules dans le golfe? Le papillon de mer, un mollusque semi-transparent, le soleil de mer épineux, une étoile de mer, et la petite poule de mer atlantique, un poisson au drôle de look, ne sont que trois des locataires du golfe. Ajoutons à ça les méduses crinière de lion, les sébastes, les phoques du Groenland, les pétoncles géants, les raies épineuses… Mention spéciale pour les colonies spectaculaires de fous de Bassan et les magnifiques puffins des Anglais qui sont des incontournables de notre mer intérieure.  

L’adorable phare de Miscou, qui tient avec des cables d’acier parce que le golfe amène des tornades de vent!

Alors, bien que ses habitats soient grandement affectés par notre présence et notre utilisation du fleuve, il reste que la nature trouve toujours son chemin*. Le golfe, dans toute sa splendeur, ne se laissera pas faire. Alors que ce soit sur un quai à Blanc-Sablon, à travers le trou du Rocher Percé, sur un traversier au milieu du détroit de Cabot ou directement de la côte de Terre-Neuve, sur le haut d’une falaise des Îles, au phare de Miscou au Nouveau-Brunswick ou entre deux monolithes de l’Archipel-de-Mingan, il n’y a rien comme les marées et l’air salin qui rappellent que le golfe, il est là pour rester.  

NOTES

* Mais cela ne veut surtout pas dire qu’on ne devrait pas faire tout ce qu’on peut pour éviter de causer d’y causer des dommages! D’ailleurs, le gouvernement a récemment annoncé la création de 17 nouvelles réserves de territoires aux fins d’aire protégée, soit 11 dans le golfe du Saint-Laurent et 6 dans l’estuaire!

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Michel Rathwell, D. Gordon E. Robertson, Dennis Jarvis

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Choix du naturaliste
L’estuaire du Saint-Laurent

À mi-chemin entre un lieu d’alimentation, de circulation et de découverte, le fleuve Saint-Laurent rythme la vie des Québécois depuis des centaines d’années. On te présente aujourd’hui son estuaire.

DOSSIER : FLEUVE SAINT-LAURENT

À mi-chemin entre un lieu d’alimentation, de circulation et de découverte, le fleuve Saint-Laurent rythme la vie des Québécois depuis des centaines d’années. Qu’il nous ait inspiré quelques vers poétiques, des terreurs lors des jours de tempêtes ou qu’il ait nourri notre âme le temps de vacances improvisées, le fleuve aura marqué notre imaginaire. On te présente aujourd’hui son estuaire.

Une zone de transition

Entre Pointe du Lac et Pointe-des-Monts (un village aujourd’hui inhabité dans la municipalité de Baie-Trinité) se trouve l’estuaire du fleuve Saint-Laurent qui s’écoule sur plus de 250 km. C’est l’un des plus grands et profonds estuaires au monde! Un estuaire, c’est la portion d’un fleuve où l’on peut sentir les effets de la mer ou de l’océan dans lequel il se jette. En l’occurrence, le fleuve Saint-Laurent se jette dans l’océan Atlantique et subit l’influence des marées et de l’eau salée.  

Ben oui! L’eau salée de l’océan et l’eau douce provenant du bassin versant et des Grands Lacs se rencontrent et se mélangent. Les marées commencent également à se faire sentir. L’estuaire peut être décomposé en trois parties : l’estuaire fluvial, l’estuaire moyen et l’estuaire maritime.  

L’estuaire fluvial : des marées d’eau douce

Dans l’estuaire fluvial, tu peux observer des marées de petites amplitudes, mais l’eau est encore douce. L’eau salée est d’une densité plus élevée que l’eau douce. Cela signifie que pour un même volume, l’eau salée est plus lourde que l’eau douce. Elle refoule donc cette dernière à l’intérieur des terres.  

Un peu plus salé dans l’estuaire moyen

Après l’Île d’Orléans, c’est le début de l’estuaire moyen et la salinité commence à augmenter graduellement en allant vers l’aval et en fonction des marées, passant de 5 à 25-30 %. Une eau pas totalement salée, on appelle ça une eau saumâtre.  

L’estuaire dans les couleurs du matin, vu à partir de La Malbaie

L’estuaire maritime : un vrai buffet

À la hauteur de Tadoussac, les eaux salées sont présentes en profondeur. Provenant de l’Atlantique elles arrivent entrainées par le courant de Gaspé et les marées, mais la profondeur du fleuve à cet endroit passe d’un coup de 300 m à moins de 100 m de profond. Les eaux fraîches, salées et profondes se mélangent donc aux eaux de surface tempérées et moins salées grâce au courant et à la forme du fond qui pousse les eaux profondes vers le haut.

Le phare du Haut-Fond-Prince, surnommé la Toupie à cause de sa forme, est situé sur le haut fond en face de Tadoussac. Il sert à avertir les navigateurs du danger.

Ce mélange apporte d’importantes quantités de nutriments provenant de l’océan à la vie marine et favorise la présence des mammifères marins qui viennent s’y nourrir. Leurs proies se trouvent souvent concentrées autour de cet endroit parce qu’elles s’y font amener par le courant et qu’elles sont freinées par la dénivellation du fond qui fait comme un mur. L’été, les rorquals viennent pour se nourrir de krill et de capelan, leur nourriture favorite. Les bélugas, pour leur part, sont les habitants permanents de l’estuaire.  

Mais il n’y a pas que les baleines qui profitent de cette abondance! Plusieurs oiseaux marin comme le goéland marin, le cormoran à aigrette ou encore le petit pingouin profitent de toute cette nourriture. En tout, plus de 2200 espèces peuplent la région du Parc marin Saguenay-St-Laurent, et plus de la moitié sont des invertébrés. Étoile de mer polaire, oursin vert et anémone rouge du nord peuplent les fonds sous-marins.

Un magnifique petit pingouin dans son tuxedo

En bref, l’estuaire est un endroit de transition entre le fleuve et l’océan. La salinité, les marées et les espèces marines apparaissent plus ou moins progressivement entre une extrémité et l’autre. C’est un endroit unique riche en biodiversité.

Si tu cherches à en connaître plus sur le fleuve Saint-Laurent, son histoire et ses richesses, on te suggère le film Le fleuve aux grandes eaux réalisé par Frédéric Back. Indémodable et somptueux. Sinon, tu peux aussi aller découvrir cette merveille que nous avons au Québec par toi-même! Plusieurs endroits le long de l’estuaire sont des destinations vacances idéales.

Par : Andréanne , éducatrice-naturaliste senior et coordonnatrice des activités Charlevoix

Sources images : GUEPE, Matthieu Gauvain, Wiki, Pierre André

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Vedette du mois
Le Saint-Laurent : un fleuve aux mille passions

Aaaaaah, le fleuve Saint-Laurent! Cette immense rivière qui se jette dans l’océan Atlantique après avoir passé par mille paysages et nous avoir fait vivre mille émotions.

DOSSIER : FLEUVE SAINT-LAURENT

Aaaaaah, le fleuve Saint-Laurent! Cette immense rivière qui se jette dans l’océan Atlantique après avoir passé par mille paysages et nous avoir fait vivre mille émotions. Ce mois-ci, on le célèbre et pour ce faire, on t’a préparé un petit dossier pour apprendre à le connaître plus en profondeur (c’est le cas de le dire!).  

D’abord, à sa source se trouve une des plus grandes réserves d’eau douce au monde : le bassin des Grands Lacs. Si le cycle de l’eau n’est pas trop perturbé (lookin’ at you, les changements climatiques!), les Grands Lacs alimenteront, euh, abreuveront, le fleuve Saint-Laurent en eau pendant encore longtemps. Mais ils ne sont pas les seuls! Le bassin versant du Saint-Laurent est immense et des centaines de rivières coulent jusqu’à lui. Le cours d’eau continue alors sa route en devenant fleuve, estuaire et golfe. Aujourd’hui, on se concentre un peu plus sur la portion fluviale du Saint-Laurent, celle qui coule entre les Grands Lacs et Pointe-du-Lac, près de Trois-Rivières.

Ça, c’est le fleuve Saint-Laurent

Juste une grosse rivière

En gardant ça en tête, on comprend alors que la portion fluviale du fleuve Saint-Laurent se continue jusqu’au lac Saint-Pierre, un grand lac fluvial dont on t’a déjà parlé (ici). On comprend aussi que c’est une portion remplie d’eau douce et donc c’est carrément… une rivière! La biodiversité qu’on y trouve est donc typique de toutes grandes rivières du sud du Québec : des perchaudes, des achigans, des plantes aquatiques, des tortues, des grands hérons, des berges tantôt tranquilles, tantôt très habitées, des eaux calmes, des rapides… et des fois, ben, une baleine à bosse! Mais ça c’est pas typique d’une rivière d’eau douce! C’était plutôt un petit coucou de l’estuaire maritime dont on te parlera dans quelques jours!

Une perchaude, comme on en trouve dans le tronçon fluvial du fleuve

Un périlleux voyage

Ce qui est aussi particulier du fleuve Saint-Laurent, c’est qu’il est un des pires endroits au monde pour naviguer. Bien que le fameux chenal Laurentien, qui creuse une partie du golfe et de l’estuaire, soit très profond, il s’arrête brusquement dans le coin de Tadoussac. S’en suit alors une folle course à obstacles de hauts-fonds*, d’îles et de passages étroits et peu profonds. Mais comme c’est LE meilleur accès pour le cœur économique de l’Amérique, l’humain a inventé et construit toutes sortes d’affaires pour favoriser les déplacements et le commerce. Il y a donc 15 écluses, 14 stations de pilotage et plein de phares et d’aides à la navigation pour voyager jusqu’à Duluth, à l’extrême ouest du lac Supérieur.

Un vraquier dans l’écluse Iroquois, en Ontario

Un fleuve pour tous

Même si beaucoup de gens voient la partie fluviale comme une rivière polluée, remplie de déchets et laissée à l’abandon, il reste que le Saint-Laurent, c’est la maison et la source de la vie d’une riche biodiversité et beaucoup de chercheurs, de citoyens, de commerçants le trouvent fascinant et se soucient de sa santé. Ceci dit, ce n’est pas faux de dire que le Saint-Laurent a beaucoup de problèmes : avec tous les ports et toutes les villes qui se sont construites sur ses rives (on se rappelle que plus de 80 % des Québécois habitent dans son bassin versant…), c’est super important de le protéger, de le célébrer et de l’apprécier. Et c’est ce qu’on fait!

Alors que tu sois un fan de poissons, d’oiseaux, de plancton, de baleines, d’épaves, de plongée, de kayak, de pêche, de navires, de phares, d’histoire, de croisières, de développement économique, de navigation, de géologie, d’hydrographie, le Saint-Laurent c’est LE cours d’eau par excellence pour rassembler tout le monde et assouvir toutes les passions!

Les rapides de Lachine, un bout du St-Laurent pour ceux qui aiment quand ça brasse!

NOTES 

* Haut-fond : « Élévation du fond de la mer ou d’un cours d’eau, dont le sommet est faiblement immergé et qui peut présenter un danger pour la navigation. » (Office québécois de la langue française).

Par Mélissa, responsable des programmes

Sources images :  GUEPE, Gilles San Martin, Wiki, Alain Forget

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Vedette du mois
Quenouilles vs roseaux

Il y a de la compétition dans les milieux humides du Québec! Les quenouilles et les roseaux s’affrontent. Vu que ces deux espèces herbacées recherchent le même type d’habitat, elles se retrouvent à jouer des coudes.

Il y a de la compétition dans les milieux humides du Québec! Les quenouilles et les roseaux s’affrontent. Vu que ces deux espèces herbacées recherchent le même type d’habitat, elles se retrouvent à jouer des coudes, ou de la feuille, comme tu veux, pour savoir qui prendra la place de l’autre. Ce qu’il y a à gagner? Le vainqueur s’octroie un accès prioritaire aux ressources essentielles à sa croissance et à sa survie (eau, nutriments, lumière).

Des quenouilles

Des roseaux

La loi du plus envahissant

En effet, ces deux espèces rivales aiment beaucoup l’eau. C’est pourquoi elles cherchent essentiellement à s’établir dans des milieux humides, dans des zones marécageuses ou, comme on peut souvent les voir, dans les fossés en bordure d’autoroutes. L’espèce la plus rapide à s’établir va facilement supplanter l’autre et c’est là le problème. Le roseau, aussi connu sous le nom de phragmite, ou Phragmitis pour les intimes, est une espèce exotique envahissante; elle ne vient pas d’ici et sa propagation est un big risque pour les espèces indigènes.  

Le développement du roseau exotique, imposante plante à longues feuilles et arborant un plumeau touffu, va créer de l’ombre sur les quenouilles qui sont des espèces héliophiles (qui ne peuvent pas se passer du soleil, un peu comme les snowbird). De plus, le phragmite a tendance à assécher le milieu et la quenouille a grandement besoin d’avoir les racines dans l’eau pour vivre. #h2o

Les quenouilles d’ici

Sur huit espèces de quenouilles répertoriées dans le monde, deux poussent en terres canadiennes : la quenouille à feuilles étroites (Typha augustifolia) et celle à feuilles larges (Typha latifolia). Il est assez difficile de distinguer en un coup d’œil ces deux espèces, car leurs caractéristiques sont très semblables. La quenouille se reconnait bien grâce à son « pogo » brun très distinctif. C’est le résultat de deux « têtes » qui se sont progressivement jointes ensemble. La partie supérieure (la fleur mâle) va tranquillement féconder la partie inférieure femelle qui elle est formée d’une multitude de graines. Apparaitra ainsi l’épi brun si familier qui va se disperser aux quatre vents quand il sera mature.

Un parfait petit nid

Des services rendus

Mais pourquoi est-ce si important de s’en faire pour ces pauvres quenouilles me diras-tu? D’abord, les quenouilles aiment se développer en colonies denses qui offrent un abri à de nombreuses espèces d’animaux comme :  

  • Le si mignon petit blongios, oiseau à statut vulnérable que tu peux observer au parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard;  
  • La bernache du Canada qui peut faire son nid loin des regards des prédateurs;  
  • Le rat musqué, qui s’en délecte, l’utilise comme matériaux pour sa hutte et comme abri contre le vent et les vagues.  

Des beaux « pogos »

De plus, ces cocons de biodiversité, grâce à leurs réseaux racinaires étendus, forment des ancrages solides qui stabilisent les rives en plus d’assurer une filtration naturelle. On parle de phytoremédiation, du grec phyto = plante, et du latin remedium = restaurer. Phytoquoi…? En gros, les plantes ont besoin d’eau et de nutriments pour pousser et elles vont chercher ces éléments vitaux dans le sol via leurs racines, jusque-là ça va?

Vu qu’il y a beaucoup d’éléments polluants dans le sol, et que ces polluants ressemblent souvent aux nutriments dont les plantes ont besoin, les plantes se trompent et les absorbent par erreur (ou parfois volontairement, on pourra y revenir). Donc les plantes accumulent les polluants dans leurs tissus et les stockent dans des petits compartiments hermétiques cachés dans leurs cellules : les vacuoles. Ça leur permet de ne pas souffrir des effets négatifs des polluants. Mais pourquoi elles ne les rejettent pas? Et bien parce que ça les protège des herbivores qui, quand ils se risquent à les manger, deviennent malades. C’est fascinant! Tellement fascinant que ça fait plus de 20 ans que les chercheurs se penchent sur ce sujet. D’ailleurs on te propose de lire cet article si tu veux creuser (#mauvaisjeudemot) le sujet.

L’heure du lunch

ALERTE FOODIES! Sache qu’au-delà du rôle écologique essentiel de la quenouille, ça se mange…! Ses rhizomes, des tiges souterraines servant de réserves alimentaires, à ne pas confondre avec les racines, peuvent être réduits en farine et sont riches en amidon, une sorte de glucose. D’ailleurs, les orignaux en raffolent tellement qu’ils peuvent plonger quelques mètres pour aller les dénicher. Sa tige peut aussi être pelée et son cœur mangé en salade comme les cœurs de palmier.  

Et finalement, pourquoi pas des « pogos » de quenouilles? Ce n’est même pas une blague! Les épis peuvent être récoltées, lorsqu’elles sont encore vertes, puis frites. Il parait même que c’est savoureux!  

Par Aymeric, éducateur-naturaliste

Sources images :  Pixabay, Pixabay, Jules Lamarre, PxHere

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