Multiplication végétative ou science-fiction chez les plantes

15/9/2022
Question du public

Es-tu du genre à avoir des plantes chez toi? Moi, je me retrouve souvent à en avoir et à ne plus savoir quoi en faire. Mes plantes araignées n’arrêtent pas de faire des bébés, mon aloès se multiplie à n’en plus finir, et j’ai récemment dû diviser ma sansevière en plusieurs pots. Quand mes plantes font des bébés comme ça, je me sens mal de les jeter, mais au bout d’un moment, je n’ai plus de place où les mettre... Si tu es comme moi, tu as peut-être essayé d’offrir des plantes à tous tes amis, voisins et même aux passants dans la rue. Mais t’es-tu déjà demandé.e pourquoi les plantes font ça?

C’est un phénomène qui s’appelle la multiplication végétative, et c’est une forme de reproduction asexuée très commune chez les plantes, aussi bien en nature que dans nos pots et jardins. Les jeunes plantes ainsi formées sont génétiquement identiques à leur plante mère. On dit alors que ce sont des clones. Comme les plantes ne peuvent pas se déplacer pour aller rencontrer des partenaires pour se reproduire, la capacité de produire des bébés toutes seules est très intéressante.

Les stolons de ma plante araignée

Le secret de la multiplication végétative

La multiplication végétative chez les plantes est possible grâce à leur capacité de croissance indéfinie, c’est-à-dire que les plantes continuent de grandir tout au long de leur vie. C’est grâce à une zone de division cellulaire appelée méristème, présente au bout des tiges et racines des plantes, que celles-ci peuvent pousser continuellement. Les cellules du méristème sont indifférenciées. En d’autres mots ce sont des cellules souches qui n’ont pas encore de rôle défini et qui ont le potentiel de devenir n’importe quelle partie de la plante selon ses besoins. Ce n’est qu’après s’être multipliées par division cellulaire (un processus par lequel une cellule mère se divise en deux cellules filles) qu’une cellule du méristème se différencie pour acquérir sa forme et fonction finales. Elle devient alors une cellule de racine ou de tige, de feuille ou de fleur, etc. Ainsi une nouvelle plante entière peut se régénérer à partir d’un morceau de tige brisée grâce au méristème qui produira toutes les cellules nécessaires pour refaire un nouveau système racinaire et de nouvelles structures aériennes.  

Contrairement aux plantes, nous avons une croissance déterminée, et nous arrêtons de grandir une fois qu’on a atteint notre taille adulte. On ne peut pas non plus spontanément générer des clones à partir de morceaux d’ongles ou de cheveux coupés (quoique c’est un concept de science-fiction assez intéressant!).  

Les mécanismes de multiplication

Il existe, chez les plantes, différents mécanismes de multiplication végétative impliquant différentes parties de la plante. Par exemple, le marcottage et le bouturage sont deux systèmes où de nouvelles plantes sont générées à partir de fragments des parties aériennes de la plante mère. Dans le cas du marcottage, des tiges spécialisées appelées stolons poussent et une nouvelle plante se développe au bout de celui-ci avant de s’enraciner et se séparer de la plante mère (pense aux bébés plantes araignées ou au fraisier). Par contre, dans le cas du bouturage le fragment est séparé de la plante mère avant de se développer en nouvelle plante (pense au pothos qui peut former une nouvelle plante à partir de fragments de tige).

Des drageons de peupliers

La multiplication végétative peut aussi se produire au niveau du système racinaire. On parle alors de drageons, rhizomes ou tubercules. Le peuplier est un bon exemple de plante qui se multiplie par drageons, ou stolons souterrains*. En effet, quand tu vois une zone de peupliers dans une forêt, il s’agit bien souvent de clones avec plusieurs troncs issus d’un même système racinaire. Il y aurait même une forêt de peupliers dans l’Utah composée de plus de 47 000 tiges d’arbres identiques! La patate peut se multiplier à partir de fragments de son tubercule**, du moment que le fragment contient un « œil » (un bourgeon végétatif). Et ma sansevière, elle, se multiplie à partir de son rhizome***.

Avantages et désavantages

La multiplication végétative pourrait sembler la stratégie idéale de reproduction pour les plantes. En effet, elle ne dépend pas de la présence de facteurs imprévisibles comme le vent ou les animaux pour la pollinisation et dispersion des graines. En plus, le fait de se multiplier à partir de fragments de la plante mère mature permet de sauter l’étape précaire et fragile de la germination. Cependant, la reproduction par clones a ses inconvénients aussi. Dans un environnement avec des conditions instables ou des risques de changements soudains comme l’arrivée de maladies ou insectes brouteurs, une population de plantes génétiquement identiques sera moins résistante qu’une population de plantes diversifiées génétiquement par la reproduction sexuée. Les deux stratégies ont donc leur valeur dans le monde végétal. Mais, dans l’environnement stable de ma maison, mes plantes s’en donnent à cœur joie avec leur multiplication végétative!

NOTES

* Un drageon, c’est une nouvelle pousse produite à partir de racines d’une plante mère (mais séparée de la tige de cette dernière). Un stolon, c’est une tige rampante au niveau du sol et qui produit des racines à différents endroits sur sa longueur pour créer de nouvelles plantes. Un drageon, c’est donc un stolon souterrain.

** Organe souterrain stockant des réserves nutritives

*** Tige souterraine horizontale stockant des réserves nutritives

Par Sarah, éducatrice-naturaliste spécialiste

Sources images : Madaise, Lamiot, Donna Marijne

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