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Découvrir la nature avec nos yeux d’expert.e.s

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Qc-Nature
La sélection artificielle : Frankenstein vs les petits agneaux

On va t’expliquer ici le lien entre le monstre du docteur Frankenstein et les petits agneaux d’élevage qui gambadent dans les champs. C’est quoi le rapport? Les deux sont issus de transformations induites par les humains.

On va t’expliquer ici le lien entre le célèbre monstre du docteur Frankenstein et les adorables petits agneaux d’élevage qui gambadent dans les champs. C’est quoi le rapport? C’est tellement simple! Les deux sont issus de transformations induites par les humains.  

Le bon docteur Frankenstein voulait créer une nouvelle espèce et découvrir le secret de la vie et de la mort… (Malheureusement pour lui, ça ne s’est pas passé comme il l’avait prévu…)* Et les petits agneaux des élevages sont nés suite à un choix conscient d’un humain qui découle d’un concept préhistorique** : la sélection artificielle. Attention, on ne te parle pas de manipulation génétique aves des pipettes et des éprouvettes, mais bien du choix des géniteurs (généralement dans les élevages) pour leurs caractères qu’on veut transmettre à la génération suivante.

Par exemple, dans un élevage de moutons, si on choisit pour l’accouplement le bélier avec la meilleure santé et la plus belle laine et la brebis qui produit le plus de petits, on a des fortes chances d’avoir pleins de petits agneaux forts et bien laineux. Avec des mots scientifiques, on pourrait définir la sélection artificielle comme un moyen pour les humains de contrôler la reproduction d’animaux en sélectionnant certains phénotypes*** qui présentent des traits particuliers. On augmente ainsi la fréquence de ces traits, par hérédité, dans les générations suivantes. Ce sont donc les préférences des humains qui dictent la transmission de caractéristiques chez ces animaux. (À l’instar du pauvre docteur Frankenstein qui voulait jouer à « inventer des espèces », on fait pas mal la même chose.)

Pour bien comprendre la sélection artificielle, il faut l’opposer avec la sélection naturelle. Dans les phénomènes qui composent cette dernière, les individus avec des caractéristiques favorables à une meilleure survie seront sélectionnés. Les facteurs environnementaux (comme la compétition, les perturbations, le milieu naturel) exercent une pression sur les populations (sur les individus) et influencent la sélection « par la nature » ou « de manière naturelle ». Ainsi, avec le temps, les individus seront mieux adaptés pour survivre grâce à leurs caractéristiques. C’est un processus qui se fait sur des centaines d’années et ça se fait sur des populations entières, donc à très grande échelle. La sélection naturelle permet alors une grande biodiversité dans la nature, incluant une diversité génétique permettant à la sélection de se poursuivre.  

Dans la sélection artificielle, tout est orienté vers l’humain. C’est donc nous qui exerçons une pression sur les individus et non pas, la nature. Les caractères sélectionnés ne sont généralement pas des traits favorables à la survie, mais bien ceux souhaités par les humains, pour un objectif précis, qui souvent a des critères économiques. Parfois, en quelques mois seulement, on peut créer de nouvelles espèces (ou sous-espèces, ou variétés) permettant une grande rentabilité. Il en résulte des élevages, avec les traits souhaités, oui, mais consanguins et avec un bassin génétique restreint.  

On a mis cette image de poulets en liberté, mais les élevages aviaires ressemblent rarement à ça…

Après ce portrait plus ou moins reluisant de la sélection artificielle, tu te demandes probablement pourquoi on s’amuse à imiter le docteur Frankenstein avec nos animaux d’élevage (et nos animaux domestiques)! La plupart du temps, c’est une question de rentabilité, de productivité et de demande. On choisit donc des traits qui ont de la valeur (goût, productivité, grosseur, etc.). Par exemple, dans un élevage de poulets, on souhaite produire des œufs, de la viande et des nouveaux poulets. On va donc choisir des individus de variétés et des types différents qui sont performants et/ou qui sont bien en chair et/ou qui sont productifs (qui font beaucoup de petits). Ces poulets vont se reproduire ensemble (c’est la sélection artificielle croisée). Quand on arrive à notre but après quelques générations, on va maintenir notre élevage « mieux et plus », en reproduisant nos poulets ensemble.  

Alors, quand j’achète ma douzaine de « gros œufs » à l’épicerie, c’est parce que quelque part, quelqu’un a choisi les poulets qui faisaient les plus gros œufs. Et parce que je continue d’acheter les mêmes « gros œufs », les éleveurs continuent de choisir les individus reproducteurs dans leur élevage, plutôt que de laisser la nature faire son travail.

On fait la même chose avec nos animaux domestiques, avec les abeilles en apiculture et avec les plantes. Penses à l’épi de maïs que tu as dégusté à l’épluchette en août dernier. En réalité, un épi de maïs naturel non sélectionné, c’est petit et ça ressemble à du blé…  

Bien que du point de vue économique, la sélection artificielle peut avoir des avantages importants, les désavantages sont notables. En plus des problèmes de santé dus au bassin génétique réduit des élevages et à la forte consanguinité****, pour faire une sélection efficace, il faut souvent y aller par expérimentation et ça ne se passe pas toujours comme prévu (parles-en à Frankenstein, voir!). Et finalement, comme lorsqu’on parle de brassage génétique ou de fécondation in vitro, la redoutable question de l’éthique qui se pose. Au nom de la rentabilité, les humains devraient-ils intervenir dans les processus de sélection qui devraient s’opérer de manière naturelle? Est-ce qu’on devrait créer plein de petits Frankenstein ou bien laisser les poules faire des œufs de toutes les grosseurs? C’est un débat ouvert, écris-nous!

NOTES

* ***SPOILER ALERT*** Pour ceux qui n’ont jamais lu le classique de Mary Shelley, Frankenstein; or, the Modern Prometheus, il faut savoir que ce n’est pas une histoire jojo. La création du talentueux docteur, à peine née, hideuse, violente et mal adaptée, est rejetée immédiatement. Elle tombe dans un tourment qui alimente un désir fou de venger son existence malheureuse. Commence alors une infernale et sanglante poursuite à travers le globe, où la créature cherche son créateur, détruisant, cognant, brutalisant et tuant tout sur son passage. Le monstre retrouve enfin Frankenstein (le docteur) et lui demande de créer une madame monstre, question de ne plus être horriblement seul. Le docteur, horrifié par la possibilité d’avoir créé une abominable nouvelle espèce de monstre, refuse. La créature, aveuglée par la haine de son créateur, tue alors le frère de Frankenstein, son meilleur ami, sa femme et on en passe… Le sang gicle et les tripes revolent. Frankenstein, n’ayant plus de véritable raison de vivre puisque tous ceux qu’il aimait sont morts, se promet de se venger à son tour et poursuit sa création jusqu’en Antarctique, où il tombe dans l’eau glacée et meurt. Sa créature, apprenant la mort du docteur, est finalement rongée de remords et disparait pour toujours dans l’étendue de glace. Donc, tu vois pourquoi on disait que ça ne s’est pas passé comme l’avait prévu Frankenstein.  

** Pourquoi préhistorique? La sélection artificielle des plantes et des animaux clés dans les sociétés humaines (comme le riz et les chiens par exemple) est une pratique qui existe depuis la préhistoire!  

*** Un phénotype, c’est, simplement dit, un ensemble de caractéristiques physiques. On l’oppose au génotype, qui rassemble les caractères génétiques des individus.  

**** Remarque qu’on ne t’a pas énuméré les problèmes de santé qui peuvent résulter de l’élevage artificiel. Il existe des milliers d’articles en ligne sur le sujet. Il suffit de quelques clics pour tomber sur les cas extrêmes des vaches Blanc bleu belge ou des cochons piétrains qui sont tellement enflés que leur squelette fait limite l’affaire pour les supporter, souvent montrés couchés sur le flanc, incapables de se tenir debout. Les documentaires chocs sont aussi nombreux. La BBC a publié en 2009 un documentaire controversé Chiens de race, les maîtres fous (Pedigree dogs exposed), sur les races d’élevage canin. On t’invite à faire tes recherches.  

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Pixabay

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Ailleurs
La légende des Spirit bears

C’est l’heure d’allumer les chandelles, éteindre les lumières parce qu’on a une légende à te conter.

C’est l’heure d’allumer les chandelles, éteindre les lumières parce qu’on a une légende à te conter.  

Ça se passe il y a centaines de milliers d’années, alors que le territoire canadien est complètement couvert par un immense glacier, probablement le même méga inlandsis qui a créé la mer de Champlain. Zoom in à l’ouest des Rockies, où on trouve aujourd’hui des vastes forêts, remplies d’arbres gigantesques, tellement grands qu’on croirait qu’ils touchent le ciel. On trouvait là un grand corbeau, complètement noir. C’était le Créateur. (Avant d’aller plus loin, on voulait simplement spécifier que cette légende est tirée du folklore des Premières Nations Kitasoo et T’simshian qu’on retrouve en Colombie-Britannique. On n’invente rien.) Alors, ledit Corbeau est un jour descendu du ciel pour voir ce que cette planète avait à offrir. Lorsque le Corbeau a vu que tout était couvert de blanc, il décida de rester sur cette terre. Il était attiré par son contraire. Lui, si noir et cette terre si blanche, si pure. Les années passèrent. Puis, le Corbeau, bien qu’émerveillé par tout ce blanc se lassa de la glace. Il avait froid. Il avait faim. Il était seul. Il était misérable. Face à sa misère, l’oiseau décida de créer le Vert. Lentement la neige et la glace ont fait place à une immensité couverte de verdure. Le Corbeau demanda à ses frères célestes de le rejoindre : l’ours, le castor, le loup… Et il inventa les autres animaux. Il vola ensuite le feu du Soleil pour tenir au chaud sa toute dernière création, l’Humain. Le Corbeau avait tout créé. Mais… il restait insatisfait.  

Quelque chose manquait dans cet immense et beau paysage verdoyant et vivant. Il était nostalgique. Il voulait quelque chose pour lui rappeler l’époque où son monde était couvert de glace, la longue période blanche d’avant. Alors, il alla chercher l’Ours noir, le gardien des rêves, pour lui venir en aide. Il n’avait pas à le chercher bien loin, car l’Ours se tenait toujours dans une constellation dans le ciel étoilé. (Oui, on parle ici de la Grande Ourse.) Alors, le Corbeau vola jusqu’à l’Ours, dans la nuit et il fit un pacte avec lui. L’Ours avait l’assurance du Corbeau qu’il pourrait vivre libre et en sécurité dans la forêt aux arbres géants s’il laissait le Corbeau donné un pelage complétement blanc à un ours sur dix.  

Ces ours au pelage blanc, dans la forêt sombre des montagnes, étaient un rappel pour le Corbeau du temps, doux et misérable, qu’il avait eu lors de la longue période blanche d’avant. On les appelle les Moksgm’ol, ce qui signifie ours blanc, fantôme d’une ère disparue.  

Quelle histoire! Évidemment, il y a une explication un peu plus rationnelle que celle-ci pour expliquer la présence de ces ours blancs, qu’on appelle Spirit bears dans la langue de Shakespeare, un clin d’œil à cette légende autochtone. Ces ours font en réalité, partie d’une sous-espèce de l’ours noir, les ours Kermode. On retrouve ces ours (qui ont de manière générale, le pelage foncé, presque noir) sur la côte Ouest du Canada et des États-Unis. C’est d’ailleurs l’emblème animal des Britanno-Colombiens.

Bien que la majorité des individus de cette sous-espèce aient le poil foncé, on trouve sur leur territoire, entre 100 et 500 ours complètement blancs (attention, personne ne s’entend vraiment sur le nombre exact d’individus)! Ils vaguent à leurs occupations sur des îles au large des côtes canadiennes. Ces ours ne sont pas albinos*, puisqu’on retrouve des pigments colorés (ou foncés) sur leur peau et dans leurs yeux. Le phénomène en est un de génétique où une mutation d’un gène fait en sorte que la mélanine** est produite en très faible quantité.*** Ce ne sont pas non plus des ours polaires, qui eux, ont le poil naturellement blanc. Leurs gènes sont faits comme ça.

Bien que leur look soit hors du commun, les Spirit bears sont des nounours comme les autres. Ils sont omnivores : ils se régalent d’herbe, de baies et de poissons (principalement de saumons). Ils hibernent. On les chasse. Et leur habitat est en voie de disparition ou déjà largement détruit pour y installer des pipelines. Bien que les ours Kermode ne soient pas une espèce menacée, des efforts considérables de conservation sont mis en place pour maintenir ses populations, dû à sa grande valeur culturelle. Et on va se le dire, c’est pas mal hot d’avoir des fantômes qui parcourent nos forêts. Non?

P.S. Paul Nicklen, photographe canadien extraordinaire, a fait une série magnifique sur ces créatures. C’est à voir.

NOTES

* Albinos ou albinisme, ça veut dire quoi? C’est la condition des individus qui ont une anomalie génétique résultat en une absence totale de pigment dans leur corps.  

** On appelle « mélanine », les pigments qui colorent la couche externe des organismes (le tégument). On n’a pas utilisé le mot « peau » ici parce que la mélanine influence aussi la teinte des poils, des carapaces, des cheveux, des plumes, des ongles, des écailles… Tu vois le genre.  

*** C’est le même phénomène, mais inversé, qu’on observe chez les écureuils gris. On trouve dans leurs populations des individus complètement noir. Dans un tel cas, la mélanine est produite en plus grande quantité. Cette mutation serait probablement une adaptation aux variations de température. On t’en glisse un mot ici.  

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : pxHere, Maximilian Helm

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Choix du naturaliste
Histoires de bibittes

Textures étranges, des pattes qui n’en finissent plus, des bibittes plus rapides que leur ombre, des animaux avec des verrues… ben oui, c’est l’Halloween!

Textures étranges, des pattes qui n’en finissent plus, des bibittes plus rapides que leur ombre, des animaux avec des verrues… ben oui, c’est l’Halloween! Plusieurs légendes et histoires fantastiques sont souvent inspirées ou associées à des animaux. Des animaux parfois imaginés de toutes pièces, mais d’autres parfois simplement inspirés de la réalité. Alors avant de te plonger dans ces histoires de sorcières et de bave de crapaud, prends deux minutes pour lire ce qui suit pour mieux connaître quelques-unes de ces bêtes fantastiques et bien réelles !

Des verrues comme une sorcière, non merci !

C’est vrai que le crapaud, ce n’est pas le plus cute du règne animal. Toujours plein de terre, avec ses gros yeux qui regardent directement ton âme, le crapaud a mauvaise réputation.  

En général, les crapauds sont plutôt secs puisqu’ils vivent dans la terre, comparativement aux grenouilles qui, elles, vivent plutôt dans l’eau et ont la peau très gluante. Une grenouille pourrait te glisser entre les mains comme un savon dans la douche tandis qu’un crapaud est plutôt chill et se laisse prendre. Si tu essaies et que tu te dis « Voyons, ce crapaud est donc ben mouillé! », c’est peut-être qu’il t’a fait un p’tit pipi nerveux dans les mains. C’est une façon de tenter de faire peur à un prédateur (toi, dans cet exemple).  

Et leur verrues ? Non, ce ne sont pas des verrues ! Les bosses sur le dos des crapauds sont des vésicules qui permettent à l’animal de rester hydraté. Si tu prends le temps de l’observer de plus près, tu verras deux bosses plus grosses, derrières les yeux du crapaud. Ce sont des glandes parotoïdes qui contiennent un genre de venin. Le venin est relâché quand les glandes sont écrasées sous la force d’une mâchoire d’un renard, par exemple, ou d’un chien. Le venin du Crapaud d’Amérique peut faire baver un animal (genre, pas mal) et même paralyser temporairement sa bouche, un peu comme toi chez le dentiste. L’animal relâche alors le crapaud et il a la vie sauve ! Si tu manipules le crapaud, l’important, c’est de ne pas mettre tes mains dans ton visage ensuite. #lavetesmains #horacio

Les chauves-souris, des vampires ?

Si elles ne sont pas associées à Batman, les chauves-souris sont souvent associées aux vampires. Est-ce la cape des vampires qui rappelle les ailes de ces mammifères volants? Sûrement ! Mais toutes les espèces de chauve-souris ne boivent pas du sang. Comme on te le disait il y a quelques temps, celles qu’on trouve au Québec sont insectivores. Toutefois, il existe bel et bien une espèce qui boit du sang et qu’on appelle la chauve-souris vampire. On les trouve en Amérique centrale et du Sud. Par contre, elles ne séduisent pas leurs victimes pour leur croquer le cou. Elles détectent plutôt la chaleur du sang au travers de la peau. Une fois la proie trouvée, elle utilise ses petites incisives pour percer la peau et boire le sang de la proie. Comme dans les films!

Comme dans Buffy.

Les autres animaux qui font peur ou qui sont associés à l’Halloween, c’est souvent parce que se sont des animaux nocturnes, qui ont des attributs étranges, des habitudes hors du commun ou vivant dans des endroits abandonnés pour ne pas se faire déranger par… les humains. Un exemple? un rat. C’est nocturne, longiforme (forme étrange), sa queue est nue, on le trouve souvent près des poubelles en train de manger un restant avec un raton laveur, parce qu’il est opportuniste. Et de par cette habitude de se promener partout, il devient un bon vecteur de maladies. Rien pour l’aider ! Même chose pour la couleuvre qui avance subtilement en faisant des grands S et en sortant la langue. Pourtant, elle sort la langue pour sentier ou plutôt, goûter les odeurs . Pas pour te faire peur!

Les araignées, les cloportes, les vers de terre, les opilions, les souris… tous des animaux susceptibles d’habiter dans un grand château abandonné éclairé par le reflet de la pleine lune… ou le cabanon peu fréquenté de ton oncle Robert. Tiens, ce cabanon, il ferait un bon décor d’Halloween… ou un excellent endroit de découverte de la biodiversité des mal-aimés!

Sources images :  Ryan Hagerty, Daniel Spiess

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Vedette du mois
Tardigrade : quand Clark Kent a de la compétition

Et si on te disait qu’un superhéros aux pouvoirs de survie démesurés existe pour de VRAI en nature? Tu ne nous crois pas? Watch out pour le tardigrade!

Et si on te disait qu’un superhéros aux pouvoirs de survie démesurés existe pour de VRAI en nature? Tu ne nous crois pas? Watch out pour le tardigrade!

  • Il peut survivre à des températures passant de + 150 °C à -272 °C (pendant 8 h !!!)
  • Il peut vivre de quelques semaines à un siècle… tsé comme dans 100 ans!
  • On le retrouve dans tous les écosystèmes possibles (ou presque) : au fond de l’océan, sur l’Himalaya, en Antarctique, dans le sol, dans le sable des plages, les rivières, les lacs, les ruisseaux, sur les mousses, les lichens, les algues et les plantes. Et même dans la minuscule flaque d’eau éphémère devant chez toi.  
  • Il peut supporter le manque d’oxygène et les pressions six fois plus élevées que celles du fond de l’océan.
  • Un musée a trouvé des spécimens séchés dans un herbier de 120 ans qui ont repris vie, une fois réhydratés.

Pis si ça c’est pas assez pour te convaincre, les scientifiques l’ont envoyé dans l’espace… l’espace, là où il y a rien à part le vide spatial et les radiations cosmiques! Et il est revenu sur terre, vivant! Boom!

Tout ça avec le surnom le plus cute ever : l’ourson d’eau.  

Qui est-il?

Pour te décrire le tardigrade, on peut le comparer à un sac à aspirateur dodu, d’une longueur moyenne d’un demi-millimètre, qui se déplace lentement de façon un peu pataude. Même s’il vit majoritairement dans l’eau, il ne nage pas, mais c’est plutôt un marcheur, avec ses 8 pattes ornées de petites griffes. Certaines espèces de tardigrades semblent avoir des yeux mais ce ne sont pas des yeux à proprement parler; ils sont composés d’une unique cellule photoréceptrice et ne sont donc pas des organes.  

Son costume de superhéros s’appelle une cuticule et il peut sembler gris, bleuâtre, brun jaune, rougeâtre ou brun selon la couleur même de sa « coquille » et du contenu de son système digestif (yummy!). Lorsqu’il grandit, le tardigrade va muer, donc changer de cuticule, et peut même se servir de cette dernière comme protection pour ses œufs, qu’il pondra à l’intérieur avant de s’en départir.  

À l’heure du lunch, il perce les plantes avec les deux stylets qu’il a dans la bouche et se nourrit des cellules de ces dernières. Il peut aussi chasser d’autres organismes unicellulaires ou micro animaux comme les rotifères, et même être cannibale. Pas de nourriture disponible? No problemo! Cet animal a déjà démontré qu’il peut survivre jusqu’à 30 ans (!!) sans manger ni boire!

Comment fait-il pour survivre à tout ça?  

Il se déshydrate et entre dans un état végétatif en réduisant ses fonctions vitales à 0,01 %. Juste au cas où tu as lu trop vite… 0,01 %!!! On appelle ça la cryptobiose. Notons qu’il y a plusieurs types de cryptobioses selon l’élément qui vient à manquer : anhydrobiose, s’il n’y a plus d’eau, anoxybiose, si c’est l’oxygène et cryobiose, lorsque c’est la chaleur qui fait défaut. Pendant ce processus, il peut se mettre en boule, gonfler, devenir rigide et même produire un sucre qui protégera ses cellules.

On dit parfois que les tardigrades sont IMMORTELS… c’est malheureusement faux. Malgré tous ses superpouvoirs, beaucoup de scientifiques te diront qu’ils en ont malheureusement tués, et ce facilement (sans faire exprès hein!), lors de la prise d’échantillons. Ils sont même considérés comme étant assez fragiles à manipuler.

Bien qu’ils puissent survivre à toutes sortes d’épreuves assez extrêmes (coucou les rayons directs du soleil dans l’espace), ils préfèrent quand même vivre dans des petits endroits cozy avec un peu d’eau, des cellules végétales en quantité et peu de prédateurs.

Autant dire qu’on est carrément in love avec les tardigrades!

Par Jennifer, éducatrice-naturaliste

Sources images : Darron Birgenheier, Frank Fox

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Qc-Nature
Des morts vivants en forêt : le bois

En plein festival de la branche, c’est le moment de célébrer les fonctions du bois, et ce, sous toutes ses formes : le bois mort, le bois vivant… ou les deux!

Aujourd’hui, en ce doux jour de novembre, même si l’Halloween est passé, on te propose des morts vivants mystérieux. En plein festival de la branche, c’est le moment de célébrer les fonctions du bois, et ce, sous toutes ses formes : le bois mort, le bois vivant… ou les deux!  

Tu le sais, les arbres, c’est super important dans la nature. Mais même morts, il garde un rôle capital dans les écosystèmes. Comme ils sont morts, on les associe beaucoup à la décomposition. Très vrai, en fait toutes les organismes vivants qui utilisent les arbres morts, le font différemment et à différents stades de leur décomposition. Un peu comme un micro-écosystème, les arbres morts rassemblent plusieurs espèces qui en profitent elles aussi, à différents moments de leur cycle de vie. La mosaïque qui unie les espèces dans un écosystème n’est pas simple! Au Québec, plus de 60 espèces utilisent une forme ou l’autre de bois mort dans la forêt ou même dans l’eau. Parce que oui, même submergé, le bois mort est encore rempli de vivant!

Ses formes

Le bois mort se présente dans la forêt sous quatre formes : des vieux arbres tordus plein de trous (aka « arbres moribonds »), des chicots qui tiennent encore debout, les troncs au sol et ceux dans l’eau. Chacune de ces formes apporte des avantages à des groupes d’espèces différents. Alors que les vieux arbres sur le déclin (souvent creux et instables), mais encore vivants, offrent des perchoirs pour les oiseaux de proies et des grandes cavités pour les nids de canards branchus ou de raton laveur, les branches et les troncs qui traînent par terre ou dans l’eau offriront plus des cachettes pour les tortues, les amphibiens et des centaines d’insectes. Comme une espèce en attire une autre, toutes les formes de bois mort sont un peu comme des p’tit dépanneurs du coin, dans la forêt!

Une fois la décomposition très avancée des troncs et des branches, les copeaux s’accumulent au sol et enrichissent la litière de la forêt. Ils prennent part alors à la succession végétale en renforcissant le substrat, la base sur laquelle pourront germer les graines des espèces pionnières de la prochaine forêt. C’est l’hisssstoiiiiiire de la viiiiie!!!

Ses fonctions

Habitat

Une des fonctions du bois mort les plus faciles à observer, c’est la quantité d’habitats que les troncs et les arbres moribonds créent dans les écosystèmes. Quand tu observes un vieil arbre ou un chicot, prends le temps d’y remarquer, les trous et les p’tits chemins. Plusieurs sont superficiels mais d’autres sont les portes d’entrées des nids de plusieurs espèces. En plus, en tombant au sol, les branches et les troncs créent de l’humidité au sol ce qui est merveilleux pour les cloportes, les vers de terre, des dizaines d’invertébrés eeet… les amphibiens, surtout les salamandres! Ça grouille de vie sous les troncs au sol! Même dans l’eau, les amas de branches peuvent servir de cachettes pour les poissons ou même pour les algues qui s’y accrochent. Le bois mort crée donc des habitats de grande qualité.

Nourriture

Encore une fois, quand tu t’approches des chicots et des débris par terre, tu y verras sûrement beaucoup de champignons, des traces d’insectes, des traces de dents… bref, des traces de vivants qui se sont régalés! Les champignons qui poussent sur le vieux bois sont carrément en train de le manger, un peu comme les insectes qui se nourrissent de bois. Ce sont des espèces dites xylophages.

Comme tout est lié dans les écosystèmes, tu devines bien que les espèces qui trouvent refuge dans le bois mort pourraient attirer des prédateurs. Et vu que le bois mort offre des habitats de qualité pour beaucoup d’espèces, beaucoup d’autres viennent y faire leur épicerie! Les arbres qui tiennent encore debout ont plutôt tendance à attirer des prédateurs qui peuvent s’y percher ou y faire leur nid (les pics, par exemple) tandis que le bois au sol a plutôt tendance à attirer des prédateurs de plus petites tailles, comme des centipèdes.

Cycle des nutriments

En plus d’être des éléments liant les niveaux trophiques dans les écosystèmes, les différentes formes de bois mort participent aussi aux cycles biogéochimiques de la nature. Euh perdonese? Oui oui, les cycles des nutriments. En grandissant, les végétaux utilisent des éléments comme l’azote et le carbone pour construire leurs cellules. C’est pour ça que des fois on entend que les forêts sont des « puits de carbone ou d’azote » puisqu’en grandissant, les végétaux les accumulent dans leurs tissus. Donc, quand ces dits tissus retournent à la terre, ces éléments retournent eux aussi à la terre. Toutes les espèces dont on a discuté ici prennent part à la décomposition du bois, pour rendre à nouveau disponible ces nutriments pour les autres vivants.

Même si en ville ou près des sentiers il faut parfois couper (on dit aussi « élaguer ») les arbres moribonds pour pas qu’ils tombent sur ton coco ou sur les autos, il reste qu’en forêt ou en milieu aquatique, les avantages de laisser les arbres morts sur place sont très grands pour la santé de l’écosystème. L’expression « On dormira quand on s’ra morts! » s’applique vraiment pas aux arbres!

Le bois mort ne meurt jamais vraiment, et comme Gerry Boulet le chantait si bien, les arbres sont toujours vivants!

Sources images : Pixabay, Pxfuel, Pxfuel, Pxfuel, Pxfuel

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