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Découvrir la nature avec nos yeux d’expert.e.s

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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La ouananiche : le saumon du lac

Quand on parle de #migration, les premières espèces auxquelles on pense sont bien entendu les oiseaux. Ces volatiles ne sont pourtant pas les seuls à entreprendre un voyage entre leurs milieux annuels de vie.

Quand on parle de #migration, les premières espèces auxquelles on pense sont bien entendu les oiseaux. Ces volatiles, à qui l’on donne la prétention d’annoncer le printemps ou l’automne, ne sont pourtant pas les seuls à entreprendre un voyage entre leurs milieux annuels de vie. Il y aussi… les poissons! What?

Hey oui! La plupart des espèces de poissons sont des migrateurs qui suivent des cycles plus ou moins longs (à tous les jours ou tous les ans) sur quelques mètres ou… quelques milliers de kilomètres! Selon le milieu vers lequel il migre, le poisson va se voir attribuer un nom différent… promis ce n’est pas pour être plus compliqué, mais bien pour être plus précis! #rigueurscientifique

Il y a les océanodromes qui restent toujours en eau salée, les potamodromes qui reste en eau douce et les diadromes qui vont de la mer vers les rivières ou l’inverse. (C’est le cas de l’alose savoureuse dont on te parle juste ici.) Et quand on parle de diadrome on peut être encore plussss précis : selon le sens de la migration, on va leur donner encore un autre nom… ok ok promis après ceux-là on arrête! Quand les poisson partent de la mer et vont vers l’eau douce on dit qu’il sont anadromes, tandis que lorsqu’ils font le contraire on dit qu’ils sont catadromes. Finalement, (pour vrai là!) il y a aussi ceux qui font les deux : les amphidromes.  

Les poissons, comme les autres animaux, vont migrer pour une multitude de raisons : besoins en nourriture, conditions climatiques ou changements de l’environnement comme les brochets qui quittent leur herbier* d’été pour les eaux plus profondes l’hiver, et pour des besoins de reproduction.

Des saumons super contents de leur migration

Aujourd’hui, on avait justement envie de te parler d’un poisson qui est en pleine reproduction en ce mois d’octobre (un frisquet temps de reproduction, on te l’accorde!) et qui est cher au cœur des « bleuets » du lac Saint-Jean : la ouananiche. Aussi appelée saumon d’eau douce, la ouananiche est effectivement est un saumon de l’Atlantique (Salmo salar) de la famille des salmonidés, mais qui vit uniquement en eau douce. Elle est plus petite que son cousin qui lui vit en eau salée et migre pour sa reproduction en eau douce (il est donc anadrome). Son nom ouananiche serait une déformation de « aonanch », un mot montagnais qui signifie celui qui va partout, qui est partout**.

Mais comment un saumon d’eau salée a pu se retrouver à vivre dans un milieu d’eau douce comme le lac Saint-Jean? La mer de Champlain my friend! En effet, il y avait à cet endroit, il y a quelques(!) milliers d’années, une mer d’eau salée et des saumons y vivaient. On appelait cette section de la mer le golfe de Laflamme. Tranquillement pas vite, la mer s’est retirée, et les rivières du réseau hydrique ont désalinisé l’eau. Les saumons « pris au piège » se sont donc adaptés à la vie en eau douce et ont même subi des transformations physiques de génération en génération.

On ne retrouve pas la ouananiche uniquement au lac Saint-Jean! Il y en a aussi dans certains lacs de la Côte-Nord, à Montréal(!) ainsi qu’en Estrie. Par contre, pour ces deux derniers endroits, la population a été ensemencée.

Il n’existe pas beaucoup de photos de ouananiches dans leur milieu naturel, on a donc préféré cette illustration à une image d’un fier pêcheur avec son trophée!

Comme on te disait plus haut, sa migration commence en automne, lorsque l’eau atteint entre 5 et 7 °C. Elle part du lac Saint-Jean et se rend dans les rivières adjacentes, où il va se reproduire. La ouananiche est donc potamodrome. Facile! Le mâle se part alors de ses plus beaux atours en modifiant littéralement son apparence : sa tête est plus allongée et sa mâchoire inférieure présente une excroissance en forme de crochet, recourbé vers le haut***.

Les tous petits poissons nés de cette union automnale feront leur dévalaison (le contraire de la montaison, terme qu’on utilise pour le voyage vers la site de reproduction) après s’être bien imprégnés des caractéristiques de LEUR cours d’eau. C’est d’ailleurs là qu’ils reviendront eux-mêmes pour se reproduire dans quelques années. Eux aussi subiront des transformations physiques (allongement du corps, production de sécrétions et changement de couleur) pour leur permettre d’affronter la vie en lac.

Bon voyage!

NOTES

*Nenon, les poissons ne vivent pas dans des recueils de fleurs séchées… On appelle un herbier une zone dans les eaux peu profondes où l’on trouve des plantes aquatiques de manière dense. Un parfait refuge pour bien des poissons.

** (Legendre, 1967)

*** (Legault et Gouin, 1985)

Par Jennifer, éducatrice-naturaliste

Sources images :  Needpix, PikeRepo

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209
Vedette du mois
Toucher avec son nez : le condylure

Oui, on le sait, cet animal a un des noms les plus weird du règne animal, mais on trippe dessus parce que le condylure à nez étoilé, a une adaptation des plus pratico-pratique.

Oui, on le sait, cet animal a un des noms les plus weird du règne animal (deuxième place derrière l’axolotl). Mais on trippe dessus parce que le condylure à nez étoilé, de son nom complet, a une adaptation des plus pratico-pratique. On t’en parle plus bas. Avant, on veut mettre quelque chose au clair : c’est gros comment, une taupe? La forme de son corps pourrait laisser penser que c’est gros comme une marmotte ou un écureuil du parc Jarry, mais non, c’est tout petit, ça pourrait entrer dans ta main! #checked

On comprend bien sa petitesse ici

Le condylure, c’est un proche cousin des musaraignes et des taupes. En fait, pas mal de monde l’appelle « la taupe à nez étoilé ». Comme les taupes, le condylure vit dans la terre presque sans cesse, mais risque parfois sa vie en nageant dans l’eau ou en s’aventurant sur la terre ferme dans les milieux humides. Il promène autant grace à son nez étoilé. Mais, c’abord, pour vivre sous la terre, il faut être capable de s’y promener et la morphologie de leur corps est vraiment bien adaptée à ça. Déplacer de la terre, c’est pas comme « faire de l’air »… ça prend un bon chest-bras. Les taupes à queue velue et les condylures (les deux espèces de taupes qu’on a au Québec) ont des pattes avant et des griffes très développées pour pouvoir creuser des tunnels et ainsi se déplacer, construire leur nid, trouver leur nourriture, bref, vivre leur vie!

Des grosses papattes (ღ˘⌣˘ღ)

Mais pourquoi vivre sous la terre s’il faut toujours creuser et forcer, tout ça, dans le noir total? Le principal avantage, c’est d’être bien caché des prédateurs! Toutefois, les condylures sont peut-être les taupes qui vivent le plus dangereusement puisqu’ils aiment sortir de la terre et aller sous l’eau. Leur nez, bordé de 22 tentacules, leur permettent de sentir les proies aquatiques en restant submergés. Les tentacules forment des bulles et le condylure les aspire pour sentir s’il est sur la piste de son souper. Ça lui permet aussi d’étirer son temps sous l’eau. Ces tentacules, ce sont des p’tits doigts avec le sens du toucher très développé qui leur permettent aussi de trouver des insectes et des vers de terre sous la terre tout en continuant d’avancer en creusant des tunnels. #pasletempsdeniaiser Même leur fourrure est adaptée à vivre dans des tunnels terreux puisque qu’elle peut se lisser dans plusieurs sens. Un peu comme le coussin en paillettes de ta p’tite sœur qui change de couleur quand tu le brosses dans tous les sens. Même. Affaire. Cette adaptation permet donc aux taupes de pouvoir facilement reculer dans leur tunnel.

Une vraie star! (Star, étoilé… t’as pogne-tu?)

Tu tu dis sûrement « oui mais moi, j’aimerais ça en voir des condylures! ». On se le cachera pas, ce n’est pas l’animal le plus facile à observer. C’est malheureux, mais lorsqu’elles sont observées, ces petites bêtes sont souvent sans vie. ( ⚆ _ ⚆ ) Pour augmenter tes chances, promène-toi près d'une zone humide, dans des petites friches proches d’un ruisseau ou d’un marais, mais surtout, sois pas aveugle comme une taupe et regarde où tu mets les pieds! C’est comme ça que l’auteur de ces lignes en a observé une pour la première fois!

Sources images : Nick Tepper, Linda Gilbert, The Jasper Patch

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208
Vedette du mois
Spécial Fungi

On voulait, pour amorcer l’automne en grand, mettre en scène les mycètes. Pourquoi? L’automne, c’est le moment où les champignons sont les plus visibles et les plus beaux. Et on va se le dire, ils sont fascinants!

On voulait, pour amorcer l’automne en grand, mettre en scène les mycètes, le règne du vivant qui regroupe tous les champignons. Pourquoi? L’automne, c’est le moment de l’année où la majorité des champignons forestiers sont les plus visibles et les plus beaux. C’est d’ailleurs la prime season pour la cueillette.* Et on va se le dire, les champignons, c’est fascinant!

On t’as déjà expliqué que les champignons sont bien différents des plantes : ils ne sont pas formés des même éléments (il existe même du vocabulaire spécifique aux champignons), leurs cellules sont différemment composées, les champignons ne produisent pas de graines (mais plutôt des spores, comme les fougères) et ils ne produisent pas de chlorophylle, et ne font donc pas de photosynthèse, comme les végétaux. On t’explique ça en détail ici.

Close up sur du moisi

Le monde des champi, c’est un vaste catalogue qui regroupe des dizaines de milliers d’espèces connues. On dit qu’un peu moins de 95 % des champignons resterait encore à décrire… Les « découvreurs de champignons » ont du pain sur la planche. Mais attention, les champignons, c’est pas seulement les beaux pions qu’on trouve au pied des arbres. Non, c’est bien plus. Pour se retrouver à travers les espèces, il existe plusieurs types de classification des champignons : selon le type de spores (qu’on appelle la classification classique), selon leur comestibilité ou leur dangerosité, selon leur ADN, etc.

Pour faciliter notre travail ici, on va utiliser la phylogénétique (classification selon l’ADN) puisque la biologie moléculaire a permis de diviser nos mycètes en trois grands groupes. Bien que ces travaux de classification soient inachevés, qu’ils sont en continuel changement et qu’on y voit des mises à jour continuelles, ça reste une classification qui est généralement acceptée. Alors, pour les besoins de ce texte, explorons les mycètes de cette manière.

On trouve d’abord des très petits champignons (dont la plupart est aquatique) : les Chytridiomycètes. Vois ici une moisissure attachée à des graines de sésame qui pousse sur l’eau. Les spores** de ces champignons sont mobiles. Ils possèdent un flagelle qui leur permet de se déplacer dans l’eau. Un flagelle, c’est un genre de prolongement allongé du corps, comme une queue. Les spermatozoïdes humains ont aussi un flagelle.

Mucor, ou « poils de chat », est une moisissure zygomycète, spécialiste des fromages.

Ensuite, on a affaire à une autre groupe de champignons microscopiques, les Zygomycètes. Ce groupe de mycètes se caractérise par leur tendance à la reproduction asexuée. C’est quoi ça? C’est la capacité de certains organismes vivants, dont beaucoup de végétaux et de microorganismes, de se multiplier (se reproduire) sans l’intervention d’un partenaire. Ça permet donc à ces champignons de coloniser rapidement divers types de milieux. On trouve dans ce groupe des moisissures, des parasites de plantes, de l’homme et des animaux et une grande partie se trouve dans le sol. Ces derniers, qu’on dit mycorhiziens, vivent en symbiose avec les plantes. Les mycorhizes sont une association entre les champignons et les végétaux où les deux parties s’attachent (généralement par leur système racinaire) et s’échangent de la matière, des nutriments par exemple.  

Et finalement, les Dicaryomycètes. Ils regroupent la très grande majorité des champignons qu’on connaît. Ils sont généralement plus complexes (ou évolués) que les champignons des groupes précédents. On parle ici des champignons supérieurs, soit les lichens, des parasites plus développés***, certains types de levure et le classique champignon à chapeau. Pour simplifier le tout, on a divisé les Dicaryomycètes en deux principaux groupes.  

Champi à chapeau

On a regroupé sous le nom d’Ascomycète les moisissures, les lichens****, les morilles, les truffes et la levure (oui, oui, celle qu’on utilise en boulangerie et pour faire la bière). Bien qu’en apparence ces champignons n’ont rien à voir les uns avec les autres, c’est au niveau de la formation cellulaire de leurs spores qu’ils se ressemblent.

Le second sous-groupe comprend la plupart des gros champignons, couramment rencontrés dans la nature et bien connus. Ce sont les Basidiomycètes. Et encore une fois, on trouve ici des centaines de looks différents pour ces champignons, mais tous ont la même formation de spores.

Comme tu peux le constater, les champignons, c’est complexe. La raison est simple : ils sont extrêmement variés! Ça rend la tâche de les classer assez difficile! T’es pas obligé de retenir les noms de leurs groupes, on voulait simplement démontrer que les mycètes, c’est beaucoup plus qu’une maison de Schtroumpf ou un régal sur ta pizza. Ce sont des milliers d’organismes différents qui sont partout! Dans la nature, oui, mais aussi dans ton frigo, sur toi, dans ton chien et même dans l’air! Alors, la prochaine fois que tu te commandes la Spécial Fungi 12”, pense à tous ces mycètes qui sont autour de toi.

NOTES

* Attention, nous ne recommandons pas de cueillir des champignons en milieu naturel à moins d’être accompagné d’un expert.

** Les spores sont des micro-organismes qui sont produits par les champignons qui permettent leur dispersion dans l’espace. Sur les champignons les plus gros (ceux qu’on trouve dans les forêts par exemple), les spores peuvent former une poudre.

*** Comme des champignons qui parasitent d’autres champignons!

**** Les lichens sont une association symbiotique entre un champignon et une algue.

Sources images : Pixabay, James Linsey, PxHere

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207
Quoi faire?
Le chant de la cigale

C’est certain que tu l’as déjà entendue par une journée ensoleillée d’été, crier à tue-tête, bien accrochée aux troncs des arbres. Mais, tu l’as probablement jamais vue. C'est la cigale caniculaire.

On te propose de terminer le mois d’août en profitant des dernières chaleurs de l’été et de sortir apprécier un chant bien particulier. C’est certain que tu l’as déjà entendue par une journée ensoleillée d’été, crier à tue-tête, bien accrochée aux troncs des arbres. Mais, tu l’as probablement jamais vue. La cigale caniculaire est une bestiole qu’on aperçoit peu puisque ces couleurs sont parfaites pour le camouflage. Par contre, une fois qu’on l’a croisée, sa frimousse unique est difficile à oublier. Ce gros insecte a une tête aplatie, surmontée de deux gros yeux globuleux.

Chez les cigales, ce sont les mâles qui chantent. Ils se font aller le tambour pour attirer les femelles (c’est un des mécanismes de la sélection sexuelle). Contrairement aux orthoptères qui utilisent leurs ailes et leurs pattes pour charmer (ou pour produire leurs stridulations), les cigales utilisent des membranes situées sur le côté de leur abdomen. On les appelle des timbales. Lorsque les muscles qui relient les timbales se contractent rapidement, elles vibrent* et produisent le chant (la note) que nous connaissons. Et pour amplifier le tout, le son passe par des sacs aériens qui agissent comme des caisses de résonance. On peut entendre leur chant à environ 1 kilomètre de distance!

Les cigales émettent un bruit en continue (d’une quinzaine de secondes) qui commence doucement, devient très fort et diminue graduellement. À son sommet, le son est aussi fort que celui d’un moteur de tondeuse. On peut aisément dire que cet insecte d’environ 4 cm est pas mal bruyant pour sa grosseur.

Bien que les chants soient destinés aux femelles, les autres mâles sont souvent stimulés par les vibrations. Ça leur donne, eux aussi, le goût de chanter. Alors, ils en profitent! Plus le chœur de mâles est important, plus le chant se fera entendre de loin et davantage de femelles seront charmées. Donc, ils auront probablement, plus de succès. #teamwork

C’est bien beau de chanter bruyamment, mais il faut aussi entendre! Les cigale sont toutes dotées de tympans pour capter les sons, eux aussi situés sur l’abdomen.

Alors, à la prochaine journée ensoleillé, sors prendre l’air pour assister au concert des cigales caniculaires. Et pas de panique, comme le disait La Fontaine dans sa fable, elles chantent tout l’été!

NOTES

* On parle ici d’environ 500 contractions musculaires à la seconde. Ça, c’est de la vibration!

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211
Qc-Nature
La sélection artificielle : Frankenstein vs les petits agneaux

On va t’expliquer ici le lien entre le monstre du docteur Frankenstein et les petits agneaux d’élevage qui gambadent dans les champs. C’est quoi le rapport? Les deux sont issus de transformations induites par les humains.

On va t’expliquer ici le lien entre le célèbre monstre du docteur Frankenstein et les adorables petits agneaux d’élevage qui gambadent dans les champs. C’est quoi le rapport? C’est tellement simple! Les deux sont issus de transformations induites par les humains.  

Le bon docteur Frankenstein voulait créer une nouvelle espèce et découvrir le secret de la vie et de la mort… (Malheureusement pour lui, ça ne s’est pas passé comme il l’avait prévu…)* Et les petits agneaux des élevages sont nés suite à un choix conscient d’un humain qui découle d’un concept préhistorique** : la sélection artificielle. Attention, on ne te parle pas de manipulation génétique aves des pipettes et des éprouvettes, mais bien du choix des géniteurs (généralement dans les élevages) pour leurs caractères qu’on veut transmettre à la génération suivante.

Par exemple, dans un élevage de moutons, si on choisit pour l’accouplement le bélier avec la meilleure santé et la plus belle laine et la brebis qui produit le plus de petits, on a des fortes chances d’avoir pleins de petits agneaux forts et bien laineux. Avec des mots scientifiques, on pourrait définir la sélection artificielle comme un moyen pour les humains de contrôler la reproduction d’animaux en sélectionnant certains phénotypes*** qui présentent des traits particuliers. On augmente ainsi la fréquence de ces traits, par hérédité, dans les générations suivantes. Ce sont donc les préférences des humains qui dictent la transmission de caractéristiques chez ces animaux. (À l’instar du pauvre docteur Frankenstein qui voulait jouer à « inventer des espèces », on fait pas mal la même chose.)

Pour bien comprendre la sélection artificielle, il faut l’opposer avec la sélection naturelle. Dans les phénomènes qui composent cette dernière, les individus avec des caractéristiques favorables à une meilleure survie seront sélectionnés. Les facteurs environnementaux (comme la compétition, les perturbations, le milieu naturel) exercent une pression sur les populations (sur les individus) et influencent la sélection « par la nature » ou « de manière naturelle ». Ainsi, avec le temps, les individus seront mieux adaptés pour survivre grâce à leurs caractéristiques. C’est un processus qui se fait sur des centaines d’années et ça se fait sur des populations entières, donc à très grande échelle. La sélection naturelle permet alors une grande biodiversité dans la nature, incluant une diversité génétique permettant à la sélection de se poursuivre.  

Dans la sélection artificielle, tout est orienté vers l’humain. C’est donc nous qui exerçons une pression sur les individus et non pas, la nature. Les caractères sélectionnés ne sont généralement pas des traits favorables à la survie, mais bien ceux souhaités par les humains, pour un objectif précis, qui souvent a des critères économiques. Parfois, en quelques mois seulement, on peut créer de nouvelles espèces (ou sous-espèces, ou variétés) permettant une grande rentabilité. Il en résulte des élevages, avec les traits souhaités, oui, mais consanguins et avec un bassin génétique restreint.  

On a mis cette image de poulets en liberté, mais les élevages aviaires ressemblent rarement à ça…

Après ce portrait plus ou moins reluisant de la sélection artificielle, tu te demandes probablement pourquoi on s’amuse à imiter le docteur Frankenstein avec nos animaux d’élevage (et nos animaux domestiques)! La plupart du temps, c’est une question de rentabilité, de productivité et de demande. On choisit donc des traits qui ont de la valeur (goût, productivité, grosseur, etc.). Par exemple, dans un élevage de poulets, on souhaite produire des œufs, de la viande et des nouveaux poulets. On va donc choisir des individus de variétés et des types différents qui sont performants et/ou qui sont bien en chair et/ou qui sont productifs (qui font beaucoup de petits). Ces poulets vont se reproduire ensemble (c’est la sélection artificielle croisée). Quand on arrive à notre but après quelques générations, on va maintenir notre élevage « mieux et plus », en reproduisant nos poulets ensemble.  

Alors, quand j’achète ma douzaine de « gros œufs » à l’épicerie, c’est parce que quelque part, quelqu’un a choisi les poulets qui faisaient les plus gros œufs. Et parce que je continue d’acheter les mêmes « gros œufs », les éleveurs continuent de choisir les individus reproducteurs dans leur élevage, plutôt que de laisser la nature faire son travail.

On fait la même chose avec nos animaux domestiques, avec les abeilles en apiculture et avec les plantes. Penses à l’épi de maïs que tu as dégusté à l’épluchette en août dernier. En réalité, un épi de maïs naturel non sélectionné, c’est petit et ça ressemble à du blé…  

Bien que du point de vue économique, la sélection artificielle peut avoir des avantages importants, les désavantages sont notables. En plus des problèmes de santé dus au bassin génétique réduit des élevages et à la forte consanguinité****, pour faire une sélection efficace, il faut souvent y aller par expérimentation et ça ne se passe pas toujours comme prévu (parles-en à Frankenstein, voir!). Et finalement, comme lorsqu’on parle de brassage génétique ou de fécondation in vitro, la redoutable question de l’éthique qui se pose. Au nom de la rentabilité, les humains devraient-ils intervenir dans les processus de sélection qui devraient s’opérer de manière naturelle? Est-ce qu’on devrait créer plein de petits Frankenstein ou bien laisser les poules faire des œufs de toutes les grosseurs? C’est un débat ouvert, écris-nous!

NOTES

* ***SPOILER ALERT*** Pour ceux qui n’ont jamais lu le classique de Mary Shelley, Frankenstein; or, the Modern Prometheus, il faut savoir que ce n’est pas une histoire jojo. La création du talentueux docteur, à peine née, hideuse, violente et mal adaptée, est rejetée immédiatement. Elle tombe dans un tourment qui alimente un désir fou de venger son existence malheureuse. Commence alors une infernale et sanglante poursuite à travers le globe, où la créature cherche son créateur, détruisant, cognant, brutalisant et tuant tout sur son passage. Le monstre retrouve enfin Frankenstein (le docteur) et lui demande de créer une madame monstre, question de ne plus être horriblement seul. Le docteur, horrifié par la possibilité d’avoir créé une abominable nouvelle espèce de monstre, refuse. La créature, aveuglée par la haine de son créateur, tue alors le frère de Frankenstein, son meilleur ami, sa femme et on en passe… Le sang gicle et les tripes revolent. Frankenstein, n’ayant plus de véritable raison de vivre puisque tous ceux qu’il aimait sont morts, se promet de se venger à son tour et poursuit sa création jusqu’en Antarctique, où il tombe dans l’eau glacée et meurt. Sa créature, apprenant la mort du docteur, est finalement rongée de remords et disparait pour toujours dans l’étendue de glace. Donc, tu vois pourquoi on disait que ça ne s’est pas passé comme l’avait prévu Frankenstein.  

** Pourquoi préhistorique? La sélection artificielle des plantes et des animaux clés dans les sociétés humaines (comme le riz et les chiens par exemple) est une pratique qui existe depuis la préhistoire!  

*** Un phénotype, c’est, simplement dit, un ensemble de caractéristiques physiques. On l’oppose au génotype, qui rassemble les caractères génétiques des individus.  

**** Remarque qu’on ne t’a pas énuméré les problèmes de santé qui peuvent résulter de l’élevage artificiel. Il existe des milliers d’articles en ligne sur le sujet. Il suffit de quelques clics pour tomber sur les cas extrêmes des vaches Blanc bleu belge ou des cochons piétrains qui sont tellement enflés que leur squelette fait limite l’affaire pour les supporter, souvent montrés couchés sur le flanc, incapables de se tenir debout. Les documentaires chocs sont aussi nombreux. La BBC a publié en 2009 un documentaire controversé Chiens de race, les maîtres fous (Pedigree dogs exposed), sur les races d’élevage canin. On t’invite à faire tes recherches.  

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Pixabay

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