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Découvrir la nature avec nos yeux d’expert.e.s

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Choix du naturaliste
Les aires marines protégées : le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent

Plonge dans les profondeurs du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent et découvre pourquoi ce refuge aquatique est essentiel à la biodiversité du Québec.

Quand on pense aux aires protégées, on imagine souvent des forêts, des montagnes ou de vastes territoires sauvages. Pourtant, une grande partie de la biodiversité se trouve sous l’eau. C’est pourquoi il existe aussi des aires marines protégées : des territoires aquatiques où les activités humaines sont encadrées afin de préserver les habitats et les espèces qui y vivent.

Au Québec, l’un des meilleurs exemples est le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, un lieu unique où se rencontrent les eaux du fjord du Saguenay et de l’estuaire du Saint-Laurent.

L'embouchure de la rivière Saguenay

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Un carrefour de biodiversité

À la rencontre des eaux douces et salées, les courants brassent des nutriments qui favorisent une grande abondance de vie. Plancton, poissons, oiseaux et mammifères marins y trouvent des conditions idéales pour se nourrir, se reproduire ou se reposer.

C’est cette richesse écologique exceptionnelle qui a mené à la création de l’aire marine protégée en 1998. Aujourd’hui, plus de 1 200 km² d’habitats essentiels à la biodiversité marine québécoise sont protégés grâce au parc.

 

Plus que des baleines

Le parc marin est reconnu mondialement pour l’observation des baleines. Plusieurs espèces de mammifères marins fréquentent régulièrement ses eaux, dont le béluga, le petit rorqual, le rorqual commun, le rorqual à bosse et des phoques.

Le béluga est une des espèces emblématiques du parc. La population du Saint-Laurent y réside toute l’année et fréquente certains secteurs de cette aire protégée qui sont essentiels à la mise bas et à l’élevage des jeunes. La protection de cette espèce a d’ailleurs été l’une des motivations importantes derrière la création du parc.

La richesse du parc ne s’arrête pas qu’aux mammifères marins. Les îles et les zones côtières servent également d’habitats à de nombreux oiseaux. Les eiders à duvet et les garrots d’Islande, des canards marins, y trouvent des sites favorables pour se nourrir ou se reproduire. Plusieurs autres espèces d’oiseaux marins profitent elles aussi de l’abondance de poissons, de mollusques et d’invertébrés présents dans l’estuaire.

Sous la surface, une multitude d’organismes moins visibles comme les algues, les éponges, les étoiles de mer, des tonnes de crustacés et du plancton forment la base d’un vaste réseau alimentaire. Ensemble, ils soutiennent l’un des écosystèmes marins les plus riches du Québec.

 

Pourquoi les protéger?

Comme les milieux terrestres, les écosystèmes marins sont affectés par la pollution, les changements climatiques, la perte d’habitats et les perturbations causées par les activités humaines. Les aires marines protégées permettent de mieux préserver ces environnements fragiles en limitant certaines pressions et en favorisant la conservation à long terme des espèces qui en dépendent. Merci! :)

Zone protégée par le parc marin

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Un trésor à découvrir

Lorsque l’on admire les paysages du Saguenay ou un rorqual à bosse plonger dans les eaux du Saint-Laurent, il est facile d’oublier toute la vie qui se cache sous la surface. Pourtant, des milliers d'espèces y vivent et contribuent à l’équilibre de cet écosystème exceptionnel.

Protéger le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, c’est protéger bien plus que des baleines : c’est préserver tout un monde vivant, des minuscules organismes comme le plancton jusqu’aux plus grands mammifères marins. C’est également veiller sur l’un des plus grands trésors naturels du Québec, un milieu qui a contribué à façonner les paysages spectaculaires du Saint-Laurent et l’histoire des communautés qui vivent sur ses rives depuis des générations.

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Par Anne Frédérique, chargée de projet, conception

Sources images : Pierre André, Luca Galuzzi, Parc marin du Saguenay–Saint-Laurent (carte)

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Vedette du mois
Facettes du pin gris

Savais-tu qu’un arbre dépend du feu pour se reproduire? Pars à la découverte du fascinant pin gris, un conifère emblématique de la forêt boréale.

SÉRIE SPÉCIALE : LES HAUTS PLATEAUX ET NOUS

Tu as fort probablement déjà croisé la route du pin gris lors d’une randonnée. C’est en effet l’un des conifères les plus répandus au Canada* et il est très présent dans nos forêts boréales.  

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Peux-tu l’identifier?

Une fois que tu as déterminé qu’il s’agissait bien d’un pin, et non d’un sapin ou d’une épinette, il faut aussi t’assurer que c’est le bon type de pin! Pour le distinguer des autres, tu peux notamment regarder les aiguilles. Chez le pin gris, elles sont toujours en faisceau de 2 et elles sont courtes (2 à 4 cm). Tu ne peux pas te tromper ni avec le pin rouge, où elles font au moins 10 cm, ni avec le pin blanc, où elles sont regroupées en faisceau de 5. Il faut faire un peu plus attention en dehors des milieux naturels : on peut retrouver des pins importés dans des jardins et certains sont similaires à notre pin gris indigène. Il y a notamment le pin sylvestre, qui a des aiguilles en faisceau de deux un peu plus longues.

Au Québec, nous avons quatre espèces de pins indigènes. A- Pin gris. B- Pin blanc. C- Pin rouge. D- Pin rigide.

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Un pionnier de la forêt

Le pin gris est l’une des premières espèces à apparaitre après un incendie en forêt, ce que l’on appelle une espèce pionnière (comme le bouleau).  

C’est notamment grâce au sérotinisme - un beau mot pour te démarquer au scrabble ou à la boulette! C’est une adaptation qui lui permet de conserver ses graines longtemps dans ses cônes et de les protéger des effets du feu grâce à de la résine qui les scèle. C’est la chaleur des feux de forêt qui aide cette résine à fondre, libérant les graines au moment opportun, après son passage. On peut donc dire que la reproduction des pins gris est liée aux feux de forêts.

Le pin gris joue un rôle essentiel en tant qu’espèce pionnière, car il permet, à la suite d'un feu, d’accélérer la réhabilitation du milieu, d’enrichir les sols et de commencer à reconstituer la forêt.

Les fameux cônes

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Un habitat de choix

Le pin gris apporte également un habitat pour de nombreux animaux, dont le tétras du Canada. En effet, c’est une des sources de nourriture essentielles pour cet oiseau résident de la forêt boréale et des hauts plateaux de Charlevoix, qui se nourrit de ses aiguilles, de ses bourgeons et de ses pousses en hiver.

La paruline de Kirtland, une espèce en voie de disparition au Canada affectionne également le pin gris. Cette paruline est concentrée proche des Grands Lacs et des observations sont faites en Ontario et au Québec. Elle niche sur le pourtour des forêts denses de cette espèce de pin, cachant son nid dans la végétation au sol et chantant du haut des plus grands arbres.  

Une paruline de Kirtland mâle

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Alors, pendant ta prochaine balade en forêt, regarde bien le conifères! Tu devrais maintenant pouvoir identifier le pin gris avec ses cônes sérotineux. Avec un peu de chance, tu arriveras peut-être aussi à voir un tétras ou une paruline de Kirtland!

NOTES

* On retrouve aussi le pin gris dans quelques états du nord des États-Unis.

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Par Aurélien, directeur des opérations

Sources images : GUEPE, Doug McGrady, Joel Trick of U.S. Fish and Wildlife Service Headquarters,

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Ailleurs
Loutres, oursins et forêts sous-marines : une histoire de dents, d’algues et d’équilibre

Une loutre affamée, des oursins gourmands et des algues géantes : découvre comment un simple repas peut façonner tout un écosystème.

Imagine un paysage sous-marin grouillant de vie, baigné de lumière filtrée par d’immenses algues ondulantes. Ce n’est pas un décor de film fantastique : c’est une forêt de varech, un véritable écosystème peuplé d’animaux tels que des poissons, des crabes, des étoiles de mer, des phoques et des oiseaux marins qui y trouvent refuge. Mais cet équilibre fragile peut basculer… à cause d’un petit animal avec piquants, l’oursin.  

Et c’est là que la loutre entre en scène. Pas pour sauver le monde, mais parce qu’elle a faim.

Forêt de varech

Le varech, pilier des côtes du Pacifique

Le varech géant (Macrocystis spp.) est l’une des plus grandes algues marines au monde. Il pousse rapidement, capte le carbone de l’atmosphère et offre un habitat foisonnant pour de multiples espèces marines. On parle parfois de forêts bleues, tant leur importance écologique rivalise avec celles des forêts terrestres.  

Mais contrairement aux arbres bien ancrés dans le sol, le varech est vulnérable. Il ne suffit que d’un déséquilibre pour qu’il disparaisse et que tout cet écosystème s’effondre avec lui.  

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Quand les oursins prennent le contrôle

Les oursins, de petites boules piquantes, sont friands de varech. À faible densité, ils broutent sans trop de conséquences. Mais sans prédateurs pour les réguler, leur population peut exploser. Résultat : ils rasent les fonds marins, ne laissant qu’un désert violet de coquilles piquantes. Ce phénomène porte un nom : urchin barrens, littéralement, des zones stériles d’oursins.  

Ces zones sont de véritables no man’s land sous-marins. Plus de cachettes pour les poissons. Plus de substrat pour les larves. Juste des oursins… et le silence.  

Les forêts de kelp de Gwaii Haanas, en Colombie-Britannique, ont déjà vu de meilleurs jours...

La loutre, ennemie des oursins

Heureusement, certaines espèces raffolent des oursins. Et en tête de liste : la loutre de mer (Enhydra lutris).  

Contrairement aux phoques ou aux lions de mer, la loutre ne plonge pas profondément et ne chasse pas les gros poissons. Elle préfère fouiller les fonds rocheux, à la recherche de proies coriaces : oursins, palourdes, crabes… Elle les brise contre une pierre posée sur son ventre, un des rares cas d’usage d’outil chez les mammifères marins.  

Ce goût prononcé pour les oursins n’est pas anodin. En mangeant les plus gros individus, les loutres de mer réduisent considérablement leur capacité de reproduction et empêchent leur expansion. Là où elles sont présentes, les forêts de varech prospèrent. Là où elles sont absentes, les oursins dominent, et les forêts disparaissent.  

Des loutres de mer, migonnes ET essentielles... quoi demander de plus!

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Une cascade écologique qui profite à tout le monde

Ce lien entre les loutres de mer, les oursins et le varech est un exemple classique de cascade trophique : un prédateur influence indirectement des espèces situées plus bas dans la chaîne alimentaire. Ici, la loutre n’agit pas sur la feuille de varech directement, mais sa simple présence en détermine la survie.  

Et ce n’est pas juste bon pour les algues… Des études ont montré que le retour des loutres en Colombie-Britannique permet non seulement de restaurer les forêts de varech, mais aussi d’augmenter la biodiversité, de soutenir les stocks de poissons commerciaux, et même de séquestrer davantage de carbone.  

Ainsi, comprendre ce lien entre ces trois espèces, c’est prendre conscience que même les équilibres les plus complexes peuvent parfois reposer sur un seul animal… et sur ce qu’il choisit de mettre au menu.  

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Par Arthur Gandin, éducateur-naturaliste

Sources images : David Ciani, Lynn Lee / MTE, Karney Lee, USFWS

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Question du public
Mini-guide des indices de présence des hauts plateaux

Sur les hauts plateaux, les animaux sont discrets, mais ils sont bien là. Apprends à lire les indices qu'ils laissent derrière.

SÉRIE SPÉCIALE : LES HAUTS PLATEAUX ET NOUS

Sur les hauts plateaux, la faune se fait discrète, mais la montagne raconte son passage à qui sait regarder. La neige garde l’empreinte de petits ou grands visiteurs. Les branches cassées et les herbes aplaties sont les témoins de moments de repos ou de broutage. Ici et là, une plume ou une touffe de poils est abandonnée au détour d’un rocher. Les nids, parfois cachés dans les touffes de végétation ou sous les arbustes, révèlent la cachette d’un oiseau ou d'un petit mammifère. Le vent du sommet pousse parfois des chants et des cris qui laissent deviner que les animaux, bien qu’invisibles, sont bel et bien présents. Chaque indice, aussi subtil soit-il, offre un coup d'œil sur la vie qui habite ses milieux alpins.  

Tu aimerais être capable de comprendre ce que la montagne te raconte? Voici ton mini-guide pour identifier les indices de présence de la faune des hauts plateaux.  

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Lièvre d’Amérique

On reconnaît ses empreintes aux quatre pattes disposées en forme d’Y. De petits tas de crottes rondes, dispersés ici et là, trahissent ses passages et ses haltes pour se nourrir. Les jeunes pousses, les herbes et même le bas des troncs d’arbres portent parfois les signes de son broutage, grignotés ou couchés sous le poids de son passage.

Kristof Lauwers -Shutterstock

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Caribou

Les pistes de caribous, reconnaissables à leur forme plus ronde que celles des autres ongulés, peuvent être observées sur la neige ou dans la boue, notamment dans les ravages – le site où ils se réfugient en période hivernale pour se protéger de manière plus efficace. Leurs sabots leur permettent de creuser la neige pour atteindre le lichen, leur nourriture préférée.

U.S. National Park Service

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Campagnol des rochers

On peut repérer sa présence grâce à de petits sentiers tracés entre les roches et à des fragments de plantes légèrement grignotées, souvent dissimulés sous des racines ou des pierres. En hiver, on peut voir ses pistes bondissantes et les entrées de ses tunnels. Lorsque la neige commence à fondre, on peut voir les vestiges de ces derniers.

Susan Pike

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Renard roux

Le renard laisse des empreintes avec des traces de griffes apparentes. Il marque souvent son territoire avec des excréments visibles, habituellement laissés en hauteur (sur une roche ou une souche). Sa piste est généralement en ligne droite.  

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Tétras du Canada

Le tétras du Canada laisse des traces formées de quatre orteils orientés vers l’avant munis de griffes, et un coussinet plantaire distinct. Comme les autres oiseaux galliformes, le tétras prend des bains de sable laissant des marques dans le sol meuble. En hiver, on peut aussi observer des cavités laissées par son corps sous les branches basses.

Rocks National Lakeshore-NPS

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Gélinotte huppée

Les traces de la gélinotte ressemblent à celles du tétras, mais sont légèrement plus larges. Elles commencent et finissent de façon soudaine, avec des empreintes d’atterrissage, facilement visibles en hiver. On lui reconnaît aussi deux types de fientes : une plus liquide, brun pâle, et une plus sèche, en forme de petits tubes courbés.

Linda J. Spielman

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Écureuil roux

L’écureuil roux laisse des pistes de sauts, avec les pattes postérieures laissant des traces en avant des pattes antérieures. Autour des arbres et sur le sol, on peut trouver des restes de nourriture : graines rongées, cônes de conifères vidés ou petits morceaux de noix éparpillés. Il n'est pas rare de l’entendre : son cri en trille aigu avertit ou signale sa présence.

Anne F. Préaux

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Porc-épic

Dans la neige, un large sillon profond trahit ses déplacements sur ses courtes pattes, souvent depuis le bas d’un arbre où il a grimpé pour se nourrir. Au sol et sur les troncs, on peut observer des écorces rongées et des retailles caractéristiques, signes de ses repas.

USDA Forest Service/Lynn_Bystrom

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La prochaine fois que tu pars en randonnée sur les hauts plateaux, ouvre grand les yeux tout le long du sentier et laisse tes pas suivre ceux de la faune. Regarde la neige, les rochers et les touffes d’herbe. Écoute le vent… Chaque détail raconte une histoire, et en apprenant à les lire, tu découvriras un monde insoupçonné.

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Par Anne Frédérique, chargée de projet, conception

Sources images : Kristof Lauwers -Shutterstock, U.S. National Park Service, Susan Pike, Rocks National Lakeshore-NPS, Linda J. Spielman, Anne F. Préaux, USDA Forest Service/Lynn_Bystrom,

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Aventures d'un.e naturaliste
Là où le vent nous remet à notre place : visite d'un haut plateau

On accompagne David sur les hauts plateaux, pour voir, mais aussi, pour se reconnecter.

SÉRIE SPÉCIALE : LES HAUTS PLATEAUX ET NOUS

Le réveil sonne avant l’aube, mais je suis déjà réveillé. Il y a des matins où l’on sent, avant même d’ouvrir les yeux, que quelque chose nous attend dehors. Une lumière particulière. Un souffle. Une promesse.

Dans la cuisine encore sombre et silencieuse, je prépare mon stock. Chaque geste a son importance : remplir ma gourde, préparer mes collations et glisser mes jumelles dans mon sac. Le simple fait d’avoir mes jumelles en main me rappelle pourquoi je pars : observer, m’émerveiller, aller me ressourcer en pleine nature, dans nos belles montagnes charlevoisiennes.

Dehors, l’air est froid et vif. Il pique juste assez pour réveiller le corps et clarifier l’esprit. Le ciel commence à pâlir et je sens monter en moi cette motivation que je n’arrive jamais à expliquer complètement. Ce n’est pas une obligation. Ce n’est pas une mission. C’est un besoin! Un besoin de me reconnecter. De marcher vers un lieu qui me dépasse. De retrouver ce silence particulier des hauts plateaux, de vivre cette sensation de vertige, et de « petitesse », quand je me retrouve au sommet.

Je ferme la porte derrière moi. Le jour n’est pas encore levé, mais l’aventure, elle, a déjà commencé.

La voiture démarre tranquillement, encore enveloppée de la lumière bleutée du petit matin. Sur la route qui serpente vers les montagnes, je sens déjà la transition s’opérer. Le monde humain s’efface peu à peu, les maisons deviennent rares, les champs laissent place aux forêts et, bientôt, aux sommets. J’aime ce moment. Je roule lentement pour profiter de ce paysage changeant. Les sommets se rapprochent et, avec eux, cette impression familière d’aller vers un lieu qui me remet à ma place.

Au pied de la montagne, je coupe le moteur. Le silence retombe d’un coup, presque solennel. Je reste un instant assis, les mains encore sur le volant, à écouter ce silence qui n’est jamais vraiment vide : un ruisseau quelque part, un vent léger dans les branches, un oiseau matinal qui s’annonce.

Puis, vient le rituel : puvrir le coffre, sortir le sac, ajuster les sangles. Vérifier l’eau, les couches de vêtements. Rien de spectaculaire, mais tout est important. La préparation n’est pas une formalité : c’est une façon de dire au milieu que je viens avec respect, que je suis prêt à m’adapter à lui, pas l’inverse. Quand je referme la portière, un frisson me traverse.

Pas de froid.

D’anticipation.

Le sentier m’attend.

Et moi, je suis enfin prêt. J’ai hâte!

À mesure que j’avance sur le sentier, les épinettes se recroquevillent, tordues par des années de vent et de neige. Elles ressemblent à des silhouettes qui auraient appris à survivre en se faisant discrètes. Je m’arrête souvent. Je touche l’écorce rugueuse, j’écoute le frottement des branches. Ici, tout raconte une histoire de résistance. Autour de moi, les mousses et les lichens forment un tapis minuscule et si fragile! Certains de ces organismes poussent de quelques millimètres par année. Je me penche, je les observe longuement. Ils me rappellent que ce milieu n’a rien d’acquis, rien d’évident. Qu’il suffit parfois d’un pas mal placé pour effacer des années de croissance. C’est dans ces moments-là que je me souviens pourquoi on a lancé le projet « Les hauts plateaux de Charlevoix et nous », pourquoi c’est important de faire attention où on pose les pieds.

Le sentier serpente entre les roches. Je le suis religieusement. Pas par obligation, mais par gratitude. Quand on voit à quel point la végétation est mince, à quel point le sol est vulnérable, on comprend pourquoi il faut rester « sur la track », pourquoi le camping doit se faire plus bas, pourquoi chaque détour improvisé laisse une cicatrice qui mettra des décennies à disparaître.

Je croise deux randonneurs. On échange un sourire, quelques mots. Ils me demandent si c’est normal que le sol soit « aussi sec » à ce moment de l’année. Je leur raconte ce que j’ai observé. Le vent qui arrache tout. La lenteur des lichens. Les arbres qui se battent pour quelques centimètres. Ils repartent en silence, un peu plus attentifs, un peu plus connectés. Et je me dis que c’est peut-être ça, le cœur du projet : faire naître une conscience, pas imposer un comportement.

Plus loin, un grand corbeau semble se chicaner avec un autre oiseau. Le cri du corvidé déchire le silence! Je me fige, je dégaine mes jumelles et j’observe la guerre de territoire qui se présente sous mes yeux en plein ciel. Deux maîtres des lieux! Le grand corbeau… et le faucon pèlerin! Le p’tit gars et le naturaliste en moi « capote ». Quel rapace incroyable! La scène dure quelques secondes et le calme des sommets revient. Je reste quelques instants le regard perdu dans le ciel. Ces instants-là, on ne les provoque pas. La nature se révèle à ceux qui prennent… le temps.  

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J’arrive au sommet pour dîner! Il n’y a pas de meilleure place pour se reposer après l’effort de la montée. Le vent frais me sèche le dos et je respire à plein poumons cet air qui me semble si bon! Moment zen au sommet. Après ce ressourcement, je ramasse mes affaires, je m’assure que je n’oublie rien et que je n’ai rien laissé tomber par terre et je repars dans le sentier pour amorcer ma descente. La fin de journée arrive, la lumière devient dorée. Les roches s’illuminent, les ombres s’allongent et le vent se calme enfin. De retour à mon auto, je quitte mes bottes de randonnées pour me dégourdir les pieds et je dépose mon sac pour reposer mes épaules un peu engourdies par l’effort. Une fatigue si saine! Je repense à tout ce que j’ai vu, à tout ce que j’ai ressenti, à cette impression d’être minuscule, mais profondément vivant.

Les hauts plateaux ne sont pas seulement un lieu à visiter, des défis à relever. Ils nous apportent tellement plus. Ils nous apprennent la patience, l’humilité et la délicatesse. Ils nous rappellent que la nature n’est pas un décor, mais une relation.

Et c’est peut-être ça, au fond, le message le plus important de notre projet :
protéger ce milieu, c’est protéger la possibilité même de ressentir quelque chose.

Je finis de paqueter mon auto et j’embarque derrière le volant, laissant derrière moi cet horizon montagneux, le sourire aux lèvres et l’esprit en paix. Avec la certitude que je reviendrai. Pas simplement pour voir, mais surtout pour me reconnecter.

À bientôt!

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Par David, directeur du développement des affaires

Sources images : Paysages

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