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Découvrir la nature avec nos yeux d’expert.e.s

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Quoi faire?
Le plein air, c’est quoi?

Escalade de glace, randonnée pédestre, raquette dans la neige fraîchement tombée, kayak de mer, rabaska, canot-camping, vélo de montagne. Oui, c’est des beaux exemples d’activités de plein air. Mais, c’est quoi le plein air?

Escalade de glace aux Chutes Montmorency, randonnée pédestre en plein cœur de l'Estrie, raquette dans la neige fraîchement tombée, kayak de mer autour de l’Île-aux-Amours, au Bic, rabaska sur la rivière des Prairies, canot-camping sur le St-Maurice, vélo de montagne sur les Montérégiennes. Oui, c’est des beaux exemples d’activités de plein air. Mais, c’est quoi au juste ça? « Plein air », ça veut dire « à l’extérieur » (où l’air n’est pas confinée). Si on ajoute le mot « activité », ça peut créer des petites confusions.

D’abord, faisons la différence entre les « activités en plein air » et les « activités de plein air ». Les « activités en plein air », ce sont des événements qui ont lieu à l’extérieur. On inclut ici les cinémas en plein air, les foires, les magasins extérieurs, les marchés publics, mais aussi les activités DE plein air. Les « activités de plein air » (celles qui nous intéressent ici) incluent les sports et loisirs qui se déroulent dehors dans un rapport dynamique avec la nature. Pour ce qui est de la suite de la définition, tout le monde ne s’entend pas. Généralement, on considère les activités de plein air comme non-compétitives, non-motorisées* et elles présenteraient des risques et/ou des imprévus.

On liste traditionnellement comme activités de plein air le vélo, la randonnée, la raquette, les loisirs et sports nautiques (canot, kayak, rafting, planche à pagaie, voile, etc.), le ski, l’escalade extérieure, la spéléologie. Ajoute ici une ribambelle de nouvelles activités qui sont de plus en plus populaires : plongée, observation de la faune, traineau à chiens, fatbike, géocaching, slackline, parapente, canyoning, yoga extérieur, etc., etc., etc.

Depuis quand c’est cool?  

Les activités de plein air existent depuis que les humains sont émerveillés par la nature et qu’ils veulent en profiter autrement que pour leur subsistance. Il faut donc faire une micro différence entre les peuplements nomades au Paléolithique qui se déplaçaient en suivant les troupeaux et nous qui parcourrons la réserve du Cap-Tourmente un samedi matin. Oui, les premiers humains faisaient de la randonnée pédestre, mais c’était directement lié à leur survie. Même histoire avec l’utilisation de raquettes et de canots comme outils de déplacement, par les Premières nations. Heureusement, quelques aventuriers se sont inspirés de ces ingénieux prédécesseurs et ont développé la pratique du plein air dans un cadre organisé.

On dit que c’est à la fin du 18e siècle, alors que l’alpinisme de groupe (dans les Alpes en France) et la spéléologie deviennent des loisirs de plus en plus communs, qu’on commence à voir apparaître les notions de plein air. Un siècle plus tard, motivé par la qualité de vie pas mal dégueux dans les villes qui s’industrialisent**, le monde, en quête d’air pur, ressent l’appel de la nature sauvage. C’est le début du camping organisé. Après 1940, alors qu’aller en nature est chose relativement courante pour les bonnes familles, on constate une diversification des approches et des pratiques. Ski, canot-camping, expédition vers le Nord du Canada, rabaska : une offre qui répond à la demande.

Aujourd’hui, on parle de plein air de masse. Et c’est une bonne chose! Au début des année 1990, les sports extrêmes, comme le vélo de montagne, l’escalade, le kayak, ont connu un essor important. Cet engouement a permis de démocratiser la pratique du plein air. Puis s’en ait suivi une véritable vague « plein air ». La qualité et l’accessibilité du matériel et des sites de plein air, ainsi que l’accès à l’information sont les deux principaux  moteurs de cette popularité fulgurante. Le plein air, c’est pour tout le monde et ce, même en ville.  

Au Québec

Les deux tiers des Québécois pratique une ou des activités de plein air. C’est beaucoup de monde. Ça représente une large majorité de la population qui fait de l’activité physique et qui profite de la nature. En plus, on ne va pas se le cacher, qui participe à remplir les coffres d’un secteur économique important de notre province.***

Ce que les Québécois aiment : le vélo sur route et sur piste cyclable, la randonnée pédestre et la marche hivernale en sentier. Pas loin derrière, la raquette, le canot et le kayak figurent dans le top 10 des activités de plein air les plus pratiquées. Et on ne fait pas ça en solo. Au Québec, le plein air, c’est une histoire de gang, de famille ou d’amoureux. Les jeunes sont d’accord à 84 % : ils feraient plus d’activités de plein air s’ils avaient plus d’opportunité, ce qui est très encourageant pour le futur de la pratique.  

Montréal et le plein air urbain

Opportunité, c’est souvent synonyme de proximité. À Montréal, la pratique du plein air est riche, mais encore méconnue. Avant d’aller plus loin, tu vas nous dire que « plein air » et « urbain », c’est contradictoire. Et on va te répondre que t’as raison! Le contact avec la nature en plein cœur d’une métropole, ce n’est pas facile à imaginer, mais c’est réel. Le concept de plein air urbain, c’est une notion élargie du plein air. Le rapport dynamique avec la nature se fait dans les espaces verts et les parcs urbains, dans les écoterritoires de la trame verte et bleue de Montréal par exemple.

La piste cyclable qui longe la rivière des Prairies, sur le Parcours Gouin, c’est l’endroit idéal pour faire du plein air en milieu urbain. C’est une activité physique qui offre un rapport privilégié avec la nature, mais en ville. Escalade extérieure au Parc Jean-Drapeau, randonnée pédestre dans le parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard, canot sur le lac des Deux-Montagnes, le surf et la descente en rafting des rapides de Lachine. Pas de blague, la liste est longue pour faire du plein air à proximité, même pour les Montréalais. La plupart des sites sont même accessibles en transport en commun. Là, on parle d’opportunités!  

Les biens faits du plein air  

Que ce soit entre deux gratte-ciels à Montréal, dans l’astroblème de Charlevoix ou dans l’immensité de la Côte-Nord, tout le monde s’entend sur les bienfaits de la pratique du plein air. Évidemment, l’activité physique que ça implique est sans aucun doute excellente pour quiconque. On ajoute à ça, le contact avec la nature : ça réduit le stress, ça stimule nos sens, notre concentration et notre créativité, ça nous rend de meilleure humeur et de manière générale, ça nous tient en meilleure santé. Plus de nature, c’est aussi des milieux de vie plus intéressants. Par ricochet, investir dans la nature, c’est favoriser, non seulement le récréotourisme, mais aussi la biodiversité!! Win-win!  

Au Québec, en ville et ailleurs, il y a un énorme potentiel pour la pratique du plein air et son développement. Alors ouvre l’œil, dans les prochaines années, l’offre va exploser d’avantage avec des activités d’initiation en tout genre, faciles d’accès, dans différents lieux (de plus en plus inusités peut-être), où tu peux louer du matériel ou l’acheter à petit prix. C’est un futur extrêmement intéressant, n’est-ce pas?  

NOTES

* Honnêtement, tu peux avoir la définition qui te fait plaisir, si tu veux inclure la motoneige dans les activités de plein air, you do you. On fait juste synthétiser la littérature qui existe déjà.

** Les villes sont en pleine expansion, ce qui vient avec son lot de pollution et des normes d’hygiène qui ne sont pas tout à fait au point. À l’instar des milieux urbains de l’époque, des maladies comme la tuberculose, sont, elles aussi, en pleine expansion. #contrairedecool

*** L’impact économique annuel de la pratique des activités de plein air (incluant la motoneige) au Québec, s’élève à plus de deux milliards de dollars.

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images :  PickPik, Pixabay, Needpix

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Ailleurs
Le Mont d’Iberville, le toit du Québec

Le Mont d’Iberville, cette montagne n’est pas seulement le toit de notre province, c’est aussi une histoire de controverse, d’aventure et un exemple parfait de la diversité de notre paysage.

En cette journée internationale de la montagne, on te présente le plus haut sommet du Québec : le Mont d’Iberville. Cette montagne n’est pas seulement le toit de notre province, c’est aussi une histoire de controverse, d’aventure et un exemple parfait de la diversité de notre paysage.  

Alors, le Mont d’Iberville. Il se situe dans la chaîne des Monts Torngat, qui chevauche le Nord du Québec et la péninsule du Labrador. Cette fameuse montagne, qui est l’un des sommets les plus hauts du pays à l’Est des Rocheuses, fait un humble 1652 m de haut. (Le Mont Everest, le plus haut sommet du monde en fait 8848 et le Mont Logan, le plus haut du Canada, fait 5959 m. Et comme comparatif, le Mont Mégantic, une des Montérégiennes, fait un très honorable 1105 m.) Malgré son élévation relativement basse, on dit du Mont d’Iberville que c’est une montagne spectaculaire avec des arêtes escarpées, des aiguilles glacières (sommet très pointu), le tout entouré de vallées semi-circulaires creusées par les glaciers. Du grand art, quoi.  

Du côté de Terre-Neuve et Labrador, la montagne a un autre nom : le Mont Caudvick (ou Kauvvik). Il a été évalué que le véritable point culminant de la montagne se trouve au côté labradorien de la frontière. Tu te demandes : « Ça veut dire que le sommet le plus élevé du Québec, n’est pas au Québec? ». Oui, et non. C’est chose courante dans le monde que des montagnes se trouvent à cheval sur deux états, qu’elles aient deux noms, et qu’on les partage sans problème entre deux nations. Les montagnes, c’est à tout le monde finalement!

Le sommet à gauche de l’image

Une histoire de controverse

Les montagnes, c’est à tout le monde… Oui et non. Les états qui partagent des montagnes s’entendent généralement, mais la situation est un peu différente quand un des deux noms est relativement insultant pour un des deux états. T’auras compris que c’est un peu ce qui se passe ici. Voyons pourquoi avec un peu d’histoire.  

En 1971, la Commission de toponomie du Québec baptise cette grosse montagne bien piquante le Mont d’Iberville. C’est un hommage à un navigateur français, Pierre Le Moyne, Sieur d’Iberville, connu ici comme un vaillant militaire, grand explorateur et commandant de le marine de France. Ailleurs, c’est celui qui a activement pris part au conflit franco-britannique, dans la Baie d’Hudson, en Acadie et au Labrador, en plus d’attaquer avec succès des colonies et des forts dans toutes les provinces autour du Québec et en Nouvelle-Angleterre. Bref, le monsieur n’est pas trop populaire dans les régions anglophones de l’Est du pays, spécialement auprès des Premières Nations. Le nom choisit par le Québec ne fait donc pas l’unanimité.

Deux noms, deux mondes

Après plusieurs essais par différentes équipes, c’est en 1973 qu’à lieu la première ascension complète du infamous Mont d’Iberville par deux Américains, Christopher Goetze et Michael Adler. Quelques années plus tard, une autre expédition arrive au sommet, et constate que ce dernier est divisible en deux paliers et que le plus haut des deux se trouve du côté de TNL. Le second sommet (on l’appelle une épaule), quelques mètres plus bas, se trouve du côté ouest d’un petit cours d’eau glaciaire, délimitant la frontière des deux provinces. Le sommet de la montagne est officiellement placé au Labrador la même année. Peu de temps après, le Newfoundland Geographic Names Board, le nomme Caubvick. C’est un hommage aux Inuits amenés en Angleterre (1772) comme une curiosité, une étrangeté, du Nouveau Monde aux yeux des Londoniens de l’époque. Une seule montagne a officiellement deux noms, représentant deux mondes complètement différents.

Un lagopède alpin qui chill dans les Monts Torngat

Aride et riche

Le Mont d’Iberville/Caubvik se trouve dans une des plus spectaculaires chaînes de montagnes de l’Amérique du Nord. Bien sûr, elle ne rivalise pas en hauteurs avec les montagnes de l’ouest, mais en beauté, peut-être. Les Monts Torngat sont réputés pour leurs falaises côtières escarpées hautes de 600 m, ses vallées profondes et ses fjords extraordinaires.

La chaînes est bordée par un large plateau, où l’on peut observer des témoins du passé glaciaire de la région sur son pergélisol.

Le couvert végétal qu’on trouve sur la montagne est limité. Le sommet est un désert rocheux, où le lichen et la mousse s’accrochent aux roches. On trouve dans ses micro habitats quelques araignées et de petits insectes. En descendant, se côtoient le long des pentes abruptes, des fougères, des plantes à fleurs, des herbes et des champignons. Pas d’arbres à proprement parler s’y trouvent, sauf quelques épinettes naines et des saules arctiques. Pendant la montée, la végétation est concentrée en bordure des ruisseaux glaciaires. Par contre, les plateaux au bas de la montagne sont reconnus pour leurs nombreuses plantes à fleurs, petites, à ras du sol, pour se protéger des grands vents. C’est le cas des campanules à feuilles rondes et des saxifrage jaune des montagnes. Dans ce climat alpin, les plantes poussent sur une courte période en été, alors que les températures sont les plus clémentes*.

Cette météo extrême ne décourage pas quelques vaillants animaux qui ont élu domicile sur les flancs de la montagnes. Les ours polaires et noirs, les caribous, les loups, les renards arctiques et roux, font partie des espèces de prédateurs du Mont d’Iberville. En contrepartie, on y trouve aussi des lagopède alpins, des lemming et des campagnols. Comme quoi, chaque écosystème, mêmes les plus arides, font de bonheur de certains!  

Le campanule à feuilles rondes, imagine une plaine recouverte à la grandeur!

En plus de contenir de nombreuses richesses géologiques et écologiques, le Mont d’Iberville/Caubvik a une valeur spirituelle importante. Pour les Inuits, les Monts Torngat sont magiques. C’est la demeure de Torngatsoak, un esprit à l’apparence d’un ours polaire gigantesque qui contrôle la vie. Rien de moins. C’est donc un lieu sacré, non seulement par sa beauté unique, mais aussi pour son importance culturelle.

NOTES

* La météo sur les Monts Torngat a la réputation d’être mauvaise, très mauvaise. Les tempêtes de neige peuvent survenir à tous moments, été comme hiver.  

Par Anne-Frédérique, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : M Sadler, Bouketen Cate, Pixabay

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Qc-Nature
Urubu : propreté avant tout

Ce n’est pas un vautour, mais il leur ressemble. C’est un charognard, qui a de la classe. C’est un des gros oiseaux du Québec les plus communs, avec une envergure d’aile de 1,8 m. C’est l’urubu à tête rouge.

SÉRIE SPÉCIALE DES AVANTAGES ÉVOLUTIFS

Ce n’est pas un vautour, mais il leur ressemble. C’est un charognard, qui a de la classe. C’est un des gros oiseaux du Québec les plus communs, avec une envergure d’aile de 1,8 m. C’est l’urubu à tête rouge, un rapace qui mérite d’être mieux connu de tous.  

Dans les milieux naturels, l’urubu à tête rouge joue le même rôle écologique qu’un vautour. Il débarrasse les lieux des vielles carcasses d’animaux morts en les mangeant. C’est un nécrophage. Ce n’est pas un travail charmant, c’est vrai, mais, tu sais ce qu’on dit, il n’est point de sot métier!

On reconnaît facilement la silhouette de ce gros oiseau dans les airs, alors qu’il plane tranquillement au-dessus des arbres. Ses ailes déployées nous laissent voir des plumes grisâtres qui contrastent avec son plumage noir. Vu d’en dessous, c’est un spectacle majestueux.  

Quand on regarde de plus près, certains pourraient dire que le spectacle majestueux devient rapidement un cauchemar. Disons qu’il a une drôle de tête…

¯_(ツ)_/¯

Propreté avant tout

Dépourvus de plume, sa tête est rose (allant jusqu’à rouge vif), avec un petit œil noir, complétée par un bec crochu de la couleur de l’ivoire. Et bien, cet accoutrement étrange, c’est justement ce qui rend l’urubu extraordinaire.  

L’absence de plume sur la tête des urubus est une particularité qui est récurrente chez d’autres espèces de charognards. Ces oiseaux passent des heures à mettre leur tête dans des carasses pour se nourrir. Les chances sont donc élevées que des petits morceaux de tripes ou des filaments organiques gluants ou encore des caillots de sangs se collent à leur plume. Quand les plumes d’un oiseaux sont collantes, elles perdent de leur efficacité. C’est pourquoi, la sélection naturelle aurait voulu que certains oiseaux qui se nourrissent d’animaux morts aient une tête nue ou avec des plumes modifiées, limitant les ainsi les dégâts.  

Un nez pour un bec

Les oiseaux ne sont pas connus pour avoir un odorat bien développé.* C’est aussi ici que l’urubu se démarque. Pour pouvoir profiter de sa tête sans plume avantageuse, il doit trouver de la nourriture. Comment trouver sa nourriture, si elle ne bouge pas et qu’elle ne fait pas de bruit? En la sentant. L’urubu est capable de sentir certains gaz (comme le mercaptan étilique qui a une odeur d’œuf pourri, d’ail et d’oignon, miam) émis par la décomposition de la matière organique. En planant près de la cime des arbres, il sniff pour détecter une carcasse bien fraîche à se mettre sous le bec. Lorsque les relents d’oeuf pourri se rendent à ses narines super soniques, l’urubu sait que le repas est servi!

« Y’a de la viande fraîche au menu! » - Orque du Seigneur des anneaux

Alors, cette oiseau méconnu, et disons-le, malaimé, est en réalité un autre exemple de la merveilleuse ingénierie de la nature. Les urubus ont des avantages qui leur permettent de remplir leur rôle dans les écosystèmes : éliminer les roadkills et les charognes qui trainent. Une bonne raison de louanger ce rapace hors du commun.  

NOTES

* Le grand-duc d’Amérique est d’ailleurs un des principaux prédateurs de la mouffettes (et un des seuls) parce qu’il ne peut pas la sentir… Pratique.  

Sources images : Pixabay, D. Faulder, Sarah Stierch

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Question du public
Quand la mante mange son amoureux

La mante religieuse a des comportements qui suscitent bien des questions : « Pourquoi la mante femelle mange-t-elle le mâle? ». Apparemment, c’est synonyme de succès.

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« Pourquoi la mante femelle mange-t-elle le mâle? »

Dans la veine des animaux avec des pas pire avantages évolutifs, la mante religieuse ne donne pas sa place. On a déjà parlé de ses nombreuses adaptations méga cool. On n’a pas encore adressé un comportement qui, à nos yeux peut paraitre étrange et qui suscite bien des questions : « Pourquoi la mante femelle mange-t-elle le mâle? ». Apparemment, c’est synonyme de succès.  

La vérité

On le répète, bien que ce soit un gros insecte et que ses bras soient l’équivalent de petites scies avec des crochets au bout, la mante religieuse n’est pas dangereuse… Enfin, à moins que tu sois sur le menu. La mante se nourrit de plein de chose* : insectes, autres bibites, amphibiens, vers de terre, une autre mante religieuse, peut-être?

Et oui, cette fameuse histoire. La femelle mante, assoiffée de sang, arrache sans pitié la tête du pauvre mâle lors de l’accouplement. Oui, oui. C’est documenté, ça arrive. Ça s’appelle du cannibalisme sexuel, et la mante n’est pas la seule affamée à faire ça. Toutefois, dans le cas de notre insecte chouchou, cette habitude est un peu exagérée, spécialement dans sa fréquence**. Ce comportement n’est d’ailleurs pas observé chez toutes les espèces de mante.  

Lorsque ça arrive réellement, la pauvre femelle, accusée d’être une sanguinaire, s’en prend effectivement à la tête du mâle. C’est simplement comme ça que les mantes ingèrent leur nourriture, la tête en premier!

Le prix à payer

Ce comportement étonnant, il est très efficace. Une étude a démontré qu’en mangeant le mâle, la femelle obtient des protéines et des nutriments qui composent l’oothèque (le sac dans lequel ses œufs passeront l’hiver) et favorisent la quantité d’œufs qui seront pondus peu de temps après l’accouplement. (On parle ici de 25 % plus d’œufs…. ce n’est pas rien!) Bien sûr, avec nos yeux d’humains, le mâle mante religieuse serait mieux de quitter la femelle après son business et d’aller s’accoupler avec d’autres femelles. Mais, ce sacrifice permet à ses gênes une plus grande chance de succès dans la prochaine génération. C’est un prix fort payé (le mauvais côté, c’est que tu meurs), mais en termes évolutifs pour sa progéniture, c’est définitivement un gros win.

Une femelle en train de produire son bel oothèque

Le cannibalisme sexuel

Ce phénomène naturel s’observe chez des invertébrés. Et le plus souvent chez des espèces qui présentent un fort dimorphisme sexuel (où le mâle et la femelle ont une morphologie différente, ici, la femelle est plus grosse que le mâle). Les dolomèdes, certaines argiopes et les tarentules sont connues pour leur tendance à gober tout ce qui bouge autour d’elles, les mâles inclus. Les femelles scorpions aussi ont cette habitude gloutonne, tout comme certains escargots.  

Il existe quelques autres hypothèses pour explique le cannibalisme sexuel. Il pourrait favoriser les femelles, qui, sur le point de produire des œufs, ont besoin de plus d’énergie et donc de nourriture. Pourquoi dire non à un repas facile… Même situation si la femelle est blessée ou mal nourrie, elle aurait tendance à s’attaquer davantage à son partenaire. Ce comportement pourrait aussi être le simple résultat d’un débordement d’agressivité suite à la copulation. C’est possiblement un moyen pour la femelle de faire savoir à un mâle qu’il n’est pas à la hauteur… Message peu subtile. Ou encore, une bien malheureuse situation où la femelle ne reconnaît pas qu’un mâle lui fait la cour. Oupsy…  

Pas d’injustice ici, les mâles ont développé des techniques pour compléter leur rôle de mâle reproducteur, tout en gardant leur tête sur leurs épaules. Des araignées mâles ont été observés donnant des offrandes de nourriture à leur douce moitié. Pendant que la femelle est occupée avec le cadeau, le mâle en profite pour copuler et se sauver rapidement. D’autres utilisent de la soie pour immobiliser la femelle lors de l’accouplement. Tactique un peu moins romantique que la précédente, mais tout aussi efficace.

Parce que les mâles sont ingénieux, la liste est longue, on y reviendra!  

NOTES

* Les colibris figurent comme un des repas de la mante religieuse et ce, même ici, en Amérique du Nord. Voici un vidéo, attention aux cœurs sensibles, on y voit la nature dans toutes sa splendeur.

** Chez les espèces concernées, c’est entre 13 et 28% du temps qu’on observe du cannibalisme sexuel.  

Sources images : Oliver Koemmerling, Rupert Sciamenna

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Choix du naturaliste
La plie ou comment bien jouer à la cachette

Aujourd'hui, on va se faire un plaisir de répondre à la question « Voyons donc, c’est quoi ce poisson avec les yeux su’l side! » C’est la plie.

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Aujourd'hui, on va se faire un plaisir de répondre à la question « Voyons donc, c’est quoi ce poisson avec les yeux su’l side! » C’est la plie.

Alors, avoir les yeux sur le même côté de la tête, ce n’est pas avantageux pour toi. Toutefois, ça l’est pour les poissons plats comme la plie, ce poisson un peu weird qu’on trouve entre autres, dans le Saint-Laurent.

Première chose à savoir : les poissons plats naissent pas comme ça. Ils naissent avec les yeux de chaque côté de leur tête, comme la plupart des autres poissons. C’est pendant la croissance de leur larve qu’un des deux yeux se déplace pour rejoindre l’autre. Avec les yeux du même côté qui bougent dans toutes les directions, la plie et les autres poissons plats sont alors capables d’être cachés dans le sable dans le fond de l’eau et d’être super bien camouflés tout en gardant les DEUX yeux sur leur prédateurs. En plus, comme les poissons plats se nourrissent de bestioles qui vivent dans les sédiments… c’est un peu comme s’ils étaient camouflés direct dans leur garde-manger!

Sexy ;)

L’histoire évolutive des poissons plats est assez mystérieuse. Parce qu’il sont « sur le côté » (et pas « sur le ventre » ou « aplatis dorso-ventralement »), le mécanisme complexe de la migration d’un de leur yeux et l’asymétrie de leur crâne embêtent un peu les biologistes de l’évolution. Est-ce qu’un jour est né un poisson avec une malformation du crâne et il aurait commencé à nager sur le côté pour compenser? Ou est-ce une évolution plus lente, avec plusieurs ancêtres de poissons dont les yeux sont de plus en plus sur le côté?

La réponse a été trouvée au début des années 2000 dans des vieilles roches italiennes : il existe bel et bien des ancêtres des poissons plats avec des crânes à mi-chemin vers l’asymétrie complète comme elle est observée chez les poissons plats actuels. Donc, des poissons avec un œil sur le « dessus de la tête »!

Au cours de l’évolution de ces poissons, c’est le comportement de certains poissons qui aurait favorisé la migration de l’œil vers le dessus de la tête. Ce ne sont donc pas, les individus avec un œil un peu croche qui se sont dit un jour : « Ouain, ben mon œil croche pourrait peut-être m’aider à chasser dans le sable sans en avoir dans les yeux! ». C’est plutôt certains poissons qui nageaient déjà sur le côté qui ont vu leur crâne être de plus en plus asymétrique pour finalement se retrouver avec les deux yeux sur le même côté! Comme s’ils avaient vu l’avenir et s’étaient dit : « Je vais apprendre à nager sur le côté, ça me sera utile un jour! ».

En lisant ça, on peut en conclure que les avantages évolutifs des poissons plats sont les mêmes que pour jouer à la cachette : les deux yeux sur le même côté pour toujours avoir en vue proies et prédateurs (ou ton cousin qui compte), un corps plat pour bien se glisser dans les sédiments (ou sous le divan) et des écailles aux couleurs de son environnement pour mieux se confondre avec son environnement… ou le fond d’un garde-robe!

Une plie canadienne

Sources images :  Pixabay, Pixabay, André-Philippe D. Picard

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