Quand la relève enseignante redécouvre la science

Pendant plusieurs années, j’ai accompagné de futur.e.s enseignants et enseignantes dans le cadre de leurs cours de didactique des sciences, pendant des fins de semaine, à la base scientifique de l’UQAM, à Saint-Michel-des-Saints. Une expérience qui m’a particulièrement plu, parce qu’elle réunissait deux choses que j’aime profondément : la nature et la transmission.

Le rôle de GUEPE était de leur faire découvrir les innombrables possibilités qu’offre l’enseignement des sciences en plein air. Et pour y arriver, il fallait parfois commencer par quelque chose de très simple : leur faire vivre l’émerveillement.
Alors, nous partions à la recherche de petites bêtes. On soulevait une branche, on scrutait le sol, on explorait les bordures du lac. On plongeait des filets dans l’eau pour capturer des macroinvertébrés, avant de se pencher pour observer ce qui s’y était accroché. On découvrait alors des créatures dont plusieurs ignoraient complètement l’existence, comme des larves aquatiques. Une fois, on a même pêché un triton vert. « Un lézard! Un lézard! » Je me suis empressée d'expliquer la différence entre un lézard et cet amphibien fascinant. D'abord aquatique au stade larvaire, le triton développe ensuite des poumons au stade juvénile et vit un certain temps sur terre, dans la forêt. À l'âge adulte, il retourne en milieu aquatique pour le reste de sa vie. « Wooowww!!! »

Puis venait le moment de sortir les jumelles.
Je me souviens particulièrement de ces moments où, après des explications parfois un peu techniques, le groupe réussissait enfin à trouver un huard sur le lac. Il fallait ajuster les jumelles, chercher, perdre l’oiseau, recommencer... puis, soudain : « Je le vois! » Et tout changeait. Puis venait le temps de donner quelques notions sur l’écologie du huard et sa capacité à plonger pour chasser. Quelques minutes plus tôt, on essayait simplement de maîtriser un instrument; tout à coup, on se découvrait un intérêt pour l’ornithologie.
C’est justement ce que nous voulions transmettre : l’enseignement des sciences peut commencer par une question, une observation ou une découverte inattendue. Il n’est pas nécessaire d’avoir une classe, un tableau et quatre murs pour apprendre. Une mare devient un laboratoire. Un filet devient un outil. Un huard devient une occasion d’apprendre. Et un triton peut déclencher toute une série de questions.
Le dimanche, au moment de partir, les étudiants et les étudiantes revenaient me voir avec leurs commentaires et leurs questions. Plusieurs mentionnaient les huards qui sont d’excellents plongeurs grâce à leurs pattes placées à l'arrière de leur corps. D'autres extasiaient devant leurs photos de triton vert, un amphibien, et non pas un lézard. La notion était acquise parce que l’apprentissage avait suscité une émotion. Mission accomplie.

Année après année, nous avons repris l’expérience, avec une équipe GUEPE qui grandissait et de plus en plus de naturalistes pour partager leur expertise. Et chaque fois, je retrouvais ce même plaisir de voir l’émerveillement naître.
Ces fins de semaine avaient aussi pour moi une dimension particulière. Revenir à la base scientifique de l’UQAM, cette fois comme formatrice, était un petit retour aux sources. J’y ai moi-même été étudiante en écologie. Me retrouver au même endroit à accompagner des étudiants et des étudiantes dans leurs découvertes avait quelque chose de profondément satisfaisant. J’avais l’impression que la boucle était bouclée : apprendre, s’émerveiller, puis transmettre à son tour le goût de découvrir.
Par Anne Frédérique, chargée de projet, conception
Sources images : GUEPE


