Là où le vent nous remet à notre place : visite d'un haut plateau

SÉRIE SPÉCIALE : LES HAUTS PLATEAUX ET NOUS
Le réveil sonne avant l’aube, mais je suis déjà réveillé. Il y a des matins où l’on sent, avant même d’ouvrir les yeux, que quelque chose nous attend dehors. Une lumière particulière. Un souffle. Une promesse.
Dans la cuisine encore sombre et silencieuse, je prépare mon stock. Chaque geste a son importance : remplir ma gourde, préparer mes collations et glisser mes jumelles dans mon sac. Le simple fait d’avoir mes jumelles en main me rappelle pourquoi je pars : observer, m’émerveiller, aller me ressourcer en pleine nature, dans nos belles montagnes charlevoisiennes.
Dehors, l’air est froid et vif. Il pique juste assez pour réveiller le corps et clarifier l’esprit. Le ciel commence à pâlir et je sens monter en moi cette motivation que je n’arrive jamais à expliquer complètement. Ce n’est pas une obligation. Ce n’est pas une mission. C’est un besoin! Un besoin de me reconnecter. De marcher vers un lieu qui me dépasse. De retrouver ce silence particulier des hauts plateaux, de vivre cette sensation de vertige, et de « petitesse », quand je me retrouve au sommet.
Je ferme la porte derrière moi. Le jour n’est pas encore levé, mais l’aventure, elle, a déjà commencé.
La voiture démarre tranquillement, encore enveloppée de la lumière bleutée du petit matin. Sur la route qui serpente vers les montagnes, je sens déjà la transition s’opérer. Le monde humain s’efface peu à peu, les maisons deviennent rares, les champs laissent place aux forêts et, bientôt, aux sommets. J’aime ce moment. Je roule lentement pour profiter de ce paysage changeant. Les sommets se rapprochent et, avec eux, cette impression familière d’aller vers un lieu qui me remet à ma place.
Au pied de la montagne, je coupe le moteur. Le silence retombe d’un coup, presque solennel. Je reste un instant assis, les mains encore sur le volant, à écouter ce silence qui n’est jamais vraiment vide : un ruisseau quelque part, un vent léger dans les branches, un oiseau matinal qui s’annonce.
Puis, vient le rituel : puvrir le coffre, sortir le sac, ajuster les sangles. Vérifier l’eau, les couches de vêtements. Rien de spectaculaire, mais tout est important. La préparation n’est pas une formalité : c’est une façon de dire au milieu que je viens avec respect, que je suis prêt à m’adapter à lui, pas l’inverse. Quand je referme la portière, un frisson me traverse.
Pas de froid.
D’anticipation.
Le sentier m’attend.
Et moi, je suis enfin prêt. J’ai hâte!

À mesure que j’avance sur le sentier, les épinettes se recroquevillent, tordues par des années de vent et de neige. Elles ressemblent à des silhouettes qui auraient appris à survivre en se faisant discrètes. Je m’arrête souvent. Je touche l’écorce rugueuse, j’écoute le frottement des branches. Ici, tout raconte une histoire de résistance. Autour de moi, les mousses et les lichens forment un tapis minuscule et si fragile! Certains de ces organismes poussent de quelques millimètres par année. Je me penche, je les observe longuement. Ils me rappellent que ce milieu n’a rien d’acquis, rien d’évident. Qu’il suffit parfois d’un pas mal placé pour effacer des années de croissance. C’est dans ces moments-là que je me souviens pourquoi on a lancé le projet « Les hauts plateaux de Charlevoix et nous », pourquoi c’est important de faire attention où on pose les pieds.
Le sentier serpente entre les roches. Je le suis religieusement. Pas par obligation, mais par gratitude. Quand on voit à quel point la végétation est mince, à quel point le sol est vulnérable, on comprend pourquoi il faut rester « sur la track », pourquoi le camping doit se faire plus bas, pourquoi chaque détour improvisé laisse une cicatrice qui mettra des décennies à disparaître.

Je croise deux randonneurs. On échange un sourire, quelques mots. Ils me demandent si c’est normal que le sol soit « aussi sec » à ce moment de l’année. Je leur raconte ce que j’ai observé. Le vent qui arrache tout. La lenteur des lichens. Les arbres qui se battent pour quelques centimètres. Ils repartent en silence, un peu plus attentifs, un peu plus connectés. Et je me dis que c’est peut-être ça, le cœur du projet : faire naître une conscience, pas imposer un comportement.
Plus loin, un grand corbeau semble se chicaner avec un autre oiseau. Le cri du corvidé déchire le silence! Je me fige, je dégaine mes jumelles et j’observe la guerre de territoire qui se présente sous mes yeux en plein ciel. Deux maîtres des lieux! Le grand corbeau… et le faucon pèlerin! Le p’tit gars et le naturaliste en moi « capote ». Quel rapace incroyable! La scène dure quelques secondes et le calme des sommets revient. Je reste quelques instants le regard perdu dans le ciel. Ces instants-là, on ne les provoque pas. La nature se révèle à ceux qui prennent… le temps.
J’arrive au sommet pour dîner! Il n’y a pas de meilleure place pour se reposer après l’effort de la montée. Le vent frais me sèche le dos et je respire à plein poumons cet air qui me semble si bon! Moment zen au sommet. Après ce ressourcement, je ramasse mes affaires, je m’assure que je n’oublie rien et que je n’ai rien laissé tomber par terre et je repars dans le sentier pour amorcer ma descente. La fin de journée arrive, la lumière devient dorée. Les roches s’illuminent, les ombres s’allongent et le vent se calme enfin. De retour à mon auto, je quitte mes bottes de randonnées pour me dégourdir les pieds et je dépose mon sac pour reposer mes épaules un peu engourdies par l’effort. Une fatigue si saine! Je repense à tout ce que j’ai vu, à tout ce que j’ai ressenti, à cette impression d’être minuscule, mais profondément vivant.

Les hauts plateaux ne sont pas seulement un lieu à visiter, des défis à relever. Ils nous apportent tellement plus. Ils nous apprennent la patience, l’humilité et la délicatesse. Ils nous rappellent que la nature n’est pas un décor, mais une relation.
Et c’est peut-être ça, au fond, le message le plus important de notre projet :
protéger ce milieu, c’est protéger la possibilité même de ressentir quelque chose.
Je finis de paqueter mon auto et j’embarque derrière le volant, laissant derrière moi cet horizon montagneux, le sourire aux lèvres et l’esprit en paix. Avec la certitude que je reviendrai. Pas simplement pour voir, mais surtout pour me reconnecter.
À bientôt!
Par David, directeur du développement des affaires
Sources images : Paysages


