Nos institutions vertes

Texte paru dans Le Journal des Voisins, Printemps 2026.
On associe souvent les institutions aux bâtiments officiels et aux structures administratives. Pourtant, certaines des institutions les plus influentes n’ont ni murs ni comptoirs d’accueil. Elles ont des arbres, des sentiers et des saisons.
Une institution c’est avant tout un pilier collectif : un lieu ou une organisation qui façonne nos valeurs, nos habitudes et notre manière de vivre ensemble. Dans Ahuntsic-Cartierville, nos parcs jouent pleinement ce rôle.

Le parc-nature de l'Île-de-la-Visitation en est un bon exemple. Bien sûr, il protège des milieux naturels riverains et met en valeur la rivière des Prairies. Bien sûr, on y marche, on y court, on y skie. Mais au-delà des loisirs, il agit comme un espace pour la communauté. Il crée des habitudes : sortir prendre l’air, observer les saisons, fréquenter un endroit partagé. Il façonne des valeurs par le respect des lieux, la protection des berges et l’attention au vivant. C’est précisément là que le parc devient une véritable institution : un espace de rassemblement où se tisse la vie de quartier, où l’on croise ses voisins et ses voisines, où l’on participe à des activités et où l’on partage un bien commun.
En structurant le territoire, les parcs marquent physiquement et symboliquement le quartier : ils influencent l’aménagement urbain, la qualité de vie et l’identité locale, participant ainsi pleinement à l’identité collective d’Ahuntsic-Cartierville.

Ils deviennent aussi des lieux d’apprentissage collectifs. De plus en plus d’écoles intègrent l’éducation en plein air à leur pratique. Une sortie au parc n’est plus seulement une activité spéciale : elle devient un prolongement des apprentissages. On peut y mesurer la température et les précipitations, identifier les arbres, observer les pollinisateurs, discuter des changements climatiques à partir de phénomènes concrets. Le territoire devient un manuel scolaire.
Cette approche transforme la relation des jeunes à leur environnement. En touchant l’écorce d’un érable ou en observant les traces d’un écureuil dans la neige, les élèves développent un attachement réel à leur quartier. Ils ne voient plus le parc comme un simple décor, mais comme un milieu vivant dont ils font partie. Et cet attachement est au cœur de l’écocitoyenneté.
Les organismes environnementaux du quartier viennent renforcer ce rôle structurant. GUEPE et le Club d’ornithologie d’Ahuntsic accompagnent les gens dans la découverte des milieux naturels. Ville en vert soutient des projets de verdissement et d’agriculture urbaine. Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville agit sur les enjeux environnementaux locaux. Leur travail s’ancre souvent dans les parcs et les espaces verts. Ils ne remplacent pas ces lieux : ils les activent, les animent, les rendent signifiants.
Ainsi, les parcs ne se limitent pas à être des espaces physiques. Ils sont des lieux de transmission, de mobilisation et d’apprentissage continu. Ils relient générations et cultures autour d’une expérience commune du territoire. Un parc existe sur plusieurs générations. Les enfants qui y jouent deviennent des parents qui y reviennent avec leurs propres enfants. Cette continuité crée une mémoire collective qui unit.

Les institutions ne sont pas toujours faites de briques et de béton. Parfois, elles sont faites d’arbres matures, de traces d’écureuil dans la neige et de bancs publics usés par les conversations.
Au fond, une institution n’est pas seulement une bibliothèque ou un hôpital. C’est une fondation commune qui façonne notre manière de comprendre le monde et d’y prendre part. Et, chez nous, cette fondation s’enracine profondément dans nos parcs et nos espaces verts.
Par Anne Frédérique, chargée de projet, conception
Sources images : Anne F. Préaux


